Usurpation d'identité : que faire, dans quel ordre, et comment s'en sortir
Un crédit que vous n'avez pas signé, des relances, des amendes pour une voiture qui n'est pas la vôtre ? Voici les réflexes à suivre dans l'ordre, les organismes à prévenir, les fichiers à consulter et la façon de faire annuler dettes, fichages et contraventions.
Bloquez d'abord l'argent (opposition auprès de votre banque), portez plainte, puis envoyez une copie du récépissé à chaque organisme concerné : banques, Banque de France, administrations et Antai pour les amendes. Consultez gratuitement le Ficoba sur impots.gouv.fr et le FICP et le FCC à la Banque de France pour repérer les comptes et crédits ouverts à votre nom, et ne payez aucune dette ni amende de l'usurpateur : contestez-les par écrit.
Un crédit que vous n'avez jamais signé, des relances d'une société de recouvrement, des amendes pour une voiture que vous ne possédez pas, un faux profil à votre nom : l'usurpation d'identité se découvre souvent par un courrier. C'est un délit, et la victime n'a pas à payer les dettes de l'usurpateur. Elle doit en revanche agir vite, dans le bon ordre, et garder la trace de chaque démarche.
Ce guide suit le parcours de la victime déjà touchée, à partir des fiches de service-public.fr, de la Banque de France et de l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai). Selon votre situation, allez directement à la bonne section :
- prélèvements ou paiements inconnus, carte ou chéquier utilisés : les premiers réflexes ;
- crédit, compte ou abonnement ouvert à votre nom : vérifier les fichiers, puis faire annuler les dettes ;
- avis de contravention pour une infraction que vous n'avez pas commise : contester les amendes ;
- faux profil ou compte piraté : agir en ligne.
Dans ce guide
Les premiers réflexes, dans l'ordre
Bloquer l'argent
Appelez votre banque pour faire opposition sur la carte ou le chéquier utilisés, puis confirmez par écrit. Si vous avez plusieurs banques, prévenez-les toutes. Pour une fraude à la carte bancaire, le service en ligne Perceval permet de signaler les paiements frauduleux ; les banques le demandent souvent.
Porter plainte
Au commissariat ou à la gendarmerie de votre choix, ou par courrier au procureur de la République. La plainte en ligne, sur masecurite.interieur.gouv.fr, est ouverte aux atteintes aux biens, comme une escroquerie, quand l'auteur est inconnu. Apportez toutes les preuves et gardez le récépissé : c'est la pièce que tous les organismes vous demanderont. Vous pouvez accepter d'être inscrit au fichier des personnes recherchées en tant que victime, pour les besoins de l'enquête.
Rassembler les preuves
Courriers, relevés, captures d'écran, numéros de contrat, adresses des pages en ligne : classez tout par date. Sur un simple soupçon, après la perte d'une pièce d'identité par exemple, une main courante permet de dater les faits.
Remplacer les papiers perdus ou volés
Si l'usurpation part d'une carte d'identité ou d'un passeport perdu ou volé, déclarez-le et demandez un nouveau titre : l'ancien ne pourra plus servir.
Prévenir chaque organisme concerné
Banques, sociétés de crédit, Banque de France, Caf, assurance maladie, impôts, opérateur téléphonique : chacun reçoit une copie de la plainte (tableau ci-dessous).
Se faire accompagner
Le 116 006, numéro d'aide aux victimes, est gratuit et joignable tous les jours de 9 h à 20 h. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, du lundi au vendredi. Toutes les démarches de ce guide sont gratuites : un service payant n'est pas nécessaire.
Main courante ou plainte ? La différence compte, car seule la plainte permet ensuite de contester une dette ou une amende.
| Critère | Main courante | Plainte |
|---|---|---|
| Situation | Simple soupçon : papiers perdus, données envoyées à une fausse annonce | Usurpation constatée : crédit, compte, amende, faux profil |
| Effet | Date les faits, sans poursuites | Ouvre une enquête contre l'auteur |
| Où | Sur place, au commissariat ou à la gendarmerie | Sur place, par courrier au procureur, en ligne dans certains cas |
| Suffit pour contester une dette ou une amende | Non | Oui, avec le récépissé |
Source : service-public.fr, fiches « Usurpation d'identité » et « Porter plainte », consultées le 18 octobre 2026.
