Les opposants au président Mohamed Morsi ont appelé à un grand rassemblement dans toute l'Egypte pour le dimanche 30 juin. (Xinhua)

En Egypte, après de violents heurts entre pro et anti-Morsi causant au moins un mort, le pire est à redouter

Des affrontements, qui ont causé la mort d’au moins une personne, ont eu lieu mercredi entre partisans et opposants à Mohamed Morsi, le chef de l’Etat égyptien. Dimanche 30 juin, une mobilisation massive de l’opposition est attendue. 

Mercredi soir, tandis que Mohamed Morsi - élu il y a tout juste un an à la présidence - devait prononcer un long discours télévisé, ses opposants ont manifesté dans plusieurs villes d’Egypte, confirmant un climat de tension qui ne cesse de croître depuis quelques jours. 

Vendredi 21 juin, un rassemblement massif en faveur du chef de l’Etat avait eu lieu au Caire dans une atmosphère électrique. 

Les opposants au régime, qui apparaissaient divisés, ont retrouvé une certaine unité grâce à l’élan d’un mouvement nommé Tamarod (Rébellion). Celui-ci affirme avoir recueilli 15 millions de signatures pour réclamer la démission de Mohamed Morsi et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. 

Un rassemblement de grande ampleur de l’opposition est annoncé pour le dimanche 30 juin, jour anniversaire de l’investiture de M. Morsi. 

 

Le gouverneur de Louxor démissione

A travers tout le pays, la situation semble de nouveau au bord de l’explosion. Les tensions sont aggravées par ce contexte du premier anniversaire de l’élection du président, et les récentes décisions prises par celui-ci.  

A la mi-juin, notamment, il a renouvelé par décret plus de la moitié des gouverneurs du pays, dont celui de Louxor, qu’il avait confié à Adel Mohamed Al-Khayat, un membre de la branche politique du groupe islamiste radical Gamaa Al-Islamiya

En 1997, la Gamaa Al-Islamiya avait revendiqué une attaque dans la région de Louxor, qui avait causé la mort de 62 personnes, dont 58 touristes.

Face au tollé provoqué par cette nomination - des manifestations dans la ville touristique avaient empêché le nouveau gouverneur d'accéder à ses bureaux - Adel Mohamed Al-Khayat a annoncé le 23 juin qu’il présentait sa démission, pour éviter de voir "une seule goutte de sang versée" en raison de sa nomination. 

Mais la situation ne s’est pas apaisée pour autant, et tout porte à croire que les conflits entre partisans et adversaires du président risquent de s’amplifier dans les jours à venir. 

Le Consulat de France au Caire a même publié des consignes de sécurité pour les ressortissants français en vue des manifestions qui devraient avoir lieu en fin de semaine, en particulier le 30 juin. 

 

Menace “de paralysie et de chaos”

Mercredi soir, le chef de l’état s’est exprimé pendant plus de deux heures et demie, déclarant notamment que "la polarisation politique et les conflits ont atteint un stade qui menace notre expérience démocratique naissante et qui menace d'entraîner l'ensemble de la nation dans un état de paralysie et de chaos".

En marge de ce discours, des rassemblements d’opposants avaient lieu dans diverses villes d’Egypte, notamment au Caire. 

A Mansoura, dans le delta du Nil, c’est une manifestation pro-Morsi qui se tenait. Elle a dégénéré quand des opposants ont lancé des ordures sur les manifestants. De violents affrontements ont alors éclaté, au moins une personne a été tuée, et 237 autres blessées, dont certaines par balles. 

Les incidents de ce type, s’ils venaient à se multiplier, entraînerait une situation qui deviendrait vite incontrôlable. Même si l’armée se montre déjà visible et a pris ses positons en dressant des barrières autour des bâtiments publics. 

Mais les Egyptiens, dont beaucoup souffrent d’une situation économique qui s’est dégradée depuis la Révolution, pourraient être nombreux à reprendre la rue, comme en 2011. 

La confrontation entre soutiens et opposants au pouvoir en place risquerait de prendre alors une tournure redoutable.