Discrimination à l'IBAN : un IBAN européen ne peut pas être refusé, voici quoi faire
Employeur, fournisseur ou organisme qui refuse votre IBAN allemand, lituanien ou de néobanque : ce que dit l'article 9 du règlement SEPA, ses limites, le message à envoyer, où signaler le refus et les amendes prévues en France.
Un employeur, un fournisseur ou un organisme ne peut pas refuser un IBAN au motif que le compte est situé dans un autre pays de l'Union européenne : l'article 9 du règlement (UE) n° 260/2012 l'interdit, pour les virements comme pour les prélèvements en euros, dès lors que le compte est joignable par SEPA. En cas de refus, rappelez la règle par écrit, puis signalez-le à la DGCCRF sur signal.conso.gouv.fr. L'amende peut atteindre 375 000 € pour une entreprise.
Votre employeur exige un IBAN commençant par FR, votre fournisseur d'énergie refuse le prélèvement sur votre compte en Lituanie ou en Allemagne, un organisme ne veut pas verser un remboursement sur votre néobanque : c'est ce qu'on appelle la discrimination à l'IBAN. Le droit européen l'interdit depuis le règlement SEPA de 2012, et la loi française prévoit des amendes. Voici le texte, les cas fréquents, ses limites et la marche à suivre.
Dans ce guide
Ce que dit le règlement SEPA
L'article 9 du règlement (UE) n° 260/2012 du 14 mars 2012, intitulé « Accessibilité des paiements », pose deux interdictions :
- Celui qui paie par virement ne précise pas l'État membre dans lequel le compte du bénéficiaire doit être situé (paragraphe 1).
- Celui qui encaisse, par virement ou par prélèvement, ne précise pas l'État membre dans lequel le compte du payeur doit être situé (paragraphe 2).
Dans les deux cas, la règle vaut pour un compte situé au sein de l'Union européenne, « pour autant que le compte de paiement soit accessible » au sens de l'article 3, c'est-à-dire joignable par les virements et prélèvements SEPA. La Banque de France le résume ainsi : un créancier français ne peut pas refuser les IBAN émis dans d'autres pays, ni ceux émis par les établissements de paiement ou de monnaie électronique, comme beaucoup de néobanques.
- IBAN
- L'identifiant international d'un compte. Ses deux premières lettres donnent le pays du compte : FR pour la France, DE pour l'Allemagne, LT pour la Lituanie, etc.
- Virement et prélèvement SEPA
- Les paiements en euros entre comptes de l'espace unique de paiement en euros, régis par le règlement n° 260/2012.
Les cas fréquents
| Situation | Rôle de l'organisme | Texte | Ce qui est interdit |
|---|---|---|---|
| Employeur qui verse le salaire | Payeur | Article 9, paragraphe 1 | Exiger un compte dans un pays donné, par exemple un IBAN FR |
| Organisme qui verse une prestation ou un remboursement | Payeur | Article 9, paragraphe 1 | Refuser de virer sur un compte d'un autre pays de l'Union |
| Fournisseur d'énergie, opérateur, assureur qui prélève | Bénéficiaire | Article 9, paragraphe 2 | Refuser un mandat de prélèvement sur un compte d'un autre pays de l'Union |
| Vendeur ou créancier qui attend un virement | Bénéficiaire | Article 9, paragraphe 2 | Exiger que le virement parte d'un compte français |
| Compte dans une néobanque | Payeur ou bénéficiaire | Article 9, et FAQ de la Banque de France | Refuser l'IBAN parce qu'il est émis par un établissement de paiement ou de monnaie électronique |
Sources : règlement (UE) n° 260/2012, texte consolidé au 8 avril 2024 (EUR-Lex) ; FAQ « RIB, IBAN et BIC » de la Banque de France, consultée le 18 octobre 2026.
Le texte ne prévoit aucune exception pour les organismes publics : il vise tout payeur et tout bénéficiaire.
Les limites de la règle
- Euros et Union européenne seulement. Le règlement couvre les virements et prélèvements en euros, quand les banques du payeur et du bénéficiaire sont situées dans l'Union (article 1). Un compte au Maroc, en Algérie ou en Tunisie n'est pas concerné.
- Pas les cartes. Les paiements et retraits par carte bancaire sont hors du champ du règlement (article 1).
