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Relations France-Algérie : l'ambassadeur Romatet appelle au dégel en 2026

Dans un entretien accordé à RFI le 13 janvier 2026, l'ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet a dressé un bilan sans concession des relations franco-algériennes, qualifiant les dix-huit derniers mois de « quasi rupture ». Le diplomate, rappelé à Paris en avril 2025, appelle désormais à faire de 2026 l'année du dégel entre les deux pays.

Après une année 2025 marquée par des tensions diplomatiques sans précédent, l'ambassadeur français a choisi de briser le silence. « Des canaux de communication ont été rétablis entre Paris et Alger », a-t-il confirmé, tout en reconnaissant que la crise n'est pas encore résolue. « Des contacts ont été initiés depuis maintenant plusieurs semaines, des réunions de travail ont eu lieu entre spécialistes français et algériens », a précisé le diplomate.

La visite de la secrétaire générale du Quai d'Orsay, Anne-Marie Descôtes, à Alger le 20 novembre 2025 a constitué un premier pas significatif. Pour la première fois depuis juillet 2024, un canal diplomatique de haut niveau était rétabli, notamment sur le dossier sensible du Sahel.

Des priorités « d'une nécessité absolue »

Stéphane Romatet a énoncé deux priorités françaises qu'il qualifie « d'une nécessité absolue et impérative » : la reprise de la coopération sécuritaire et la coopération migratoire, avec la réadmission des personnes faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Ces dossiers figurent au cœur des discussions préparatoires à la visite du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez à Alger, prévue dans les prochains mois.

Le diplomate a toutefois tempéré les espoirs de réconciliation rapide. « La question qui se pose maintenant, c'est de savoir si ce réengagement peut produire des résultats », a-t-il déclaré. Plusieurs obstacles persistent en effet. La détention du journaliste Christophe Gleizes représente un « contre-signal » qui vient relativiser la portée de la libération de l'écrivain Boualem Sansal, gracié par le président Tebboune le 12 novembre 2025 après une intervention du président allemand Frank-Walter Steinmeier.

L'adoption par l'Assemblée populaire nationale algérienne d'une loi criminalisant la colonisation française complique également le rapprochement. « Ces éléments rendent plus compliquée cette volonté de retrouver un chemin d'apaisement », a reconnu l'ambassadeur.

Un appel à la retenue politique

Sur le plan intérieur français, Stéphane Romatet n'a pas mâché ses mots concernant certaines postures politiques. Depuis un an, des responsables allant de Bruno Retailleau à Jordan Bardella ont multiplié les déclarations provocatrices envers l'Algérie. « Il faut être très attentif à ne pas stigmatiser une population », a averti le diplomate. Face à la récente résolution du Rassemblement national à l'Assemblée nationale, il a affirmé que « la publicisation d'un rapport de force ne produit pas de résultats ».

L'ambassadeur privilégie une approche discrète, loin des surenchères médiatiques. Interrogé sur son retour à Alger, il n'a donné aucune date mais s'est dit prêt à « prendre toute sa part » dans une éventuelle sortie de crise. Le retour à la normale des relations franco-algériennes demeure l'objectif affiché de la diplomatie française.

L'Algérie a également employé ce que Romatet appelle « l'arme économique », avec des mesures de « quasi-boycott » contre certaines entreprises françaises. Un climat qui rappelle que la normalisation ne sera ni simple ni rapide. Le diplomate espère néanmoins que 2026 permettra de « sortir de l'ornière » après « une année 2025 très difficile ».

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