Sanchez condamne la peine de mort pour Palestiniens : « pas vers l'apartheid »
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a vivement condamné la loi adoptée le 31 mars 2026 par la Knesset, le parlement israélien, qui instaure la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d'attaques meurtrières. Qualifiant cette législation de « pas de plus vers l'apartheid », Sánchez a dénoncé son caractère profondément asymétrique et discriminatoire, qui ne s'applique qu'aux seuls Palestiniens jugés par les tribunaux militaires israéliens, et non aux ressortissants israéliens commettant des crimes similaires.
C'est une prise de position sans ambiguïté que le chef du gouvernement espagnol a formulée à l'occasion de l'adoption de ce texte controversé, porté notamment par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite israélienne. « La peine de mort pour les Palestiniens est un pas de plus vers l'apartheid », a déclaré Pedro Sánchez, soulignant l'inégalité de traitement entre deux populations soumises à des systèmes judiciaires distincts. « Même crime, peine différente — ce n'est pas de la justice », a-t-il ajouté, résumant en une formule lapidaire la nature discriminatoire de la loi adoptée.
La loi approuvée par la Knesset prévoit la peine de mort par pendaison pour les Palestiniens condamnés par les tribunaux militaires pour des attaques ayant causé des victimes israéliennes. Elle s'inscrit dans une dynamique de radicalisation de la politique pénale israélienne à l'égard des Palestiniens, dans un contexte de poursuite des opérations militaires à Gaza et de tensions croissantes en Cisjordanie. Itamar Ben Gvir, principal promoteur du texte, a célébré son adoption comme une victoire politique, renforçant son influence au sein d'une coalition gouvernementale marquée par une dérive nationaliste que de nombreux observateurs qualifient d'inquiétante.
Une réaction internationale ferme et unanime
La communauté internationale n'a pas tardé à réagir. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a estimé que l'application de cette loi serait constitutive d'un crime de guerre, en vertu des conventions internationales qui protègent les populations sous occupation et interdisent les exécutions judiciaires dans ce cadre. Le Conseil de l'Europe, de son côté, a menacé de priver Israël de son statut d'observateur auprès de l'institution, une sanction symbolique mais lourde de sens diplomatique.
L'Espagne, sous la direction de Pedro Sánchez, s'est distinguée depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023 comme l'un des États européens les plus critiques envers la politique israélienne. Madrid a notamment interdit les livraisons d'armes à destination d'Israël via ses ports et son espace aérien, a reconnu officiellement l'État de Palestine aux côtés de l'Irlande et de la Norvège, et a régulièrement dénoncé ce qu'il qualifie de génocide à Gaza. Cette position a valu à l'Espagne d'être fréquemment prise à partie par les autorités israéliennes, qui ont imposé des restrictions de visa à certains responsables espagnols.
La loi sur la peine de mort intervient dans un contexte où la pression internationale sur Israël s'est considérablement renforcée. Comme le rappelle l'affaire du survol de l'avion de Netanyahu sur plusieurs pays européens malgré le mandat d'arrêt de la CPI, les tensions entre Israël et ses partenaires traditionnels atteignent un niveau inédit depuis des décennies.
L'Espagne, fer de lance de la position européenne pro-palestinienne
La posture espagnole sous Sánchez reflète une ligne politique cohérente depuis le déclenchement du conflit à Gaza. Le Premier ministre avait déjà accusé Benjamin Netanyahu de vouloir « faire au Liban ce qu'il a fait à Gaza », dénonçant une stratégie militaire qu'il jugeait « sauvage et illégale ». Ces prises de parole répétées ont renforcé l'image de l'Espagne comme la voix la plus engagée de l'Union européenne sur la question palestinienne, au risque parfois d'isoler Madrid au sein d'une Europe encore divisée sur la marche à suivre face à Israël.
La nouvelle loi sur la peine de mort suscite également un débat interne en Israël. Des organisations de défense des droits civiques israéliennes ont dénoncé un texte contraire aux valeurs fondamentales de l'État de droit, tandis que des juristes internationaux soulignent son incompatibilité avec les engagements conventionnels d'Israël, notamment au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La communauté internationale se trouve ainsi face à une législation qui, si elle était appliquée, constituerait une violation caractérisée du droit international humanitaire.
Pour Pedro Sánchez, la condamnation de cette loi n'est pas seulement une question de principe — c'est aussi un positionnement géopolitique dans une Europe qui cherche sa voix sur le conflit israélo-palestinien. L'Espagne entend peser de tout son poids pour que la pression diplomatique et économique sur Israël s'intensifie, au moment où les perspectives d'un règlement négocié semblent plus lointaines que jamais, et où la communauté internationale se trouve confrontée à des choix moraux et juridiques d'une gravité sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.