Retraite au soleil : Portugal, Espagne, Grèce, Maroc, Tunisie comparés
Vous préparez votre retraite au Portugal, en Espagne, en Grèce, au Maroc ou en Tunisie ? Ce comparatif vérifie les promesses : qui impose votre pension, ce que valent vraiment les régimes fiscaux locaux, comment vous soigner et quelles aides françaises vous perdez en partant.
Votre pension française vous suit partout, mais celle du privé est imposée dans le pays où vous vivez : la Grèce (7 % sur option), le Maroc et la Tunisie offrent des régimes favorables sous conditions, le Portugal et l'Espagne appliquent leur barème ordinaire. Une pension de fonctionnaire reste imposée en France, sauf au Maroc et en Tunisie, et l'Aspa reste réservée à ceux qui résident en France de façon stable (foyer permanent ou plus de 9 mois par an).
Le Portugal, l'Espagne, la Grèce, le Maroc et la Tunisie reviennent dans toutes les listes des « meilleurs pays pour sa retraite ». Les articles promettent souvent une « oasis fiscale » ou une vie confortable avec 1 500 € par mois. La réalité dépend moins du pays que de trois questions : qui impose votre pension, qui rembourse vos soins, et quelles aides françaises vous perdez en quittant la France.
Ce guide compare les cinq destinations sur ces trois points, à partir des conventions fiscales signées par la France et des textes ou annonces des administrations. Il ne remplace pas un conseil personnalisé : chaque carrière est différente, et les régimes locaux changent souvent.
Dans ce guide
Ce que vous gardez et ce que vous perdez en partant
Votre pension de base et vos retraites complémentaires vous suivent. Elles sont versées à l'étranger, en général sur un compte local. En contrepartie, chaque caisse vous demande une fois par an un certificat de vie. Depuis juin 2024, l'application gratuite « Mon certificat de vie » permet de le valider par reconnaissance faciale, avec un smartphone et une pièce d'identité à bande de lecture optique. Sinon, une autorité locale vise le formulaire, que vous renvoyez ensuite. Un certificat oublié peut suspendre le versement.
Certaines aides, en revanche, exigent de vivre en France. C'est le cas de l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, l'ancien « minimum vieillesse ») : selon service-public.fr, il faut avoir son foyer permanent en France ou y séjourner plus de 9 mois dans l'année de versement. Un retraité qui touche l'Aspa et s'installe au soleil la perd, comme le montre ce cas d'une pension coupée après 680 jours au Maroc.
Les prélèvements sociaux changent. Un retraité domicilié fiscalement hors de France ne paie plus la CSG, la CRDS ni la Casa. S'il reste rattaché à l'assurance maladie française (formulaire S1 en Europe, conventions avec le Maroc et la Tunisie), une cotisation maladie les remplace : 3,2 % sur la retraite de base selon le Service des retraites de l'État, et 4,2 % sur les complémentaires selon la CFDT Retraités.
Le cas particulier des retraités qui repartent en Algérie ou au Maroc (pension de réversion, aide aux anciens migrants, centre de paiement) est traité dans notre guide Retraite française en Algérie ou au Maroc : certificat de vie, impôts, santé.
Où votre pension est imposée : ce que disent les conventions
La France a signé une convention fiscale avec chacun des cinq pays. Ces textes, publiés sur impots.gouv.fr, répartissent le droit d'imposer selon l'origine de la pension. Une règle revient presque partout : une pension du privé (régime général, Agirc-Arrco, indépendants) est imposée uniquement dans le pays où vous résidez. Une pension de fonctionnaire suit des règles différentes selon le pays.
| Critère | Portugal | Espagne | Grèce | Maroc | Tunisie |
|---|---|---|---|---|---|
| Pension du privé | Portugal (art. 19) | Espagne (art. 18) | Grèce (art. 17) | Maroc (art. 17) | Tunisie (art. 25) |
| Pension de fonctionnaire | France, sauf nationalité portugaise | France, sauf nationalité espagnole seule | France, sauf nationalité grecque seule | Maroc | Tunisie, d'après le SRE |
| Retenue française sur une pension de l'État | Oui | Oui | Oui | Non | Non |
| Régime local pour les retraités venus de l'étranger | Non, fin du RNH | Non | Oui, 7 % sur option | Oui, abattement et réduction | Oui, déduction de 80 % |
Sources : conventions fiscales publiées sur impots.gouv.fr (France-Grèce de 2022, en vigueur depuis le 30 décembre 2023) ; Service des retraites de l'État, page fiscalité consultée en octobre 2026 ; régimes locaux détaillés ci-dessous.
