sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Ceuta et Melilla : le Maroc relance le bras de fer avec l'Espagne

Les tensions diplomatiques entre le Maroc et l'Espagne connaissent un nouveau pic après les déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui a défendu les droits historiques et géographiques de son pays sur Ceuta et Melilla. Madrid a répondu par un refus catégorique, réaffirmant sa souveraineté pleine et entière sur ces deux villes autonomes situées sur la côte nord-africaine.

En août 2026, le ministre marocain de la Justice a proposé la création d'un mécanisme bilatéral de dialogue pour discuter de l'avenir de ces deux territoires et parvenir à une « solution définitive » qui impliquerait leur intégration au Maroc. Dans ses déclarations, Abdellatif Ouahbi qualifie Ceuta et Melilla d'« enclaves occupées », affirmant que la revendication marocaine n'est pas récente. Cette prise de position intervient quelques semaines après un afflux massif de migrants vers Ceuta fin juillet, lorsque près de 72 000 personnes avaient pénétré sur le territoire.

La réaction espagnole ne s'est pas fait attendre. Le ministère des Affaires étrangères espagnol a exprimé son « rejet catégorique » de ces revendications, réitérant que Ceuta et Melilla relèvent pleinement de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Espagne, et donc du territoire de l'Union européenne. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a été encore plus ferme : « Il faut le dire très clairement : Ceuta et Melilla ne sont pas seulement espagnoles, elles sont espagnoles par excellence ! Et c'est précisément pour cela qu'elles sont intouchables. »

Cinq siècles d'histoire et de rivalité

Ceuta et Melilla n'ont pas des trajectoires historiques identiques. Ceuta a changé plusieurs fois de mains au fil des siècles. Passée sous domination musulmane pendant des siècles, elle fut conquise par le Portugal au début du XVe siècle, avant de revenir à la couronne espagnole lors de l'union ibérique. Elle y est restée définitivement après la séparation des deux royaumes au milieu du XVIIe siècle. Melilla, de son côté, a été conquise par la Castille à la toute fin du XVe siècle, le 17 septembre 1497 précisément, et n'a jamais quitté le giron espagnol depuis, servant longtemps de verrou militaire face aux puissances nord-africaines.

Ces deux villes sont aujourd'hui placées sous souveraineté espagnole, intégrées au cadre institutionnel européen et géographiquement enclavées dans le territoire marocain. Madrid les considère comme deux villes autonomes faisant pleinement partie de l'Espagne, avec tous les droits et privilèges qui en découlent. Pour Rabat, en revanche, il s'agit de territoires devant être restitués au Maroc, derniers vestiges d'une époque coloniale révolue.

La revendication marocaine s'est structurée dès l'indépendance du royaume chérifien en 1956. Rabat considère ces enclaves comme les dernières traces d'une colonisation qu'il juge anachronique. Après l'indépendance, la question des frontières héritées de la période coloniale est devenue une composante majeure du débat politique national. Le nationalisme marocain défend la récupération des territoires considérés comme ayant été détachés du Maroc au cours de la période coloniale.

Une stratégie graduelle plutôt que militaire

La récupération de Tarfaya en 1958 et celle de Sidi Ifni en 1969, deux autres possessions espagnoles, ont constitué des étapes importantes dans la consolidation territoriale du Maroc indépendant. Ces précédents nourrissent l'espoir marocain d'une récupération éventuelle de Ceuta et Melilla. Toutefois, le Maroc privilégie aujourd'hui une stratégie graduelle et non militaire, axée sur le développement économique et l'influence régionale plutôt que sur la confrontation armée.

Dans l'opinion publique marocaine, ces villes sont largement perçues comme historiquement et géographiquement marocaines, ce qui renforce la pression sur les autorités pour maintenir la revendication. Pourtant, l'Espagne rappelle de façon constante que sa souveraineté sur Ceuta et Melilla n'est pas négociable. Les deux villes représentent non seulement un enjeu symbolique, mais aussi stratégique pour Madrid, qui y voit des points d'ancrage essentiels en Méditerranée occidentale.

Le différend territorial sur Ceuta et Melilla continue ainsi de façonner les relations entre le Maroc et l'Espagne, alternant périodes de coopération et phases de tension. L'Union européenne, dont ces territoires font juridiquement partie, observe ce bras de fer diplomatique avec attention, consciente que toute escalade pourrait avoir des répercussions sur la gestion des flux migratoires et la stabilité régionale en Méditerranée. La proposition marocaine d'impliquer l'UE dans la recherche d'une solution définitive témoigne de la dimension européenne que prend désormais ce contentieux historique.

sfy39587stp16