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Le Nigeria menace de suspendre Royal Air Maroc pour violations répétées

La Nigeria Civil Aviation Authority (NCAA) a lancé un ultimatum sans précédent à Royal Air Maroc ce 23 juillet 2026, menaçant de suspendre complètement les opérations de la compagnie marocaine sur le territoire nigérian. Cette décision intervient après des mois de violations répétées des droits des passagers et une attitude jugée « défiante » de la direction locale face aux régulateurs.

Michael Achimugu, Directeur des Affaires Publiques et de la Protection des Consommateurs à la NCAA, a confirmé que la compagnie aérienne fait l'objet d'une procédure de sanction renforcée dans le cadre de la politique stricte du Ministre de l'Aviation Festus Keyamo. Cette initiative baptisée « name and shame » vise à exposer publiquement les compagnies récalcitrantes. Selon l'autorité de régulation, Royal Air Maroc accumule les manquements critiques : gestion désastreuse des bagages avec des retards d'acheminement chroniques, refus systématique de verser les indemnités compensatoires prévues par la loi, résolution extrêmement lente des plaintes clients, et surtout un manque d'empathie flagrant lors des perturbations de vol.

Un historique de sanctions ignorées

Ce n'est pas la première fois que la compagnie marocaine se retrouve dans le viseur des autorités nigérianes. Le 28 décembre 2024, Royal Air Maroc avait déjà été sanctionnée pour violation de la Partie 19 des réglementations NCAA 2023, relative à la protection des consommateurs dans le transport aérien. Bien que l'amende imposée ait été payée en septembre 2025, aucune amélioration concrète n'a été constatée sur le terrain. Les plaintes des passagers nigérians ont même continué à affluer, poussant la NCAA à envisager des mesures plus radicales. « Royal Air Maroc ne doit plus tenir pour acquises les relations que le Maroc entretient avec le Nigeria et les Nigérians », a martelé Michael Achimugu lors d'une conférence de presse.

La situation s'est particulièrement envenimée ces dernières semaines avec l'attitude d'Ahmed Boussouf, directeur de Royal Air Maroc Nigeria, qui refuse catégoriquement de se rendre aux réunions réglementaires convoquées à Abuja. Selon plusieurs sources au sein de la NCAA, le responsable local aurait adopté une posture ouvertement défiante, allant jusqu'à déclarer aux régulateurs : « Faites ce que vous voulez ». Cette arrogance administrative constitue, aux yeux des autorités nigérianes, une aggravation majeure du dossier et pourrait précipiter la décision de suspension. Le ministère marocain des Affaires étrangères suit la situation de près, conscient des implications diplomatiques d'un éventuel retrait de licence. Cette crise survient dans un contexte de réflexions sur l'avenir de Royal Air Maroc, alors que le Maroc envisage une privatisation partielle de sa compagnie nationale.

Des alternatives déjà identifiées

Face à cette menace de retrait de licence, la NCAA a pris soin de rassurer les voyageurs nigérians en rappelant l'existence d'alternatives viables sur les liaisons Maroc-Nigeria. Air Algérie, EgyptAir et Ethiopian Airlines proposent déjà des connexions régulières et pourraient absorber la demande en cas de suspension effective de Royal Air Maroc. Les autorités insistent sur le fait que la protection des droits des passagers prime sur toute considération diplomatique ou commerciale. Le régulateur a fixé un délai à la compagnie marocaine pour présenter un plan d'action correctif détaillé, faute de quoi la suspension pourrait être prononcée dès les prochaines semaines.

Cette affaire illustre la volonté croissante des régulateurs africains de faire respecter les normes internationales de protection des consommateurs dans le secteur aérien. Pour Royal Air Maroc, qui dessert le Nigeria depuis plusieurs décennies, la perte de ce marché stratégique représenterait un revers commercial majeur et un coup dur pour son image sur le continent africain. La balle est désormais dans le camp de la direction de la compagnie, qui devra choisir entre une réforme profonde de ses pratiques ou faire face à une interdiction de vol humiliante sur l'un des marchés les plus dynamiques d'Afrique de l'Ouest.

Les syndicats de consommateurs nigérians ont salué la fermeté de la NCAA, soulignant que les plaintes contre Royal Air Maroc ont triplé au cours des douze derniers mois. Parmi les cas les plus médiatisés figure celui d'une délégation d'hommes d'affaires de Lagos dont les bagages contenant des échantillons pour un salon commercial à Casablanca sont arrivés avec neuf jours de retard, causant l'annulation de contrats d'une valeur de plusieurs millions de nairas. La compagnie n'avait proposé qu'un bon de voyage de 50 euros en guise de compensation, bien en deçà des standards internationaux. Des incidents similaires se sont multipliés sur les liaisons Lagos-Casablanca et Abuja-Casablanca, les deux routes principales exploitées par RAM au Nigeria.

Du côté marocain, aucune réaction officielle n'a encore été enregistrée au moment de la publication de cet article. L'ambassade du Maroc à Abuja s'est contentée d'indiquer qu'elle « suit le dossier avec attention » sans prendre position sur les accusations portées par la NCAA. Cette retenue diplomatique contraste avec la gravité de la situation : si la suspension est prononcée, Royal Air Maroc deviendrait la première grande compagnie africaine bannie du ciel nigérian depuis la réforme réglementaire de 2023. Les observateurs du secteur aérien africain estiment que cette affaire pourrait créer un précédent et inciter d'autres pays du continent à durcir leur contrôle sur les pratiques des transporteurs étrangers, marquant ainsi un tournant dans la gouvernance du transport aérien en Afrique.

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