Deux conséquences pratiques. D'abord, un ancien fonctionnaire qui s'installe au Portugal, en Espagne ou en Grèce continue de payer l'impôt français sur sa pension de l'État : le Service des retraites de l'État (SRE) applique une retenue à la source. Le barème 2026 prévoit 0 % jusqu'à 17 275 € par an, 12 % jusqu'à 50 112 € et 20 % au-delà, calculé après la cotisation maladie et un abattement de 10 %. Ensuite, au Maroc et en Tunisie, le SRE n'applique pas cette retenue : c'est le fisc local qui impose.
Pour une pension du privé, faites connaître votre nouvelle résidence fiscale à chaque caisse et conservez l'attestation délivrée par l'administration fiscale de votre pays d'accueil : c'est elle qui justifie l'absence d'impôt français.
Les régimes locaux, pays par pays
Portugal : le régime des « résidents non habituels » est fermé
C'est le pays dont la réputation a le plus vieilli : certains retraités se tournent désormais vers la côte atlantique française. Le régime des résidents non habituels (RNH), qui allégeait fortement l'impôt des pensions étrangères, est fermé aux nouveaux arrivants depuis 2024. Les personnes déjà inscrites gardent leurs droits jusqu'au terme de leur période. Le dispositif qui l'a remplacé, l'IFICI, vise les chercheurs et les métiers de l'innovation, et exclut expressément les pensions, selon PwC Portugal. Un retraité qui arrive aujourd'hui paie donc l'impôt portugais sur sa pension du privé selon le barème progressif ordinaire.
Espagne : le droit commun, sans régime pour les retraités
L'Espagne n'a pas de régime fiscal dédié aux retraités venus de l'étranger. La pension du privé entre dans l'impôt sur le revenu espagnol (IRPF), au barème national et régional. Vous devenez résident fiscal espagnol si vous passez plus de 183 jours dans le pays au cours de l'année civile, ou si l'Espagne devient le centre de vos intérêts économiques, selon le ministère espagnol des Finances. Pour l'achat d'un logement sur place, voir notre guide Acheter un logement en Espagne : NIE, notaire, impôts.
Grèce : un impôt de 7 % sur option, pour quinze ans
L'article 5B du code grec de l'impôt sur le revenu permet aux titulaires d'une pension étrangère de payer un impôt de 7 % sur l'ensemble de leurs revenus de source étrangère, pendant quinze années au plus. Il faut ne pas avoir été résident fiscal grec pendant cinq des six années précédentes, et venir d'un État lié à la Grèce par un accord de coopération administrative, selon le site spécialisé TaxRevenue (mise à jour d'octobre 2026). Ce régime ne s'applique pas à une pension de fonctionnaire française, qui reste imposée en France. Une réforme de la procédure prévoit de reporter le paiement en décembre et de supprimer la date limite de demande, fixée jusqu'ici au 31 mars : vérifiez la procédure en vigueur auprès de l'administration fiscale grecque (AADE) avant de déposer votre dossier.
Maroc : un vrai avantage, sous une condition stricte
Pour les titulaires d'une pension de source étrangère domiciliés au Maroc, la Direction générale des impôts (DGI) a rappelé en février 2026 deux allègements. Le premier est un abattement de 70 % sur le montant brut lorsque les pensions annuelles ne dépassent pas 168 000 dirhams, et de 40 % sur le surplus. Le second est une réduction de 80 % de l'impôt dû, mais seulement sur les sommes transférées au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles. Il faut joindre à la déclaration annuelle une attestation de versement de la caisse et une attestation de la banque prouvant ce transfert.
La promesse d'« oasis fiscale » mérite donc une précision. La pension reste imposable, l'avantage maximal suppose de convertir définitivement l'argent en dirhams, et l'exonération totale des pensions entrée en vigueur au Maroc le 1er janvier 2026 ne concerne que les régimes de base marocains. Les retraites de source étrangère restent soumises à l'impôt selon le droit commun, a souligné Bladi.net en février 2026.