- Le compte doit être joignable. L'obligation vaut « pour autant que le compte soit accessible » (article 3). Pour le prélèvement, cette garantie ne joue que pour les prélèvements proposés aux consommateurs. Si un prélèvement échoue, vérifiez d'abord auprès de votre banque que votre compte accepte les prélèvements SEPA : un échec technique n'est pas une discrimination.
Faire valoir ses droits
Demander le refus par écrit
Un refus par téléphone ne prouve rien. Demandez une réponse écrite, par courriel ou depuis votre espace client, qui dise clairement que votre IBAN est refusé à cause du pays du compte.
Rappeler la règle
Répondez en citant l'article 9 du règlement (UE) n° 260/2012 et l'article L362-1 du code monétaire et financier (voir le modèle ci-dessous). Beaucoup de refus viennent d'un logiciel ou d'un formulaire qui n'accepte que les IBAN FR : le message doit remonter au service qui peut le corriger.
Signaler le refus
Si le refus persiste, signalez-le à la DGCCRF sur signal.conso.gouv.fr, la voie indiquée par la Banque de France. Joignez la réponse écrite et votre IBAN masqué en partie.
Si le refus vient d'un autre pays de l'Union
La Commission européenne conseille de porter plainte auprès de l'autorité compétente du pays où la discrimination a eu lieu. Sa page « IBAN discrimination » en donne la liste, avec un formulaire pour signaler votre cas.
Modèle de message :
Madame, Monsieur, vous refusez mon IBAN [code pays] au motif que mon compte n'est pas domicilié en France. L'article 9 du règlement (UE) n° 260/2012 interdit à un payeur comme à un bénéficiaire d'exiger que le compte soit situé dans un État membre précis, dès lors qu'il est accessible par virement ou prélèvement SEPA, ce qui est le cas du mien. Ce manquement est passible d'une amende administrative en application de l'article L362-1 du code monétaire et financier. Je vous remercie d'enregistrer mes coordonnées bancaires sous huit jours. À défaut, je signalerai ce refus à la DGCCRF.
Ce que risque l'organisme
En France, l'article L362-1 du code monétaire et financier (version en vigueur depuis le 3 mai 2025) punit les manquements aux articles 8 et 9 du règlement d'une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. Les manquements sont constatés par les agents de la DGCCRF, selon la procédure du code de la consommation (article L511-7), et l'amende est prononcée par l'autorité chargée de la concurrence et de la consommation.
Un compte à l'étranger ouvre aussi des obligations fiscales : voyez notre guide pour déclarer un compte bancaire à l'étranger. Et méfiez-vous des faux messages qui réclament vos coordonnées : lisez notre article sur l'arnaque à l'IBAN par mail.
Questions fréquentes
Mon employeur peut-il exiger un IBAN français pour verser mon salaire ?
Non. Celui qui paie par virement ne peut pas imposer le pays du compte du bénéficiaire (article 9, paragraphe 1, du règlement n° 260/2012), dès lors que votre compte est situé dans l'Union et joignable par virement SEPA.
Un fournisseur peut-il refuser le prélèvement sur mon compte en Allemagne ou en Lituanie ?
Non, s'il propose le prélèvement à ses clients : le bénéficiaire ne peut pas exiger que le compte du payeur soit dans un pays précis (article 9, paragraphe 2). Vérifiez seulement que votre compte accepte les prélèvements SEPA.
Une administration ou la CAF peut-elle refuser mon IBAN européen ?
Le règlement ne prévoit pas d'exception pour les organismes publics. Pour la France, la liste des autorités compétentes publiée par la Commission européenne désigne la DGCCRF pour les entreprises et les administrations. Rappelez-leur l'article 9 par écrit et demandez la mise à jour de vos coordonnées.
La règle vaut-elle pour un compte au Maroc ou en Algérie ?
Non. Le règlement vise les paiements en euros entre comptes situés dans l'Union européenne.
Où signaler une discrimination à l'IBAN ?
À la DGCCRF, sur signal.conso.gouv.fr, comme l'indique la Banque de France. Si le refus vient d'un organisme d'un autre pays de l'Union, adressez-vous à l'autorité compétente de ce pays.
Combien risque un organisme qui refuse mon IBAN ?
Jusqu'à 75 000 € d'amende administrative pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale (article L362-1 du code monétaire et financier).
Journal des modifications
- Mis à jour : première publication, d'après le règlement (UE) n° 260/2012 consolidé au 8 avril 2024 et l'article L362-1 du code monétaire et financier, le