Marseille-Fos : un investissement historique de 1,3 milliard pour 2025-2029
Le Grand Port Maritime de Marseille-Fos a adopté, fin novembre 2025, le plan stratégique le plus ambitieux de son histoire pour la période 2025-2029. Avec 1,3 milliard d'euros d'investissements prévus — soit trois fois plus que lors du précédent cycle quinquennal —, le port phocéen entend transformer radicalement ses infrastructures, générer des milliers d'emplois et s'imposer comme le hub logistique de référence du bassin méditerranéen.
Le chiffre donne le vertige : 1,3 milliard d'euros sur cinq ans, contre seulement 340 millions lors de la période précédente. Tel est l'engagement pris par le Grand Port Maritime de Marseille-Fos (GPMM), validé à l'unanimité par son conseil de surveillance le 27 novembre 2025. Christophe Castaner, président du conseil de surveillance, a présenté ce plan comme une ambition historique : « faire de Marseille-Fos un hub maritime de référence en Méditerranée et un levier de souveraineté industrielle pour la France et l'Europe ». Les sommes seront investies progressivement : 100 millions d'euros injectés dès 2025, 100 millions supplémentaires en 2026, puis 200 à 300 millions chaque année de 2027 à 2029.
Ce niveau d'investissement sans précédent intervient dans un contexte porteur. En 2025, le trafic du port a progressé de 5 % pour atteindre 74 millions de tonnes, les recettes ont bondi à 235,3 millions d'euros, et les investissements ont dépassé leurs objectifs de 6 % avec 105 millions d'euros engagés sur l'année. Le trafic de véhicules a affiché une progression spectaculaire de 17 %, dépassant les 225 000 unités. Ces indicateurs illustrent le dynamisme retrouvé du premier port français, qui confirme son rôle central dans la sécurisation des échanges commerciaux extérieurs de la France.
Fos 3XL, logistique et modernisation : les grands chantiers du plan
Au cœur de cette feuille de route figure l'extension majeure du terminal à conteneurs Fos 3XL, véritable pièce maîtresse du projet à l'horizon 2030. Ce futur chantier prévoit l'agrandissement de 21 hectares de terre-pleins, l'allongement de 450 mètres supplémentaires de quais et une capacité totale portée à 2,9 millions d'équivalents vingt pieds (MEVP). Le GPMM entend faire de Fos 3XL un terminal taillé pour les navires de dernière génération, capable d'accueillir les plus gros porte-conteneurs du monde tout en gagnant en productivité et en efficacité environnementale. La dynamique des flux en Méditerranée, comme en témoignent les récentes turbulences sur le fret maritime vers l'Algérie, rappelle l'importance stratégique de cette modernisation pour l'ensemble de la région.
Le plan prévoit également le développement de nouvelles zones logistiques, notamment à la Feuillane Nord et avec l'extension de Distriport 2. L'accélération du report modal est aussi au programme, avec le renforcement des corridors ferroviaires et fluviaux pour réduire la dépendance au transport routier et diminuer l'empreinte carbone des chaînes logistiques. La modernisation concerne également les terminaux existants — Gloria, Sud Graveleau et Fos 2XL — qui seront remis à niveau pour augmenter le trafic de voitures. Le terminal du Cap Janet, dédié aux liaisons vers le Maghreb, achèvera sa rénovation en 2027, tandis qu'une nouvelle gare maritime verra le jour en 2028 pour les départs vers la Corse, à proximité des Terrasses du Port.
Sur le front de la croisière, après deux appels à projets infructueux pour attirer un opérateur privé, le port prendra lui-même en charge la construction d'une gare dédiée de 500 mètres carrés sur le J4, face au MuCEM. Une installation modulaire temporaire sera mise en service dès 2026, avant l'érection d'un bâtiment définitif en 2028. Ce nouveau terminal accueillera jusqu'à 100 escales par an et contribuera à la valorisation touristique du cœur historique de Marseille, renforçant ainsi l'attractivité de la cité phocéenne auprès des compagnies de croisière de luxe.
Emplois, énergie verte et réindustrialisation : l'impact pour la ville
L'expansion du port de Marseille-Fos ne se mesure pas qu'en tonnes de marchandises ou en mètres de quais. Le GPMM est aujourd'hui l'un des premiers employeurs de la région avec 42 000 emplois directs et indirects. Le plan stratégique 2025-2029 vise à créer 10 000 emplois supplémentaires, portés à la fois par les chantiers portuaires eux-mêmes et par les investissements industriels privés attendus dans la zone. Environ 15 milliards d'euros d'investissements privés sont anticipés dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer d'ici 2030-2035, autour de projets structurants comme GravitHy (production d'hydrogène vert), Carbon (recyclage de batteries) et Neocarb. Ces implantations industrielles devraient à elles seules générer des milliers de postes qualifiés dans la métropole.
Sur le plan énergétique, le GPMM s'impose comme un pionnier de la transition maritime. Le projet Cenaq de connexion électrique à quai permettra, dès le printemps 2026 si les tests en cours sont concluants, d'alimenter simultanément trois navires de croisière depuis le rivage, supprimant ainsi le recours aux moteurs diesels pendant l'escale. « Nous serons le premier port d'Europe et de Méditerranée à proposer cette connexion électrique, avec quatre ans d'avance sur la législation européenne », a déclaré le GPMM, qui a investi plus de 200 millions d'euros dans cette infrastructure innovante. Le trafic de gaz naturel liquéfié (GNL), carburant de transition pour le secteur maritime, a de son côté bondi de 40 % entre 2024 et 2025, confirmant l'orientation résolue du port vers les énergies alternatives.
Avec ce plan stratégique 2025-2029, le Grand Port Maritime de Marseille-Fos se donne les moyens de rivaliser avec les plus grands ports européens — Rotterdam, Barcelone, Gênes. Dans un contexte de montée en puissance des flux méditerranéens, d'accélération de la réindustrialisation européenne et de renforcement des enjeux de souveraineté logistique, Marseille entend reprendre la place qui lui revient comme véritable porte d'entrée du sud de l'Europe. Après des décennies de déclin relatif — dont le patronat marseillais avait sonné l'alarme en appelant à sauver le port —, la cité phocéenne prend enfin le virage de l'ambition portuaire à grande échelle.