Tunisie : 80 % de la pension déduits si elle est transférée
Selon le ministère tunisien des Finances, cité par La Presse de Tunisie en août 2026, le revenu net des pensions et rentes venues de l'étranger bénéficie d'une déduction forfaitaire de 80 % lorsqu'elles sont transférées en Tunisie. Ce n'est pas une exonération de 80 % de l'impôt : seuls 20 % de la pension entrent dans le barème. La loi de finances pour 2026 relève progressivement, à partir de 2027, l'abattement de droit commun des retraités tunisiens, mais ce régime des pensions étrangères reste distinct. Gardez les justificatifs de transfert : ils accompagnent la déclaration annuelle.
Pourquoi pas les autres
Le régime des résidents non habituels au Portugal
Il est fermé aux nouveaux arrivants depuis 2024 ; seules les personnes déjà inscrites en profitent encore.
L'IFICI portugais, présenté comme son successeur
Il vise les chercheurs et les métiers de l'innovation et exclut expressément les pensions.
L'exonération marocaine des pensions de 2026
Elle concerne les régimes de base marocains, pas les retraites versées par une caisse française.
Le régime grec de l'article 5C
Il exonère la moitié des revenus d'activité de ceux qui viennent travailler en Grèce : il ne vise pas les pensions.
Santé et droit au séjour : l'Europe d'un côté, le Maghreb de l'autre
Dans l'Union européenne, un retraité du régime français demande avant son départ le formulaire S1 (ex-E 121) à sa caisse de retraite, puis s'inscrit avec ce document auprès de la sécurité sociale du pays d'accueil. Ses soins sont alors pris en charge selon les règles locales, et l'assurance maladie française reste compétente pour ses séjours en France. Au Maroc et en Tunisie, une convention de sécurité sociale prévoit aussi la prise en charge des soins des retraités du régime français : pour la Tunisie, le Cleiss cite le formulaire SE 351-07.
| Critère | Portugal, Espagne, Grèce | Maroc | Tunisie |
|---|---|---|---|
| Document à demander avant de partir | Formulaire S1, auprès de la caisse de retraite | Attestation prévue par la convention, auprès de la caisse | Formulaire SE 351-07, auprès de la caisse de base |
| Soins sur place pris en charge | Oui, selon les règles locales | Oui, par convention | Oui, par convention |
| Soins lors d'un séjour en France | Caisse française, carte européenne | Cnarefe, sans condition de durée de cotisation | Cnarefe, sans condition de durée de cotisation |
| Droit au séjour au-delà de 3 mois | Enregistrement possible ; assurance maladie et ressources exigées | Carte de séjour | Carte de séjour |
Sources : ameli.fr et Cleiss, pages consultées en octobre 2026 ; Your Europe (Commission européenne) pour le droit au séjour des retraités européens.
La prise en charge locale ne couvre jamais tout : le reste à charge, les cliniques privées et les évacuations sanitaires pèsent lourd après 70 ans. Deux de nos guides détaillent les solutions : la Caisse des Français de l'étranger et l'assurance santé des expatriés, et l'assurance rapatriement de corps vers le Maghreb.
Coût de la vie : se méfier des « 1 500 € par mois »
Les articles qui promettent une vie aisée avec 1 500 € par mois au Maroc ou en Tunisie citent rarement leurs sources. La Presse de Tunisie le résumait en août 2026 : le gain de pouvoir d'achat existe, mais il dépend du mode de vie, car les produits importés, les services haut de gamme et les soins privés alourdissent vite le budget. Nous ne publions donc pas de budget type. Pour estimer le vôtre, partez de votre mode de vie réel :
- le loyer d'annonces locales récentes, dans le quartier visé et hors saison touristique ;
- la santé : cotisation maladie, complémentaire, et soins que la couverture locale ne rembourse pas ;
- les allers-retours en France, qui augmentent souvent avec l'âge et les petits-enfants ;
- le change : une pension en euros convertie en dirhams ou en dinars fluctue avec les cours ;
- les comparateurs participatifs, à prendre comme un ordre de grandeur, car leurs relevés viennent surtout des grandes villes.
Le meilleur test reste un séjour long, hors saison, dans la ville visée, avant tout achat ou bail de longue durée.
Les pièges à connaître avant de partir
Rester résident fiscal français sans le savoir. Le fisc français vous considère comme résident si votre foyer, votre lieu de séjour principal ou le centre de vos intérêts économiques reste en France. Garder sa maison, sa famille proche et passer l'essentiel de l'année en France expose à une double résidence, que la convention tranche ensuite. Fixez clairement votre installation.
Croire l'avantage fiscal acquis. Au Maroc, la réduction de 80 % suppose un transfert définitif en dirhams non convertibles. En Tunisie, la déduction suppose le transfert. En Grèce, il faut une demande formelle. Sans justificatif, l'impôt plein s'applique.
