Fret maritime : l’Algérie face à la tempête des tarifs
À partir du 15 janvier, les coûts du fret maritime vers l’Algérie vont augmenter de plus de 18 %. Une hausse qui fragilise importateurs, PME et consommateurs, tout en révélant la dépendance économique du pays à ses ports.
"Nous ne parlons pas seulement de chiffres, mais de vies économiques suspendues entre deux rives." Dans les bureaux d’un transitaire du port d’Alger, la colère gronde. Les transporteurs asiatiques ont annoncé une hausse significative des tarifs de fret vers la Méditerranée occidentale, et l’Algérie figure parmi les pays les plus touchés. Selon le site Maghreb Émergent, le coût moyen du conteneur depuis la Chine sera facturé jusqu’à 18 % plus cher qu’à destination du Maroc ou de la Tunisie.
Cette décision, motivée par la rareté des navires et la hausse du carburant maritime, intervient dans un contexte déjà tendu. Les importateurs algériens, confrontés à des restrictions bancaires et à une demande intérieure soutenue, redoutent un effet domino : flambée des prix, pénurie de certains produits, ralentissement de l’activité industrielle. "Nous dépendons de chaque conteneur comme d’un souffle d’oxygène", résume un entrepreneur du secteur agroalimentaire.
Ports saturés, dépendance accrue
"Le commerce maritime, c’est le miroir de notre économie : dès qu’une onde traverse la mer, c’est tout le rivage qui tremble." Les ports d’Alger, d’Oran et de Béjaïa, déjà saturés, peinent à absorber le surcoût logistique. Les retards s’accumulent, les quais débordent, et les entreprises locales doivent répercuter la hausse sur les consommateurs. À l’échelle méditerranéenne, l’Algérie apparaît de plus en plus isolée, coincée entre des infrastructures vieillissantes et un commerce mondial en recomposition.
Pourtant, la Méditerranée demeure un carrefour essentiel : près de 20 % du trafic maritime mondial y transite. Et si les coûts explosent, c’est aussi parce que la demande post-pandémie a redessiné les routes maritimes. L’Europe importe davantage de produits asiatiques, les tensions au Proche-Orient perturbent le canal de Suez, et les compagnies redirigent leurs navires selon la rentabilité.
"L’Algérie paye aujourd’hui le prix d’une dépendance logistique accumulée depuis des décennies", estime un économiste oranais. Le pays, qui rêve de diversification et de réindustrialisation, se heurte à la réalité de son enclavement commercial.
Dans cette tempête économique, certains y voient pourtant une opportunité : "Cette hausse pourrait accélérer la modernisation portuaire et encourager la production locale", avance un membre du ministère du Commerce. Des projets d’extension des ports de Cherchell et Jijel sont évoqués, tandis que des partenariats avec la Chine et la Turquie sont en cours.
Mais le chemin sera long. Entre bureaucratie et inertie structurelle, la transition vers une économie logistique moderne reste semée d’écueils. L’impact sur les prix des produits de base – notamment alimentaires – pourrait raviver des tensions sociales déjà palpables.