Qui prévenir, et avec quoi
| Organisme | Quand le prévenir | Ce qu'il faut lui envoyer |
|---|---|---|
| Vos banques | Dès la découverte | Opposition confirmée par écrit, copie de la plainte |
| Banque ou société de crédit inconnue | Dès la première relance | Contestation en recommandé, attestation sur l'honneur, copie de la plainte |
| Banque de France | Si vous êtes fiché à tort | Dossier d'usurpation : courrier signé, pièce d'identité, plainte |
| Caf, assurance maladie, caisse de retraite, impôts | Si une démarche a été faite à votre nom | Signalement écrit, copie de la plainte |
| Antai | À chaque avis de contravention | Contestation avec le récépissé de plainte |
| Réseaux sociaux, sites | Dès qu'un faux profil apparaît | Signalement et demande de retrait |
Sources : service-public.fr (fiches « Usurpation d'identité » et « Usurpation de plaque d'immatriculation ») et Banque de France, pages consultées le 18 octobre 2026.
Savoir si un compte ou un crédit existe à votre nom
Trois fichiers se consultent gratuitement, et aucun service payant n'est nécessaire.
Le Ficoba recense les comptes ouverts en France (courant, épargne, titres) et les coffres-forts. Depuis le 6 janvier 2025, la demande se fait dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Autres services », puis « Accéder au fichier FICOBA », ou par courrier au service des impôts des particuliers de votre domicile. Un compte que vous ne connaissez pas est la trace directe d'une fraude.
Le FICP et le FCC, tenus par la Banque de France, recensent les incidents de remboursement de crédit et les incidents sur chèques ou cartes. Vous exercez votre droit d'accès depuis votre espace personnel sur le site de la Banque de France. Le relevé indique le nom de l'établissement qui vous a inscrit et les références des contrats.
Une limite à connaître : le FICP et le FCC n'enregistrent que des incidents. Un crédit souscrit à votre nom et encore remboursé par l'usurpateur n'y apparaît pas. La Banque de France conseille donc de refaire la vérification régulièrement.
Depuis le 7 mai 2026, la Banque de France tient aussi le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude (FNC-RF), où les banques partagent les IBAN suspects. Il ne contient que des numéros de compte, sans le nom de leur titulaire, et le public ne peut pas le consulter. Pour savoir si l'un de vos comptes y est signalé, adressez une demande d'accès à votre conseiller bancaire, qui la transmet au service antifraude de la banque. Si une banque bloque un virement en invoquant un risque de fraude, montrez-lui votre plainte et demandez une vérification.
Faire annuler dettes et fichages
Si vous êtes fiché à tort, déposez un dossier d'usurpation auprès de la Banque de France. Il contient un courrier signé qui cite les établissements et les références des incidents contestés, une copie d'une pièce d'identité indiquant votre lieu de naissance et une copie de la plainte. La Banque de France contacte alors les établissements. Dès que l'un d'eux reconnaît l'usurpation, elle ajoute une mention particulière à votre inscription, qui montre aux banques que vous n'êtes pas à l'origine des incidents. Elle ne peut rien modifier sans la demande de l'établissement déclarant : écrivez donc aussi à celui-ci.
Face à chaque créancier, contestez par lettre recommandée avec avis de réception. Service-public.fr prévoit de joindre une attestation sur l'honneur déclarant que vous n'êtes pas l'auteur des actes, avec la copie de la plainte. En droit civil, c'est à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver (article 1353 du Code civil) : demandez la copie du contrat signé et des pièces d'identité fournies à la souscription.
Face aux sociétés de recouvrement, ne vous laissez pas impressionner par les termes menaçants. Selon l'Institut national de la consommation, une société de recouvrement, comme un commissaire de justice qui agit à l'amiable, n'est qu'un mandataire du créancier : elle ne peut pas saisir vos biens sans titre exécutoire, c'est-à-dire sans décision de justice ou acte notarié. Les frais de recouvrement amiable restent à la charge du créancier. Ne payez rien, ne signez aucune reconnaissance de dette, répondez par écrit avec la plainte.
Si vous recevez une décision de justice ou un acte de saisie, les délais pour réagir sont courts et figurent sur l'acte. Faites-vous aider sans attendre par une association d'aide aux victimes (116 006) ou un avocat.
Modèle de lettre de contestation (en recommandé avec avis de réception)
Madame, Monsieur, vous me réclamez la somme de [montant] au titre du contrat n° [référence]. Je n'ai jamais souscrit ce contrat : mon identité a été usurpée, comme l'atteste la plainte déposée le [date] auprès de [commissariat ou gendarmerie], dont je joins la copie avec une attestation sur l'honneur. Je conteste donc cette dette dans sa totalité et vous demande de me communiquer la copie du contrat et des pièces fournies lors de sa souscription, de suspendre toute procédure de recouvrement et, le cas échéant, de demander à la Banque de France la levée de toute inscription à mon nom. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
Des amendes pour une voiture qui n'est pas la vôtre
Quand un véhicule circule avec une copie de votre plaque, les avis de contravention arrivent chez vous. Ne les payez pas : payer revient à reconnaître l'infraction.
