Retraite française en Algérie ou au Maroc : certificat de vie, impôts, santé
Vous vivez ou comptez vivre en Algérie ou au Maroc avec une retraite française : ce qui reste versé, le certificat de vie annuel, où la pension est imposée, la cotisation maladie qui remplace la CSG, les soins lors des séjours en France.
Une retraite française cotisée, de base, complémentaire ou de fonctionnaire, continue d'être versée si vous vivez en Algérie ou au Maroc, à condition de prouver chaque année que vous êtes en vie par le certificat de vie. L'Aspa, le minimum vieillesse, s'arrête en revanche si vous ne résidez plus en France de façon stable : un foyer permanent en France, ou plus de neuf mois de séjour par an. Les conventions fiscales réservent en général l'imposition de la pension au pays où vous vivez, et la CSG est remplacée par une cotisation maladie.
Une retraite française se touche aussi en vivant à Oran, à Tlemcen, à Agadir ou à Fès. Ce qui a été cotisé suit son titulaire, où qu'il habite. Mais s'installer au pays change le reste : les impôts, la CSG, l'accès aux soins, et une formalité qui revient chaque année et suspend la pension quand on l'oublie, le certificat de vie.
Ce guide fait le tour de ce qui continue d'être versé et de ce qui s'arrête, de ce que prévoient les conventions entre la France, l'Algérie et le Maroc, et des démarches à ne pas manquer pour que la pension continue d'arriver.
Dans ce guide
Ce qui vous suit, ce qui s'arrête
Les retraites obtenues par vos cotisations, celle de l'Assurance retraite comme celle de l'Agirc-Arrco ou une pension de fonctionnaire, sont versées où que vous viviez, en Algérie et au Maroc compris. Ce qui ne suit pas, ce sont les aides financées par la solidarité nationale, à commencer par l'Aspa, le minimum vieillesse, réservée aux personnes qui résident en France.
La différence tient à la nature de la somme. Une pension contributive est un droit acquis par le travail ; les conventions de sécurité sociale signées avec l'Algérie et le Maroc prévoient d'ailleurs expressément l'exportation des pensions de vieillesse. Une aide sous condition de ressources, elle, est liée au lieu de résidence. C'est cette confusion qui a fait circuler l'histoire d'une « pension coupée après 680 jours au Maroc » : il s'agissait en réalité d'une pension d'invalidité non contributive versée par la Sécurité sociale espagnole, comme nous l'avons expliqué dans cet article sur ce que dit vraiment la loi française.
| Prestation | Versée au pays | Condition à surveiller |
|---|---|---|
| Retraite de base (Assurance retraite, MSA) | Oui | Certificat de vie annuel |
| Complémentaire Agirc-Arrco | Oui | Certificat de vie annuel |
| Pension de fonctionnaire de l'État | Oui | Paiement géré par la DSFiPE à Nantes |
| Aspa (minimum vieillesse) | Non | Plus de 9 mois par an en France |
| Aide à la vie familiale et sociale | Oui | Anciens migrants vivant seuls en foyer |
Sources : Cleiss, Service-public.fr, Service des retraites de l'État, ministère des Solidarités. Relevé du 17 octobre 2026.
Le certificat de vie, chaque année
Une fois par an, vos caisses de retraite vous demandent de prouver que vous êtes en vie. Sans réponse, la pension cesse d'être payée. Depuis juin 2024, la démarche se fait en quelques minutes sur smartphone avec l'application gratuite « Mon certificat de vie », et un seul certificat validé est transmis à tous vos régimes.
La demande arrive par courrier ou par courriel, avec un QR code qui ouvre l'application. Celle-ci photographie votre pièce d'identité puis vous filme pour une reconnaissance faciale ; un proche peut tenir le téléphone. Elle exige une carte d'identité ou un passeport doté d'une bande de lecture optique, et une enquête de contrôle en cours. Si l'application refuse le certificat, ou si vous préférez la voie classique, le formulaire se fait viser par le consulat de France ou par une autorité locale de votre lieu de résidence, puis se renvoie à la caisse ou se dépose dans le service « Ma retraite à l'étranger » de votre compte sur info-retraite.fr.
Le piège est connu : un courrier qui n'arrive pas, une adresse périmée, un formulaire renvoyé trop tard, et le paiement s'arrête. Nous avons raconté plusieurs de ces suspensions dans notre article sur le piège du certificat de vie. Tenez votre adresse postale et votre adresse électronique à jour dans votre compte retraite.
Faire son certificat de vie sans risque de suspension
Mettre ses coordonnées à jour
Dans votre compte sur info-retraite.fr, vérifiez l'adresse postale et l'adresse électronique : c'est là qu'arrive la demande et son QR code.
Scanner le QR code reçu
Installez l'application « Mon certificat de vie » depuis le QR code, photographiez votre passeport ou votre carte d'identité, puis suivez la reconnaissance faciale.
Télécharger le justificatif
Une fois le certificat validé, il part seul vers tous vos régimes. Téléchargez-le et gardez-le : c'est votre preuve en cas de suspension.
