Mobilisation lycéenne et étudiante : le point ville par ville au 24 octobre
Parti des lycées à la mi-septembre, le mouvement lycéen et étudiant se poursuit au 24 octobre 2026. Les universités y participent de plus en plus, entre blocages, fermetures de campus et appels à manifester, alors que le président de la République a reçu les organisations lycéennes à l'Élysée le 23 octobre.
D'après la chronologie de Wikipédia, le mouvement commence le 31 août à Mayotte, où le lycée du Nord, à Acoua, reste bloqué pendant cinq semaines. En métropole, le point de départ est une grève puis un blocus au lycée Saint-Exupéry de Créteil, les 17 et 18 septembre. Entre le 23 et le 25 septembre, une dizaine puis une soixantaine de lycées sont perturbés en Île-de-France, avant une extension nationale le 28 septembre.
Les lycéens, rapporte L'Étudiant, dénoncent le manque de professeurs, des bâtiments dégradés et des stages qui ne sont pas assurés. Ces revendications très concrètes ont servi de socle à un mouvement qui s'est ensuite étendu à l'enseignement supérieur. Les étudiants ont rejoint les cortèges avec leurs propres motifs de colère.
L'Union étudiante affirme que sa mobilisation a démarré dès le 15 septembre. Sa porte-parole, Sabrine Kharbach, cite les coupes dans les aides au logement (APL), la hausse des frais d'inscription et un possible gel des APL en 2027 (L'Étudiant, 1er octobre). Dans un communiqué du même jour, l'Union étudiante et l'USL réclament l'abrogation de Parcoursup et de Mon Master. Elles demandent aussi des moyens humains et financiers pour les lycées et les universités, des horaires moins épuisants, et s'opposent aux frais d'inscription pour les étudiants étrangers.
Les premiers jours d'octobre marquent un tournant. Le 30 septembre, l'AFP, citée par L'Étudiant, fait état de 625 interpellations et de 83 policiers et gendarmes blessés. L'agence évoque aussi 119 élèves et personnels blessés depuis le début des blocages. Le 1er octobre, jour de l'« acte II », l'Union étudiante revendique « plus de 30 universités et 640 lycées bloqués ».
Ces chiffres appellent de la prudence. La liste publiée par l'organisation à 12 h 02 compte en réalité 29 établissements, et les autorités ne les ont pas confirmés, selon l'AEF. L'Étudiant rappelle à titre de comparaison que, lors de la réforme des retraites, six universités seulement étaient bloquées le premier jour.
Les facs, ville par ville
À Paris, des blocages sont cités à Sorbonne Université, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'ENS de la rue d'Ulm, d'après ActuaLitté. Le 15 octobre, des étudiants d'HEC se rassemblent devant leur école, ce que Wikipédia présente comme une première. À partir du 16 octobre, une université populaire s'installe à l'ENS Paris, avec des conférences et des ateliers.
Le 19 octobre au matin, des étudiants de l'École du Louvre et des personnels du musée bloquent l'entrée du Louvre. Ils distribuent des tracts en plusieurs langues et sont parfois hués par des touristes. À Paris-Nanterre, l'université a fermé à titre préventif du 8 au 10 octobre, selon ActuaLitté.
À Nantes, l'occupation de l'université a duré trois jours. Le constat du 10 octobre fait état de dégradations importantes : 30 salles de cours, 4 laboratoires et 5 amphithéâtres touchés, d'après la source citée par Wikipédia. Les bâtiments des universités de Nantes et de Rennes ont été « significativement endommagés » lors des blocages, écrit aussi DH le 17 octobre.
À Rennes 2, le campus ne devait pas rouvrir dans les jours suivants en raison de « nombreux dégâts » liés à l'occupation, indiquait Ouest-France le 9 octobre. À Lille, des étudiants se sont inspirés du mouvement lycéen, selon Libération du 6 octobre. L'université de Lille figure, comme celle de Clermont-Auvergne, parmi les établissements cités comme bloqués par ActuaLitté.
À Toulouse, des étudiants ont bloqué plusieurs bâtiments de Toulouse-Capitole autour du 15 octobre. La ville a aussi connu une grève et des manifestations le 8 octobre.
À Rouen, les campus et les bibliothèques sont fermés au public dès le 16 octobre et les cours passent en ligne. Dans la nuit du 16 au 17 octobre, vers 2 h 30, un incendie a touché le bâtiment Michel-Serres, qui abrite les lettres, à Mont-Saint-Aignan. Deux étages et environ 300 m² de toiture ont été atteints, dans un bâtiment rénové en 2020 pour 11 millions d'euros. Une source proche du dossier privilégie la piste criminelle.
L'université indique qu'aucun lien avec le mouvement n'est établi et que le bâtiment n'était pas concerné par les blocages. L'incendie n'a fait aucun blessé, et le bâtiment est fermé jusqu'à nouvel ordre, selon DH et ActuaLitté.