Oublier les aides liées à la résidence en France. L'Aspa et les aides au logement se perdent au départ ; un retour ultérieur suppose de les redemander.
Négliger la succession. Un bien acheté à l'étranger relève souvent du droit et des impôts du pays où il se trouve. Faites le point avec un notaire avant d'acheter, pas après.
Partir à la retraite à l'étranger : les démarches dans l'ordre
Tester le pays avant de s'engager
Passez plusieurs mois sur place, hors saison, avant de vendre ou d'acheter. Vérifiez l'accès aux soins près de chez vous.
Faire le point sur ses pensions
Identifiez ce qui relève du privé et ce qui relève d'une pension de fonctionnaire : la convention ne les impose pas toujours dans le même pays. Vérifiez si vous touchez une aide qui exige de résider en France.
Demander le document de santé
Formulaire S1 pour le Portugal, l'Espagne ou la Grèce ; attestation prévue par la convention pour le Maroc ou la Tunisie. Un formulaire par personne qui vous accompagne.
Signaler le départ aux caisses et au fisc
Prévenez chacune de vos caisses de votre nouvelle adresse et de votre compte bancaire, depuis votre compte retraite sur info-retraite.fr ou auprès de chaque régime. Déclarez votre nouvelle adresse sur impots.gouv.fr : la pension reste à déclarer en France l'année du départ.
Régulariser son séjour sur place
Enregistrement auprès de la mairie ou de la police dans l'Union européenne, carte de séjour au Maroc et en Tunisie. Inscrivez-vous ensuite à la sécurité sociale locale avec votre formulaire.
Obtenir son attestation de résidence fiscale
Demandez-la au fisc local et transmettez-la à vos caisses. Au Maroc et en Tunisie, gardez aussi les attestations de transfert bancaire pour la déclaration annuelle.
Renvoyer chaque année le certificat de vie
Utilisez l'application « Mon certificat de vie » dès réception du QR code, ou le service « Ma retraite à l'étranger » de votre compte retraite, avec un formulaire visé par une autorité locale.
Questions fréquentes
Combien de temps un retraité peut-il rester à l'étranger sans perdre sa retraite ?
Sans limite pour la pension de base et les complémentaires, à condition de renvoyer le certificat de vie chaque année. Seules certaines aides, comme l'Aspa, exigent de résider en France de façon stable : y avoir son foyer permanent ou y passer plus de 9 mois par an.
Quel est le pays le plus avantageux fiscalement pour un retraité français ?
Il n'y a pas de réponse unique. Pour une pension du privé, la Grèce (7 % sur option), le Maroc et la Tunisie offrent des régimes favorables sous conditions ; le Portugal et l'Espagne appliquent leur barème ordinaire. Pour une pension de fonctionnaire, le Maroc et la Tunisie sont les seuls des cinq où le fisc local impose à la place de la France, sauf si vous avez la nationalité du pays d'accueil (seule, pour l'Espagne et la Grèce).
Maroc ou Tunisie : lequel choisir pour sa retraite ?
Les deux pays imposent la pension du privé et ont une convention de sécurité sociale avec la France. La différence tient au mécanisme fiscal : au Maroc, abattement puis réduction de 80 % de l'impôt sur les sommes converties définitivement en dirhams ; en Tunisie, déduction de 80 % de la pension transférée. Le choix dépend surtout de la ville, des soins disponibles et de vos attaches.
Paie-t-on encore la CSG quand on vit à l'étranger ?
Non, si vous êtes domicilié fiscalement hors de France. Si vous restez rattaché à l'assurance maladie française, une cotisation maladie la remplace : 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur les complémentaires.
Le régime portugais des résidents non habituels existe-t-il encore ?
Non pour les nouveaux arrivants : il est fermé depuis 2024. Seules les personnes déjà inscrites en bénéficient jusqu'au terme de leur période, et le régime qui l'a remplacé exclut les pensions.
Peut-on se faire soigner en France après s'être installé au soleil ?
Oui. Dans l'Union européenne, l'assurance maladie française reste compétente pour vos séjours en France. Au Maroc et en Tunisie, le Cnarefe prend en charge les soins des retraités du régime général lors de leurs séjours temporaires en France, sans la condition de quinze ans de cotisation exigée hors convention.
Journal des modifications
- Mis à jour : première publication, le