Passer par le consulat ou la mairie en cas de refus
Si l'application rejette le certificat, faites viser le formulaire papier par le consulat de France ou l'autorité locale compétente, et renvoyez-le sans attendre.
Réagir vite si le paiement s'arrête
Écrivez à votre caisse depuis votre espace personnel en joignant le certificat validé : le versement reprend une fois l'existence prouvée.
Application ou formulaire visé : les deux méthodes notées
Application « Mon certificat de vie »
8,6/10
Points forts
- Aucun déplacement, quelques minutes depuis chez soi
- Transmis directement à tous les régimes
- Gratuite
Points faibles
- Smartphone et pièce d'identité à bande optique obligatoires
- Inutilisable sans le QR code de la demande
À savoir avant de vous lancer : si la reconnaissance échoue, la voie papier reste ouverte, sans pénalité.
Formulaire visé par le consulat ou une autorité locale
6,4/10
Points forts
- Accessible sans smartphone
- Accepté par toutes les caisses
Points faibles
- Déplacement et parfois rendez-vous
- Envoi postal plus lent et plus exposé aux pertes
À savoir avant de vous lancer : déposer le formulaire visé dans « Ma retraite à l'étranger » évite les aléas du courrier international.
Comment nous avons noté
Chaque méthode est notée sur dix selon quatre critères de même poids : le temps nécessaire, le besoin de se déplacer, le risque que le certificat se perde ou arrive en retard, et l'accessibilité pour une personne âgée sans équipement. Les notes sont une appréciation de la rédaction fondée sur les procédures publiées par le Cleiss et info-retraite.fr, pas une mesure de taux de réussite.
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Impôts : où la pension est imposée
Si vous vivez au Maroc, toutes vos pensions françaises, publiques comme privées, sont imposables au Maroc seulement. Si vous vivez en Algérie, les pensions du privé (Assurance retraite, Agirc-Arrco) sont imposables en Algérie seulement, mais une pension de fonctionnaire reste imposée en France, sauf si vous êtes de nationalité algérienne sans être français. Ce partage vient des conventions fiscales signées par la France avec chacun des deux pays.
La convention franco-marocaine de 1970 est la plus simple : son article 17 réserve l'imposition des pensions et rentes viagères à l'État où le bénéficiaire a son domicile fiscal, défini comme son « foyer permanent d'habitation ». La convention franco-algérienne de 1999 distingue deux cas : son article 18 réserve les pensions privées à l'État de résidence, son article 19 laisse à la France les pensions payées par l'État français, les collectivités locales ou leurs établissements publics, sauf pour un résident algérien qui a la nationalité algérienne sans avoir la nationalité française.
| Point | Vivre en Algérie | Vivre au Maroc |
|---|---|---|
| Pension du privé | Imposable en Algérie | Imposable au Maroc |
| Pension de fonctionnaire | Imposable en France, sauf nationalité algérienne seule | Imposable au Maroc |
| Soins lors des séjours en France | Avec au moins 15 ans de cotisations | Oui, prévu par convention |
| Soins de la famille en France | Non | Selon la convention, à vérifier auprès du Cnarefe |
Sources : conventions fiscales France-Algérie (articles 18 et 19) et France-Maroc (article 17) publiées par impots.gouv.fr ; ameli.fr. Relevé du 17 octobre 2026.
Quand une pension reste imposable en France, la caisse applique une retenue à la source propre aux non-résidents. Pour les revenus de 2026, le barème est de 0 % jusqu'à 17 275 € par an, 12 % jusqu'à 50 112 € et 20 % au-delà, calculé sur la pension brute diminuée de la cotisation maladie et d'un abattement de 10 %. Quand la convention réserve l'imposition à votre pays de résidence, signalez votre domicile fiscal à chaque caisse ; si une retenue est prélevée à tort, contactez la caisse et le service des impôts des non-résidents avec une attestation de résidence fiscale. Les règles d'imposition locales, au Maroc comme en Algérie, se vérifient auprès de l'administration fiscale du pays.
CSG, cotisation maladie et soins
Domicilié fiscalement hors de France, vous ne payez plus la CSG, la CRDS ni la Casa sur votre pension. Si vous restez rattaché à l'assurance maladie française, une cotisation maladie les remplace : 3,2 % sur la retraite de base, 4,2 % sur les complémentaires. Elle ouvre la prise en charge des soins lors de vos séjours en France, à des conditions qui diffèrent entre l'Algérie et le Maroc.
Les retraités du régime général installés hors d'Europe s'inscrivent au Cnarefe, le centre de l'Assurance maladie pour les retraités de France à l'étranger, géré par la CPAM de Seine-et-Marne, via le site ameli-rfe.fr. Le Maroc figure dans la liste des pays dont la convention prévoit la prise en charge des soins des retraités par la France. Pour votre conjoint et vos enfants à charge qui vivent avec vous, ni la convention avec l'Algérie ni celle avec le Maroc ne prévoient la prise en charge de leurs soins lors de leurs séjours en France. L'Algérie n'y figure pas : depuis le 1er juillet 2019, il faut avoir cotisé au moins 15 ans à des régimes français pour être remboursé lors d'un séjour en France, ou 10 ans pour ceux qui étaient affiliés au Cnarefe avant cette date.
