Maroc : 16 agents de sécurité et douaniers arrêtés pour trafic de cannabis
Une enquête judiciaire a révélé l'implication de 16 personnes, dont des agents de sécurité et des douaniers marocains, dans un réseau criminel de trafic de cannabis vers l'Europe. Les autorités ont saisi environ 600 kilogrammes de drogue au poste frontalier de Bab Sebta, destinée à être exportée vers l'Espagne, grâce à la complicité d'officiers qui auraient facilité le passage des stupéfiants.
Selon le journal espagnol El Faro de Ceuta, le véhicule transportant la drogue a franchi le contrôle marocain avec la complicité de responsables en poste au passage frontalier. Ce n'est qu'à l'arrivée à Ceuta, enclave espagnole, que les autorités ibériques ont découvert la cargaison lors d'une vérification des documents. Les suspects font face à de lourdes accusations incluant l'abus d'influence, la conspiration pour commettre des actes contraires à la loi, ainsi que des violations de la législation sur les stupéfiants et les douanes.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de corruption au sein de l'appareil sécuritaire marocain. En 2009, les autorités avaient démantelé un réseau impliquant 81 individus, dont 30 membres de la Marine royale et 19 de la Gendarmerie royale, accusés de fournir plusieurs tonnes de haschich à l'Europe depuis la ville côtière de Nador. Il s'agissait de la première fois que le gouvernement marocain démantélait un réseau de trafic de cannabis impliquant autant d'officiers en uniforme, marquant un tournant dans la lutte contre l'infiltration du crime organisé.
Une infiltration systémique des institutions
L'affaire Bab Sebta n'est pas un cas isolé. Les observateurs soulignent que les réseaux de crime organisé ont réussi à pénétrer l'appareil d'État censé les combattre. Des précédents comme l'affaire de l'« Escobar du Sahara » et la découverte d'un tunnel de drogue entre le Maroc et Ceuta ont également révélé la profondeur de cette infiltration. Ahmed Ben Brahim, trafiquant malien surnommé le « Pablo Escobar du Sahara », purge actuellement une peine de 10 ans au Maroc après avoir déclenché une série d'arrestations en témoignant contre ses anciens associés politiques et d'affaires.
En juin 2026, un tribunal marocain a condamné 29 personnalités à des peines allant de 2 à 12 ans de prison dans une affaire retentissante de trafic de drogue et de corruption. Parmi les condamnés figuraient le magnat de la construction Abdennebi Bioui (12 ans), l'ancien président du club de football Said Naciri (10 ans) et l'ancien député Belkacem Mir (10 ans), tous trois cadres supérieurs du parti gouvernemental PAM. Ce réseau sophistiqué transportait des tonnes de résine de cannabis marocaine à travers l'Afrique du Nord vers l'Europe, ainsi que des cargaisons de cocaïne latino-américaine.
Une menace pour la sécurité régionale
Les autorités marocaines multiplient les opérations de grande envergure contre la corruption aux frontières. En mars 2024, une opération conjointe de la police locale et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) a permis la saisie de 1,4 tonne de cannabis à Casablanca. En mai 2025, les forces de l'ordre ont déjoué une opération de trafic à Oued Zem, arrêtant quatre suspects liés à un réseau international et saisissant 3,85 tonnes de cannabis destiné aux marchés européens.
Ces affaires illustrent la double bataille que mène le Maroc : d'une part, lutter contre les réseaux criminels qui font du pays une plaque tournante du trafic de cannabis vers l'Europe ; d'autre part, assainir ses propres institutions infiltrées par le crime organisé. Les autorités ont saisi des biens et infligé des centaines de millions de dirhams d'amendes douanières et de change aux condamnés. Malgré ces efforts, les experts estiment que le trafic de cannabis reste une menace majeure pour la sécurité régionale et internationale, alimenté par la corruption persistante au sein de l'appareil sécuritaire et douanier marocain.
Le gouvernement marocain a promis de renforcer les contrôles internes et de poursuivre sa coopération avec les partenaires européens, notamment l'Espagne et la France, pour démanteler les réseaux transnationaux. Cependant, la récurrence de ces scandales soulève des questions sur l'efficacité des mesures anti-corruption et la nécessité de réformes structurelles profondes pour restaurer l'intégrité des institutions chargées de la sécurité nationale.