À Oran, une usine Vivo inaugure l'ère du smartphone 100 % algérien
Dans la zone industrielle d'Es Sénia, à Oran, une nouvelle page s'écrit pour l'industrie algérienne de l'électronique. L'usine STI-Vivo, inaugurée récemment par le wali d'Oran Brahim Ouchene, affiche une ambition claire : produire jusqu'à 6 000 smartphones par jour et transformer durablement le marché algérien des technologies mobiles. Sur un site de 7 000 m², ce projet industriel incarne la volonté de reconquête productive du pays.
L'entreprise STI (Smart Technology and Innovation), entièrement algérienne, s'est associée à la marque internationale Vivo pour créer cette unité de fabrication. Deux lignes de production ont été déployées, permettant d'atteindre progressivement une capacité maximale de 6 000 appareils quotidiens. Dans un premier temps, l'usine fonctionne à un rythme plus mesuré, mais les investissements consentis visent une montée en puissance rapide pour répondre à la demande locale et, à terme, régionale.
Ce projet s'inscrit dans la continuité des efforts du gouvernement algérien pour développer une industrie locale des technologies. Depuis l'interdiction totale d'importation de téléphones mobiles en 2018, l'Algérie a encouragé l'assemblage et la production sur son territoire. Des marques comme Samsung ont déjà ouvert des lignes de montage à Rouiba, près d'Alger, tandis que d'autres acteurs locaux ont émergé. L'arrivée de Vivo à Es Sénia renforce cette dynamique et témoigne de l'attractivité croissante du marché algérien pour les investisseurs internationaux.
Un potentiel d'emploi considérable
Au-delà de la dimension purement industrielle, l'usine STI-Vivo représente un levier majeur pour l'emploi dans la wilaya d'Oran. Actuellement, environ 200 personnes travaillent sur le site, réparties entre les lignes d'assemblage, la logistique et la gestion. Mais l'objectif affiché par les promoteurs du projet est bien plus ambitieux : 600 emplois directs à terme, auxquels s'ajouteraient près de 1 200 emplois indirects générés par l'écosystème de sous-traitance et de services associés.
Cette montée en charge progressive permettra à l'entreprise de former ses équipes aux standards de qualité internationaux et de développer un savoir-faire local dans un secteur hautement technique. Les métiers de l'assemblage électronique, du contrôle qualité, de la logistique ou encore de la maintenance industrielle seront ainsi accessibles à une main-d'œuvre algérienne qualifiée. Pour la région oranaise, cette usine pourrait devenir un véritable pôle d'excellence dans les nouvelles technologies, à l'instar de ce que représente l'usine de plaquettes de frein à Rouiba pour la reconquête industrielle.
Les retombées économiques ne se limitent pas aux emplois créés. La production locale de smartphones contribue à réduire la facture d'importation du pays, à retenir les devises et à stimuler l'économie régionale. Les fournisseurs locaux de services, de matières premières et de composants devraient également bénéficier de ce projet, créant ainsi un cercle vertueux favorable au développement économique de la wilaya.
Un pari technologique pour l'Algérie
L'usine Vivo d'Es Sénia s'inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté technologique. À l'heure où l'Algérie multiplie les initiatives pour développer ses capacités de production industrielle – que ce soit dans l'automobile avec l'usine Fiat d'Oran, dans le secteur minier ou dans les technologies de pointe – la fabrication locale de smartphones représente un enjeu stratégique. Elle permet non seulement de satisfaire la demande croissante d'un marché dynamique, mais aussi de maîtriser progressivement les chaînes de valeur technologiques.
Le transfert de compétences et de technologies, rendu possible par le partenariat avec Vivo, constitue l'un des atouts majeurs de ce projet. Les équipes algériennes pourront se former aux procédés de fabrication, aux normes de qualité internationales et aux innovations technologiques du secteur. À moyen terme, cette expertise pourrait permettre à l'Algérie de développer ses propres marques et de s'affirmer comme un acteur régional de la production électronique.
Si les défis restent nombreux – notamment en matière d'approvisionnement en composants, de logistique internationale et de compétitivité – l'usine STI-Vivo d'Es Sénia marque une étape importante dans la transformation du tissu industriel algérien. Elle illustre la volonté du pays de ne plus se contenter d'être un marché de consommation, mais de devenir un producteur à part entière, capable de créer de la valeur ajoutée et des emplois durables. Pour Oran et pour l'Algérie, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre dans le secteur stratégique de l'électronique grand public.