Rolland Courbis, l’entraîneur conteur du football français, s’est éteint à 72 ans
Il avait ce franc-parler qui faisait les beaux jours des plateaux télé et les nuits agitées des vestiaires. Rolland Courbis s’est éteint lundi à l’âge de 72 ans, laissant orphelin un football français qu’il avait marqué autant par ses mots que par ses idées. De ses débuts de défenseur à Ajaccio à sa carrière d’entraîneur sur les bancs de Marseille, Bordeaux ou Montpellier, “Rollo” comme on l’appelait, a traversé cinq décennies de football hexagonal en laissant derrière lui un sillage de passion, de sincérité et d’humour.
Son passage à l’Olympique de Marseille reste sans doute le plus marquant. De 1997 à 1999, il redonne de la vie à un club encore convalescent après les années Tapie. Sous sa houlette, l’OM retrouve la Ligue des champions et atteint la finale de la Coupe de l’UEFA en 1999. Ce soir-là, à Moscou, les Marseillais s’inclinent face à Parme, mais l’aventure a redonné de l’âme à un public en quête d’espoir. “À Marseille, j’ai compris que le foot n’était pas un sport, mais une religion”, confiait-il un jour, lucide sur la démesure et la ferveur du Vieux-Port.
À Bordeaux, quelques années plus tôt, il avait déjà montré sa capacité à faire renaître une équipe en quête d’identité. Entre gestion fine des egos et sens tactique aiguisé, Courbis savait parler aux joueurs comme aux supporters. Sa méthode : directe, humaine, parfois rugueuse, mais toujours sincère. Il disait souvent que “le football, c’est un jeu simple compliqué par des gens compliqués”. Une formule qui résume bien sa philosophie : du bon sens, du cœur et un zeste d’improvisation.
Un entraîneur, un conteur, une voix
Rolland Courbis, c’était aussi une voix. Celle qui résonnait dans les émissions de radio de RMC, où il était devenu consultant régulier. Ses analyses, souvent pleines de malice, mêlaient lucidité et gouaille. Il avait ce ton à la fois populaire et éclairé, capable de faire sourire un auditeur tout en lui donnant une vraie leçon de football. “Moi, je ne suis pas un philosophe du jeu, je suis un artisan du ballon”, disait-il encore récemment, refusant les postures de maître à penser du foot moderne.
Les clubs du sud, notamment Montpellier et l’AC Ajaccio, lui doivent beaucoup. Il y a laissé son accent, sa chaleur, et une empreinte durable dans la culture footballistique méditerranéenne. Toujours proche des supporters, toujours attentif aux jeunes joueurs, Courbis incarnait une forme de proximité que le football d’aujourd’hui, aseptisé et mondialisé, a parfois perdue.
Son franc-parler, souvent redouté des dirigeants, faisait aussi partie du personnage. Il n’hésitait pas à dire ce qu’il pensait, quitte à bousculer. “Si on ne veut pas entendre la vérité, il ne faut pas me poser la question”, lançait-il un jour à un journaliste. Mais derrière les formules, il y avait une sincérité rare, une fidélité au jeu et à ceux qui le font.
Ces dernières années, Rolland Courbis s’était éloigné des bancs, mais jamais des terrains. Il continuait de commenter, d’analyser, de conseiller dans l’ombre. Il suivait encore avec attention le football français, ses jeunes talents, ses dérives aussi. Toujours passionné, toujours concerné. Jusqu’au bout, il aura incarné une certaine idée du football : celle d’un sport populaire, humain, imparfait, mais profondément vivant.
Avec lui, c’est une voix du Sud, une mémoire du foot et un tempérament inclassable qui s’en vont. Mais dans les travées du Vélodrome, dans les studios de radio, dans les souvenirs de générations de joueurs, son écho continuera de résonner longtemps. Car Rolland Courbis n’était pas qu’un entraîneur. Il était, avant tout, un conteur d’histoires de football.