À Marseille, la RTM a suspendu tout son réseau le jeudi 1er octobre, jour de la première grande journée. Aix-Marseille figure parmi les universités citées le même jour. Le 8 octobre, plusieurs établissements et campus de la région ont fermé, selon France 3. Le 17 octobre, la mairie a été envahie en marge de la mobilisation.
Wikipédia recense d'autres villes parmi les plus citées, lycées et facs confondus : Lyon, Brest, Aix-en-Provence, Strasbourg, Bordeaux, Metz, Épinal, Nancy, Poitiers, Saint-Étienne, Belfort et Bayonne. Le mouvement a aussi gagné des établissements en Belgique, en Italie et en Allemagne.
Les pouvoirs publics et la suite
Les journées de manifestation se suivent, et les chiffres divergent presque toujours du simple au double. Le 6 octobre, pour l'« acte III », le ministère de l'Intérieur compte 256 000 manifestants et les organisateurs 450 000. Le 8 octobre, le ministère en annonce 71 500, la CGT plus de 130 000, avec des incidents place de la Bastille à Paris.
Le 13 octobre, jour de l'« acte V », le ministère de l'Intérieur dénombre 161 500 manifestants, dont 41 500 à Paris, contre 480 000 selon l'intersyndicale de la jeunesse. Le même jour, le ministère de l'Enseignement supérieur estime qu'environ 35 % de ses établissements sont perturbés, quand l'Union étudiante parle de 90 % d'universités bloquées. ActuaLitté attribue cet écart à des critères de comptage différents.
Le samedi 17 octobre, le ministère de l'Intérieur compte 550 000 manifestants, dont 110 000 à Paris, pour environ 110 rassemblements. Les organisateurs en revendiquent 800 000. Des violences et des pillages ont éclaté dans plusieurs grandes villes en marge de cortèges pacifiques : outre la mairie de Marseille, l'office de tourisme de Lyon a été incendié, la résidence de la préfète a été saccagée à Bordeaux et la mairie de Lille a été forcée, selon Orange.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé un bilan provisoire de plus d'un millier d'interpellations, entre 1 200 et 1 800 selon les sources. À Saint-Étienne, un homme a été grièvement blessé à la main et une enquête est ouverte. Emmanuel Macron a promis que les auteurs de dégradations seraient poursuivis. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, met en cause l'ultragauche, tandis que la gauche critique la doctrine de maintien de l'ordre.
Côté gouvernement, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, rencontre les syndicats lycéens le 2 octobre, une réunion jugée insuffisante par ces derniers. Le 7 octobre, les grenades assourdissantes sont suspendues dans les mobilisations lycéennes. Le 12 octobre, le gouvernement annonce le début du déploiement de 3 000 professeurs remplaçants, dont 2 000 étaient affectés au 16 octobre selon le ministère. Matignon fait aussi état de 76 500 contributions à la plateforme de concertation, dont près des trois quarts évoquent des emplois du temps surchargés.
Le 15 octobre, une troisième réunion entre Édouard Geffray et les organisations lycéennes n'apporte pas d'avancée notable. Le gouvernement se dit prêt à modifier Parcoursup mais refuse de le supprimer. Le 18 octobre au soir, le président invite le monde éducatif au dialogue dans une allocution.
Le 19 octobre, le ministère de l'Enseignement supérieur convoque une « concertation flash » sur Parcoursup, l'orientation et l'accès au supérieur, tenue le 21 octobre. L'UNEF, la FAGE, l'Union étudiante et l'USL quittent la réunion pour protester contre la présence d'un représentant de l'UNI, avec la FSU. Elles demandent à être reçues par le Premier ministre et appellent à manifester le 24 octobre, puis le 5 novembre.
Le 23 octobre, Emmanuel Macron reçoit pour la première fois les organisations lycéennes à l'Élysée. Selon son entourage, il reconnaît le « besoin d'une refonte en profondeur de Parcoursup », d'après franceinfo. Les représentants lycéens appellent à poursuivre la mobilisation et réclament toujours l'abrogation, rapportent France 24 et BFM TV.
Une rencontre avec le Premier ministre est prévue lundi 26 octobre, l'Élysée promettant des engagements dès ce jour-là. Les premières décisions gouvernementales sur les lycées sont annoncées pour la fin du mois. Les organisations lycéennes envisagent de poursuivre le mouvement pendant les vacances de la Toussaint, selon Wikipédia.
Reste une série de limites à garder en tête. Les chiffres de blocage des universités viennent surtout des organisations étudiantes et n'ont pas été confirmés. Les chiffres de manifestants varient du simple au double entre le ministère et les organisateurs. Les appels du 24 octobre et du 5 novembre ne sont, à ce stade, que des appels : leur bilan n'est pas connu à la date de cet article.