PIB par habitant : la France passe sous la moyenne européenne, derrière Chypre
La France ne fait plus partie du peloton de tête européen en matière de richesse par habitant. Selon les dernières données publiées par Eurostat, le PIB par habitant français, exprimé en standard de pouvoir d'achat, s'établit à 98,2 en 2024, soit sous la barre symbolique de 100 qui représente la moyenne de l'Union européenne. C'est la troisième année consécutive que l'Hexagone se situe sous ce seuil, confirmant un décrochage structurel qui inquiète économistes et responsables politiques.
Ce recul n'est pas un accident statistique. En l'espace de deux décennies, la France est passée de la sixième place européenne en PIB par habitant à la onzième. Plus frappant encore : Chypre, longtemps considéré comme une petite économie méditerranéenne, affiche désormais un indice de 98,9, devançant la France. La Belgique, elle, se maintient confortablement à 116,8, tandis que l'Allemagne trône à 116,1.
Le décrochage s'est opéré en deux vagues distinctes, selon Mathieu Plane, directeur adjoint de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Entre 2013 et 2017, la France est passée d'un avantage de neuf points sur la moyenne européenne à seulement trois points », analyse l'économiste. Sous la présidence d'Emmanuel Macron, la chute s'est accélérée : l'indice est tombé à 104 en 2020, puis 101 en 2021, avant de passer sous la barre des 100 en 2022.
Un faisceau de causes structurelles
Plusieurs facteurs expliquent cette érosion continue. Le temps de travail, d'abord : les Français figurent parmi ceux qui travaillent le moins d'heures sur une vie entière en Europe. La productivité horaire, jadis un atout majeur de l'économie française, a reculé du septième rang mondial en 2000 au quatorzième aujourd'hui. Le système éducatif n'est pas épargné : la France est passée du 13e rang au classement PISA en 1999 au 26e en 2024.
À ces faiblesses structurelles s'ajoute un déficit commercial chronique de plus de 70 milliards d'euros par an, quand l'Italie, pourtant longtemps derrière la France, affiche un excédent de 50 milliards. La dette publique française dépasse 115 % du PIB et continue de grimper, avec des projections à 118 % pour 2026. La croissance, anémique, est estimée à 0,8 % pour 2025, loin derrière l'Espagne et ses 2,7 %.
Dans les colonnes du Figaro, l'ancien haut fonctionnaire Nicolas Baverez a livré un verdict sévère : « Notre pays est devenu l'Argentine de l'Europe. » Une formule choc qui traduit l'inquiétude d'une partie de la classe politique et économique face à ce qu'il qualifie de « relégation générale » de la France.
Un appauvrissement relatif, pas absolu
Faut-il pour autant céder au catastrophisme ? Les défenseurs du modèle français rappellent que la consommation individuelle effective (AIC), un indicateur plus proche du bien-être réel des ménages, reste autour de 106 en France, au-dessus de la moyenne européenne. Les services publics, la santé et l'éducation, financés par une dépense publique élevée, ne sont pas pleinement captés par le PIB par habitant.
Il ne s'agit donc pas d'un appauvrissement absolu : les Français continuent de vivre dans un pays riche et moderne. Mais leur niveau de vie progresse moins vite que celui de leurs voisins européens. La Pologne, dont le niveau de vie accusait un retard de 60 points sur la France en 2000, n'est plus qu'à 20 points d'écart. L'Italie a pratiquement rattrapé la France en parité de pouvoir d'achat, et pourrait la dépasser dès 2026 selon les projections du journal Les Échos.
Sous le budget 2026 récemment adopté, les dépenses publiques augmenteront de 38 milliards d'euros supplémentaires, avec 6,5 milliards de taxes additionnelles sur les ménages aisés. Une trajectoire qui, selon les critiques, ne fait que renforcer les rigidités structurelles d'un modèle économique à bout de souffle. Le débat sur le décrochage français ne fait, visiblement, que commencer.