Sur place, en revanche, vos soins ne sont plus couverts par l'Assurance maladie française. Le Cleiss renseigne sur ce que prévoit chaque convention ; la Caisse des Français de l'étranger ou une assurance privée peuvent compléter la couverture.
Aspa et aide aux anciens migrants
L'Aspa, le minimum vieillesse, n'est versée qu'aux personnes qui vivent en France de façon stable : un foyer permanent en France, ou plus de neuf mois de séjour dans l'année. Les anciens travailleurs migrants qui vivent seuls en foyer et veulent passer plus de temps au pays peuvent demander à la place l'aide à la vie familiale et sociale, l'AVFS, qui, elle, est versée à l'étranger.
L'AVFS est réservée aux personnes de nationalité étrangère de plus de 65 ans, qui ont résidé de façon régulière et continue en France pendant les 15 ans précédant la demande, qui vivent seules en foyer de travailleurs migrants ou en résidence sociale et dont les ressources restent sous un plafond. Le ministère des Solidarités affiche un montant maximal de 735,80 € par mois, dégressif avec les ressources. Elle ne se cumule ni avec l'Aspa, ni avec les aides au logement, ni avec le RSA ; elle maintient en revanche la couverture maladie pour les soins en France. La demande se fait auprès de la MSA.
Recevoir sa pension au pays
Votre pension peut continuer d'être versée sur un compte en France ; c'est souvent le plus simple pour garder la main sur les virements et les frais de change. Les pensions de fonctionnaires de l'État des retraités qui vivent en Algérie ou au Maroc sont gérées par le centre de gestion des retraites à l'étranger de la DSFiPE, à Nantes, joignable par la messagerie de l'espace ENSAP.
Avant de faire virer une pension sur un compte local, comparez ce que facturent les deux banques et le taux de change appliqué, et gardez en France de quoi régler ce qui y reste à payer. Prévenez chaque caisse de tout changement de compte en même temps que de votre changement d'adresse.
Vous touchez aussi une pension marocaine ou algérienne
Si vous avez travaillé des deux côtés de la Méditerranée, chaque pays paie les années cotisées chez lui, et les conventions permettent d'additionner les périodes pour ouvrir les droits. Pour une pension marocaine perçue en France, la CNSS attend le certificat de vie en mars, la caisse complémentaire CIMR au début de chaque trimestre.
Avec le Maroc, la convention organise un double calcul : la caisse française calcule une pension théorique comme si toute la carrière avait été faite en France, puis n'en verse que la part correspondant aux années françaises. La caisse marocaine fait de même pour ses propres années. Avec l'Algérie, chaque pays paie aussi ses propres périodes et peut tenir compte de celles de l'autre pour ouvrir le droit.
Questions fréquentes
Combien de temps puis-je rester en Algérie ou au Maroc sans perdre ma retraite ?
Sans limite pour une retraite contributive, de base ou complémentaire : elle est versée quel que soit le pays de résidence, à condition de renvoyer le certificat de vie chaque année. Seules les aides sous condition de résidence, comme l'Aspa, imposent plus de neuf mois par an en France.
Que faire si ma pension est suspendue faute de certificat de vie ?
Faites valider un certificat sans attendre, par l'application ou par le consulat, puis écrivez à votre caisse depuis votre espace personnel en le joignant. La suspension tient à l'absence de preuve d'existence : une fois la preuve reçue, le versement reprend.
Faut-il un certificat de vie par caisse de retraite ?
Non, si vous passez par l'application ou par le service « Ma retraite à l'étranger » : un certificat validé est transmis à l'ensemble de vos régimes français. Une pension marocaine ou algérienne obéit en revanche à son propre calendrier.
Vais-je payer des impôts en France sur ma retraite si je vis au Maroc ?
Non, d'après l'article 17 de la convention franco-marocaine, vos pensions ne sont imposables qu'au Maroc dès lors que votre foyer permanent d'habitation y est situé. Signalez votre domicile fiscal à vos caisses pour éviter une retenue à la source française.
Ma pension de fonctionnaire est-elle imposée en France si je vis en Algérie ?
Oui en règle générale : la convention franco-algérienne laisse à la France l'imposition des pensions publiques. Elle n'est imposée qu'en Algérie si vous êtes résident algérien et de nationalité algérienne sans avoir la nationalité française.
Puis-je me faire soigner en France lors de mes séjours ?
Oui si vous résidez au Maroc et êtes inscrit au Cnarefe, la convention le prévoit. Si vous résidez en Algérie, il faut avoir cotisé au moins 15 ans à des régimes français, ou 10 ans si vous étiez affilié au Cnarefe avant le 1er juillet 2019.
Journal des modifications
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