Paris : une escroquerie au démarchage téléphonique aurait fait 1 600 victimes
Trois associés à la tête d'une dizaine de sociétés parisiennes sont dans le collimateur de la justice. Soupçonnés d'avoir usurpé l'identité de grandes enseignes comme Enedis, TotalEnergies ou encore Ameli pour escroquer des particuliers, ils auraient détourné douze millions d'euros au détriment d'environ 1 600 victimes. Des perquisitions menées le 8 mars dernier ont permis de saisir des voitures de luxe.
Le mode opératoire était rodé. Des opérateurs contactaient des particuliers par téléphone en se faisant passer pour des représentants d'Enedis, de TotalEnergies, d'opérateurs téléphoniques ou de la caisse d'assurance maladie via sa plateforme Ameli. L'argument commercial promettait notamment des économies significatives sur les factures d'électricité.
Une fois la méfiance des victimes dissipée, celles-ci étaient incitées à signer électroniquement un contrat, puis à effectuer un virement. En contrepartie, elles ne recevaient aucun service réel. Les structures créées pour recueillir ces paiements étaient purement fictives. Les données personnelles collectées lors de ces échanges représentent un préjudice supplémentaire pour les personnes lésées.
Des chiffres d'affaires suspects
C'est l'examen comptable de ces sociétés qui a éveillé les soupçons des spécialistes. Des progressions de chiffre d'affaires atteignant 92 % ont été constatées, sans que les activités officiellement déclarées n'aient connu la moindre évolution. Un écart difficile à justifier dans un cadre légal.
Sur la période couverte par les investigations, les structures concernées auraient encaissé au total près de 48 millions d'euros. Le suivi minutieux des flux financiers a mis en évidence des transferts vers des comptes personnels ainsi que vers d'autres sociétés, suggérant la mise en œuvre d'un circuit de blanchiment via des comptes-relais. Des éléments concordants pointent également vers une externalisation de l'activité de démarchage téléphonique auprès d'un centre d'appels établi à l'étranger.
Perquisitions et saisies spectaculaires
Le 8 mars, les enquêteurs de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) et de la Brigade économique et financière anticorruption (BEFAC) ont simultanément investi les domiciles des trois mis en cause ainsi que leurs locaux professionnels, situés à Draveil en Essonne et dans le XVIe arrondissement de Paris.
Les fouilles ont abouti à des saisies éloquentes : une Porsche, une Ferrari et plusieurs articles de maroquinerie de luxe ont été placés sous main de justice. Le matériel informatique et les téléphones portables ont également été confisqués et seront prochainement analysés par les techniciens spécialisés.
Enedis a d'ailleurs tenu à rappeler publiquement qu'elle ne pratique aucun démarchage commercial et ne propose aucun produit à la vente. La compagnie indique recevoir, depuis le début de l'année, de nombreux signalements faisant état d'une nouvelle vague de sollicitations illégales émanant de plateformes téléphoniques.
Placées sous la direction du parquet de Paris, les investigations sont toujours en cours. Une fois l'ensemble des éléments consolidés, le trio de suspects — dont l'un est déjà connu des services judiciaires — devrait être convoqué pour répondre des faits qui lui sont reprochés : tromperie commerciale, escroquerie et blanchiment de capitaux. Le parquet de Paris a confirmé l'existence de la procédure et réaffirmé sa détermination à identifier et poursuivre les auteurs de ce type d'infractions.