Mondial 2026 : un proche de Trump veut l'Italie à la place de l'Iran
Une proposition aussi inattendue que controversée agite le monde du football depuis quelques jours : Paolo Zampolli, représentant spécial des États-Unis pour les partenariats mondiaux et proche de Donald Trump, a officiellement suggéré au président de la FIFA Gianni Infantino de remplacer l'Iran par l'Italie dans la liste des participants à la Coupe du monde 2026. Un scénario qui mêle géopolitique, diplomatie et sport, et qui soulève de nombreuses questions sur l'indépendance des institutions sportives face aux pressions politiques.
L'affaire a été révélée par le Financial Times, qui rapporte que Zampolli a personnellement abordé le sujet avec Donald Trump et Gianni Infantino. L'argument avancé est avant tout sportif en apparence : l'Italie, quadruple championne du monde, mérite selon lui une place dans la compétition organisée à partir du 11 juin 2026 sur le sol américain, mexicain et canadien. Mais la Squadra Azzurra ne s'est pas qualifiée sportativement — elle a été éliminée lors des barrages européens aux tirs au but par la Bosnie-Herzégovine, ratant ainsi une troisième participation consécutive au Mondial pour la première fois de son histoire. La proposition de Zampolli revient donc à ignorer purement et simplement le résultat des qualifications.
Derrière la suggestion sportive se cache une motivation politique bien plus transparente. Selon des sources proches du dossier citées par le Financial Times, la démarche viserait à rapprocher Donald Trump de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dont les relations avec le président américain ont connu des tensions récentes, notamment dans le contexte de la guerre opposant les États-Unis à l'Iran. Remplacer l'équipe nationale iranienne par l'équipe italienne serait ainsi un geste diplomatique à double détente : sanctionner Téhéran tout en récompensant Rome. Une lecture que les observateurs du sport international ont accueillie avec une stupéfaction mêlée d'indignation.
La FIFA ferme la porte : l'Iran participera « à coup sûr »
Gianni Infantino, président de la FIFA, a répondu sans ambiguïté à cette tentative d'ingérence. Dans une déclaration faite mi-avril à CNBC, il a affirmé que l'Iran participerait « à coup sûr » à la Coupe du monde 2026. Son argument est limpide : l'équipe iranienne s'est qualifiée sportivement, dans le respect des règles et des compétitions officielles. Ses joueurs souhaitent participer et n'ont aucune responsabilité dans les tensions géopolitiques entre leurs gouvernements respectifs. Exclure une équipe nationale pour des raisons diplomatiques constituerait un précédent extrêmement dangereux pour l'ensemble du sport mondial.
De son côté, Téhéran a réaffirmé le 23 avril 2026 être « pleinement prêt » à participer à la compétition, par la voix de la porte-parole du gouvernement iranien Fatemeh Mohejerani. La sélection iranienne, qui s'est qualifiée pour la zone asiatique après une longue campagne de qualification, considère toute tentative d'exclusion comme une politisation inacceptable du sport. Des représentants de la confédération asiatique de football (AFC) ont également soutenu la participation de l'Iran, rappelant que les règles de la FIFA ne permettent pas une telle exclusion sans décision formelle des organes disciplinaires compétents.
Pour l'Italie et ses supporters, la situation est à la fois douloureuse et paradoxale. Perdre trois qualifications consécutives au Mondial est un traumatisme national pour un pays qui compte quatre titres mondiaux. Mais les voix les plus respectables du football italien ont rapidement pris leurs distances avec la proposition de Zampolli, jugeant qu'une qualification par la petite porte diplomatique serait une humiliation plutôt qu'un honneur. L'entraîneur de la Squadra Azzurra, Gennaro Gattuso, a lui-même déclaré que l'Italie doit mériter sa place sur le terrain.
Un épisode qui interroge sur la politisation du sport mondial
Cette affaire illustre une tendance de fond qui préoccupe de plus en plus les instances sportives internationales : l'utilisation des grands événements sportifs comme levier de pression diplomatique. La Coupe du monde 2026, co-organisée par les États-Unis pour la première fois depuis 1994, est naturellement plus exposée que d'autres éditions à ce type d'ingérence, compte tenu du poids politique de Washington sur la scène internationale. La FIFA, qui a déjà subi des pressions similaires par le passé — notamment lors de l'exclusion de la Russie en 2022 après l'invasion de l'Ukraine — se retrouve une fois de plus à devoir défendre l'autonomie du sport face aux agendas politiques.
La participation de plusieurs nations au Mondial 2026 a déjà été semée d'incertitudes, comme l'illustre le cas de l'Algérie menacée d'une sanction de la CAF. L'édition 2026 s'annonce comme la plus politiquement chargée de l'histoire récente du football. À l'approche du coup d'envoi prévu le 11 juin, toute l'industrie autour du Mondial se prépare à une compétition hors norme. En attendant, la FIFA maintient sa position : seuls les résultats sportifs décident de qui participe au tournoi le plus suivi de la planète.