Libye. Comment le Maréchal Khalifa Haftar s’est autoproclamé chef suprême de la Libye

Chef de guerre soutenu par Le Caire, Ryad et Paris, Haftar se dit investi par le « mandat du peuple » pour en découdre avec le gouvernement civil de Tripoli.

La Libye, terre de feu, traverse un nouvel épisode dans la guerre interne qui déchire le pays. Le désormais fort célèbre maréchal Khalifa Haftar, a déclaré, le 27 avril, avoir le « mandat du peuple » pour gouverner le pays et reconquérir Tripoli, siège du gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale. Dans la ville de Benghazi, sous son contrôle depuis 2017, ainsi que dans le Sud, ses soutiens ont aussitôt salué l’annonce de cette expédition. Le chef de guerre est soutenu par l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes, la Russie et… la France.

En cavalier seul, Haftar fait fi des institutions

Tout comme en décembre 2017, Haftar annonce dans la foulée « la fin de l’accord de Skhirat » signé en décembre 2015 sous l’égide de l’ONU et dont est issu le GNA. Il ne s’embarrasse pas non plus d’une quelconque légitimité de sa posture guerrière. La Chambre des représentants (parlement élu en 2014), basée à Tobrouk et présidée par Ageela Saleh, et le gouvernement de l’Est, également basé à Tobrouk et présidé par Abdullah Al Thani, comptent pour du beurre. Les deux institutions civiles de son camp sont superbement ignorées. Le maréchal fait cavalier seul et fait entendre un bruit de botte.

Vu de Tripoli, un nouveau coup d’État aux airs de «farce»

Sa menace n’impressionne pas cependant Tripoli. Le premier ministre, Fayez el-Sarraj, évoque une « farce et un nouveau coup d’État, s’ajoutant à une série d’autres », une fuite en avant en somme pour « dissimuler la défaite de ses milices et mercenaires ». Les troupes de Khalifa Haftar (Armée nationale libyenne, LNA) essuieraient de sérieux revers sur le terrain des combats, dont la perte de contrôle de quelques villes de l’Ouest libyen. Les belligérants actionnent leurs soutiens respectifs pour se réarmer et poursuivre les combats.

Les Nations unies appellent à des pourparlers

La mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) tente de se frayer un chemin sur ce terrain de guerre. Dans un communiqué, elle appelle les deux parties à « reprendre les pourparlers de la Commission militaire (…) par visioconférence, si nécessaire, afin d’aboutir à un cessez-le-feu durable ». La Manul s’adresse aussi aux « États membres, qui alimentent directement le conflit en leur fournissant des armes et des mercenaires (…), à user de leur influence pour respecter et faire respecter l’embargo sur les armes » décrété par l’ONU. Le communiqué intervient au lendemain de l’annonce par Haftar d’une trêve rejetée par ses rivaux, exigeant des « garanties et des mécanismes internationaux » pour surveiller son application.

L’Algérie manifeste enfin son intention de jouer un rôle au plan diplomatique. « Nous souhaitons que la solution libyenne soit fondée sur une légitimité populaire », a affirmé le président, Abdelmadjid Tebboune, lors d’une rencontre avec la presse. La Libye, dans le chaos, demeure pour l’instant otage des luttes d’influence des acteurs régionaux.

Source: https://www.humanite.fr/comment-le-marechal-khalifa-haftar-sest-autoproclame-chef-supreme-de-la-libye-688647