Lycée Marseilleveyre : l'arrivée massive des CRS divise élèves et proviseur
Jeudi 15 octobre 2026, un important dispositif policier s'est déployé devant le lycée Marseilleveyre, dans le 8e arrondissement de Marseille, alors que des lycéens bloquaient l'établissement. Selon France 3 Régions, élèves, enseignante et proviseur ne décrivent pas la même scène, tandis que des parents s'inquiètent des cours perdus à la veille des vacances.
D'après France 3 Régions, le dispositif est arrivé devant le lycée vers 9h30. « On était devant le lycée quand la police est arrivée. On a commencé à voir plus d'une dizaine de camions de CRS arriver », raconte une élève citée par le média. La légende des images diffusées parle pour sa part d'« autour d'une dizaine de camions », tandis qu'une enseignante évoque « 13 camions ». Le nombre exact de véhicules et de CRS n'est donc pas établi à ce stade. Le blocus, lui, se déroulait au moment de cette arrivée.
Des élèves confinés à l'intérieur, selon France 3 Régions
Face au nombre de CRS, le proviseur et les professeurs ont décidé de confiner les lycéens pour les protéger, toujours selon France 3 Régions. D'après des informations concordantes transmises à ICI Provence-Alpes TV, 70 à 80 personnes se trouvaient à l'intérieur de l'établissement. Une élève affirme : « Le proviseur nous a dit qu'il n'avait plus aucun contrôle sur les CRS. On est rentrés et on est restés à l'intérieur pour éviter d'être face à des CRS surarmés. » Ces propos sont rapportés par l'élève et n'ont pas été confirmés par le proviseur, qui donne une tout autre version de la matinée.
Une autre lycéenne précise : « On peut rentrer et sortir comme on veut, mais nos professeurs nous ont déconseillé de le faire. » Un élève contacté par ICI Provence-Alpes TV juge de son côté : « Ils étaient prêts à en découdre, ou tout du moins à nous impressionner. » Il assure que « Notre mobilisation est pacifiste. En face, la réponse n'est pas proportionnée. (....) La répression devient folle ! » Selon ces lycéens, aucune violence policière n'est toutefois à signaler. Ils font part d'une « inquiétude grandissante » : « Notre administration nous a poussés à nous mettre à l'intérieur. (...) Notre proviseur nous a beaucoup protégés, mais là ça devient plus possible... »
Une enseignante présente, membre d'un syndicat qu'elle n'a pas nommé, a livré sa lecture à la journaliste Camille Bosshardt : « On a été très étonnés en voyant des CRS débarquer avec 13 camions pour finalement libérer un blocus qui était très pacifique depuis le départ. Il n'y avait pas lieu de faire venir une telle force d'intervention. » Elle évoque le devoir moral de l'équipe pédagogique : « On se doit d'être là pour s'assurer que tout se passe bien ». Elle ajoute que les revendications des lycéens de l'établissement sont proches de celles des manifestations lycéennes.
Le proviseur décrit une intervention « en douceur »
Le proviseur, Robert Ciampi-Faggianelli, présente les choses autrement. Pour lui, « ça s'est très bien déroulé ». Il détaille : « Le blocus a été levé, dans l'ordre. Et quand je dis dans l'ordre, c'est dans l'ordre au sens noble du terme, avec des forces de police qui ont attendu, qui ont écouté, qui ont voulu discuter avec certains, qui ont échangé avec moi. Et l'objectif, c'était justement que tout se fasse en douceur. » Il salue un mouvement lycéen qui fait preuve « d'une grande maturité », mais rappelle « qu'un lycée ne doit pas rester fermé. Et nos élèves doivent pouvoir rentrer en classe s'ils le souhaitent. »
Interrogée par ICI Provence-Alpes TV, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône apporte un élément de contexte. Elle précise que des effectifs supplémentaires avaient été envoyés par le ministère de l'Intérieur dans le cadre du match entre l'Olympique de Marseille et l'Olympiakos, prévu ce même jeudi 15 octobre. Ces renforts ont ensuite été redéployés, notamment devant le lycée Marseilleveyre. Par ailleurs, France 3 Régions indique qu'une assemblée générale des lycéens s'est tenue dans la matinée et que le blocus de l'établissement va se poursuivre. Cette information diffère de celle d'un blocus « levé », sans que la source permette de trancher entre les deux formulations.
Le mouvement dans les lycées dure depuis trois semaines, et les vacances commencent le vendredi 16 octobre. Selon ICI Provence, des parents marseillais s'inquiètent donc pour l'apprentissage de leurs enfants, surtout en terminale. D'après le média, « près d'une centaine d'heures de cours ont été perdues » pour chaque élève concerné, notamment à Marseilleveyre, lycée « encore bloqué ce jeudi une partie de la journée ». Cécile, mère d'un élève de terminale, dit que son fils « va être confronté à des élèves qui ont plus travaillé alors que lui s'est tourné les pouces ». Il craint de ne pas être pris à l'ENSM, très sélective, et elle a pris des cours privés pour lui.
Djamel, parent d'élève à Marseilleveyre, ajoute un autre grief : « Ces cours qui manquent s'ajoutent à des cours non réalisés en début d'année avec des profs absents et non remplacés, je ne vois pas comment ils vont faire mis à part venir les week-ends. » Sur ce sujet des remplacements, mediaterranee.com avait publié un article intitulé 3 000 professeurs annoncés pour les lycées, dont le titre précise qu'il s'agit de remplaçants déjà en poste et non de recrues.
Du côté de l'établissement, le proviseur tente de rassurer : « Ayez confiance en l'équipe pédagogique, des professeurs travaillent pour envoyer des cours, ce sera de ma responsabilité de faire rattraper sans augmenter la charge sur les emplois du temps. » Camille Giraud, professeure de français gréviste et déléguée FSU, relativise : « Nous sommes des professionnels, les élèves ont raté quelques heures de cours, on est au mois d'octobre, on saura les récupérer. » Les sources consultées ne précisent ni bilan, ni interpellation, ni blessé, ni l'heure de fin du blocus. Un autre épisode de mobilisation lycéenne à Marseille, le 17 mars 2026, avait été relaté par mediaterranee.com avec un tir de mortier d'artifice devant le lycée Périer, sans lien établi avec les événements de ce jeudi.