- Portez plainte contre X pour usurpation de plaque au commissariat ou à la gendarmerie. Votre numéro est alors enregistré au fichier des objets et véhicules signalés. Pour une infraction relevée par un radar automatique, joignez la photo de l'infraction : demandez-la au Centre automatisé de constatation des infractions routières (Cacir), en ligne ou par lettre simple, avec une copie de la carte grise, de votre pièce d'identité et de l'avis de contravention. Cette demande ne suspend pas le délai de contestation, faites-la dès réception de l'avis.
- Contestez chaque avis dans les 45 jours suivant sa réception, ou dans les 30 jours pour une amende forfaitaire majorée. Le formulaire en ligne de l'Antai demande une copie du récépissé de plainte. Par courrier, renvoyez la requête en exonération jointe à l'avis, en recommandé avec avis de réception.
- Prouvez que vous n'étiez pas là : billets de train ou d'avion, tickets de péage, factures, et toute différence visible entre le véhicule photographié et le vôtre (modèle, couleur).
- Demandez un nouveau numéro d'immatriculation en ligne, sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), avec une copie numérique du récépissé de plainte. Un certificat provisoire vous permet de circuler en France pendant un mois.
Faux profil et compte piraté
Signalez le faux profil à la plateforme concernée (Facebook, Instagram, X, Snapchat, YouTube…) et demandez le retrait des publications. Si le site ne réagit pas, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) peut intervenir auprès de lui. Un contenu illicite se signale aussi sur Pharos, et une escroquerie en ligne sur le service Thésée. Portez plainte en parallèle : l'usurpation d'identité sur un réseau social est punie des mêmes peines qu'ailleurs.
Les arnaques qui précèdent souvent l'usurpation sont décrites dans nos articles sur l'arnaque à la carte Vitale et l'arnaque à l'IBAN par e-mail.
Éviter que cela recommence
- Ajoutez un filigrane à toute copie de pièce d'identité envoyée en ligne, avec le service gratuit de l'État Filigrane Facile.
- Utilisez le justificatif d'identité à usage unique de l'application France Identité quand un organisme demande votre carte.
- Déchirez relevés bancaires, bulletins de salaire et avis d'imposition avant de les jeter.
- Utilisez un mot de passe différent pour chaque site et ne cliquez pas sur les liens d'un message dont l'expéditeur est douteux.
- Refaites régulièrement la vérification du FICP, du FCC et du Ficoba.
Questions fréquentes
Que risque l'usurpateur ?
L'usurpation d'identité est punie d'un an de prison et de 15 000 € d'amende, deux ans et 30 000 € si l'auteur est le conjoint, le partenaire de Pacs ou le concubin de la victime (article 226-4-1 du Code pénal). Prendre le nom d'un tiers lors d'une infraction qui peut entraîner des poursuites est puni de cinq ans de prison et de 75 000 € d'amende.
Dois-je rembourser le crédit souscrit par l'usurpateur ?
Non, vous n'avez pas signé ce contrat. Contestez la dette par écrit avec la plainte et une attestation sur l'honneur, et demandez au créancier la copie du contrat et des pièces fournies.
Une société de recouvrement peut-elle saisir mon compte ?
Non. Sans titre exécutoire, c'est-à-dire sans décision de justice ou acte notarié, une société de recouvrement ne peut saisir aucun bien. Répondez par écrit et ne signez aucune reconnaissance de dette.
Combien de temps ai-je pour contester une amende due à une usurpation de plaque ?
45 jours après réception de l'avis de contravention, 30 jours pour une amende forfaitaire majorée, avec la copie du récépissé de plainte.
Peut-on porter plainte en ligne pour usurpation d'identité ?
La plainte en ligne est ouverte aux atteintes aux biens, comme une escroquerie, quand l'auteur est inconnu. Dans les autres cas, portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou écrivez au procureur de la République.
Une infraction a été commise sous mon nom : que faire ?
Portez plainte et acceptez l'inscription au fichier des personnes recherchées en tant que victime : seules vos données d'identité et celles de votre titre y figurent, pour les besoins de l'enquête.
Journal des modifications
- Mis à jour : première publication, le