De Marseille à Paris, l’économie halal structure un nouveau réseau d’entreprises
Derrière les étals des boucheries et les vitrines des restaurants, une nouvelle économie se structure. Loin des clichés, le halal devient un véritable secteur d’activité, mobilisant start-ups, logisticiens, influenceurs et producteurs du Sud. De Marseille à Paris, ce marché discret se professionnalise à grande vitesse.
Longtemps perçu comme un segment communautaire, le halal est aujourd’hui un levier économique stratégique. En France, ce marché pèserait plus de 7 milliards d’euros selon les dernières estimations, incluant la restauration, la distribution et les services. À Marseille, où la population musulmane est particulièrement nombreuse, de jeunes entrepreneurs investissent ce créneau avec audace. Plateformes de livraison, e-commerces spécialisés, labels de certification : tout un écosystème émerge.
Parmi les pionniers, certains noms circulent déjà dans l’écosystème méditerranéen : la société Kalal, basée à Marseille, qui centralise les produits halal français certifiés, ou encore Halal Delivery, start-up montpelliéraine de livraison éthique. « Il y a une demande réelle pour des produits traçables, responsables, et adaptés aux attentes d’une clientèle connectée », explique un consultant du secteur agroalimentaire. « Les nouvelles générations veulent consommer halal sans renoncer à la qualité ni à la transparence ».
Une filière en quête de reconnaissance économique
Si Paris reste le principal pôle de consommation et de certification, c’est bien le Sud qui tire la croissance. À Nîmes, Nice ou Perpignan, des PME locales développent des circuits courts, parfois en lien avec des agriculteurs régionaux. Dans les Bouches-du-Rhône, la logistique halal s’organise autour de hubs régionaux qui desservent le marché français et européen. Ce maillage contribue à créer des emplois et à ancrer l’économie halal dans le tissu productif national.
Selon l’Insee, les entreprises de la filière agroalimentaire halal enregistrent une croissance annuelle supérieure à 10 %. Un chiffre soutenu par le développement du e-commerce et l’influence des réseaux sociaux. Des créateurs de contenu comme *« Le Chef Halal »* ou *« La Table du Sud »* popularisent une gastronomie moderne et inclusive, loin des stéréotypes. Leur audience sur TikTok et Instagram dépasse parfois celle de marques installées, preuve que le halal devient aussi un terrain d’innovation culturelle.
Au-delà de la consommation, la structuration du halal pose une question économique majeure : celle de la certification. Les organismes comme AVS, Achahada ou Halal Control France jouent un rôle central dans la régulation du marché. « La crédibilité du label est essentielle. Elle garantit non seulement la conformité religieuse, mais aussi la confiance des consommateurs », souligne un représentant du secteur. De plus en plus d’acteurs militent pour une harmonisation européenne des normes, afin de soutenir l’exportation des produits halal français.
En toile de fond, la Méditerranée s’affirme comme un carrefour stratégique. Marseille, avec son port et sa diversité économique, pourrait devenir un hub logistique clé entre l’Europe et l’Afrique du Nord. De nombreux observateurs y voient une opportunité unique : celle de relier innovation, éthique et développement durable au sein d’un même modèle économique. Un modèle où le halal, longtemps marginal, devient moteur.