« ICE out » : l’Amérique dans la rue contre la police de l’immigration et la dérive fascisante de Trump
Des milliers de manifestants ont envahi les rues de nombreuses villes américaines ces derniers jours derrière un slogan simple et radical : « ICE out ». Derrière ces mots, une contestation frontale de la police fédérale de l’immigration, devenue sous Donald Trump le bras armé d’une politique jugée de plus en plus répressive, arbitraire et autoritaire. Pour une partie croissante de la société américaine, ce qui se joue aujourd’hui dépasse la seule question migratoire : c’est un basculement démocratique.
Des images venues de New York, Los Angeles, Chicago ou Atlanta ont fait le tour des réseaux sociaux et des médias internationaux. Des foules compactes, souvent jeunes, parfois familiales, brandissant des pancartes où se mêlent colère et inquiétude. « Abolish ICE », « No human is illegal », « Stop deportations ». À mesure que les rassemblements grossissent, le message se durcit : l’Immigration and Customs Enforcement n’est plus perçue comme une administration, mais comme une force de répression.
Créée après le 11-Septembre, l’ICE est devenue sous la présidence de Donald Trump l’instrument central d’une politique migratoire fondée sur la peur. Arrestations spectaculaires, raids dans les quartiers populaires, interpellations à la sortie des tribunaux ou des écoles, séparations familiales : la presse américaine et européenne documente depuis des mois une stratégie assumée de dissuasion par la violence administrative. « Ils ne cherchent plus à appliquer la loi, ils cherchent à terroriser », résume une avocate spécialisée en droit de l’immigration interrogée par la presse new-yorkaise.
Une politique migratoire devenue outil de pouvoir
Ce qui frappe les observateurs, c’est le changement de nature du discours présidentiel. Donald Trump ne se contente plus de défendre des frontières strictes : il désigne des ennemis intérieurs. Migrants, demandeurs d’asile, ONG, juges, journalistes. Tous sont présentés comme des obstacles à la « vraie Amérique ». Une rhétorique qui s’accompagne d’une extension des pouvoirs de la police fédérale et d’un mépris croissant pour les contre-pouvoirs institutionnels.
« Nous assistons à une normalisation de pratiques qui relevaient autrefois de l’exception », analyse un politologue cité par la presse britannique. Détentions prolongées sans procès, expulsions expéditives, usage massif de la surveillance. Dans plusieurs États, les gouverneurs démocrates dénoncent une fédéralisation autoritaire de la politique migratoire, imposée contre la volonté des collectivités locales.
En France, plusieurs éditorialistes parlent désormais d’un tournant idéologique. Non pas un simple durcissement conservateur, mais une logique de pouvoir qui rappelle les heures les plus sombres du XXe siècle. « Le trumpisme n’est plus un populisme électoral, il devient un système », écrit un chroniqueur. Un système fondé sur l’obéissance, la stigmatisation et la force.
La référence au fascisme, longtemps jugée excessive, s’impose peu à peu dans le débat public. Non pas comme une copie historique, mais comme une dynamique : culte du chef, mépris des minorités, criminalisation de l’opposition, instrumentalisation de la peur. « Quand l’État transforme des catégories entières de population en suspects permanents, il sort du cadre démocratique », alerte un historien américain.
Les manifestations « ICE out » s’inscrivent dans cette prise de conscience. Elles font écho aux mobilisations contre les violences policières, aux mouvements pour les droits civiques, aux résistances locales face aux décrets fédéraux. Et elles posent une question centrale : jusqu’où une démocratie peut-elle aller sans se renier ?
Alors que la Maison-Blanche persiste et revendique la fermeté, la rue américaine répond par la désobéissance et la mémoire. « Nos parents ont fui des régimes autoritaires. Nous ne laisserons pas l’Amérique en devenir un », peut-on lire sur une banderole aperçue à Brooklyn.