Turquie : une production halieutique record qui redessine les équilibres méditerranéens
La Turquie a franchi en 2025 un cap historique : plus d’un million de tonnes de poissons produits. Un record national qui confirme la montée en puissance du pays dans le secteur halieutique et interroge les équilibres économiques et environnementaux de la Méditerranée.
Le ministère turc de l’Agriculture et de la Pêche a salué un « succès collectif » pour l’industrie maritime. Cette performance repose à la fois sur la modernisation des infrastructures portuaires, la montée en puissance de l’aquaculture et un fort soutien de l’État à l’exportation. Les espèces les plus concernées sont la dorade, le bar et la truite, très prisées sur les marchés européens.
« C’est une fierté nationale et une victoire pour nos pêcheurs », a déclaré Ibrahim Yumakli, ministre turc de l’Agriculture. En quelques années, Ankara a su transformer un secteur longtemps dépendant des aléas climatiques en une filière stratégique, créatrice d’emplois et d’exportations. Mais cette croissance rapide n’est pas sans poser des questions sur la durabilité des pratiques.
Une réussite économique sous surveillance écologique
Les ONG environnementales rappellent que l’intensification de l’aquaculture comporte des risques pour les écosystèmes marins. « Les élevages concentrés sur certaines zones côtières peuvent fragiliser la biodiversité et altérer la qualité des eaux », avertit un rapport de l’organisation Sea Watch Turkey. Des études récentes montrent également une pression accrue sur les stocks naturels, notamment dans la mer Égée et le bassin oriental de la Méditerranée.
Pour Ankara, le défi est désormais d’équilibrer croissance économique et durabilité. La Turquie vise une place parmi les trois premiers exportateurs de produits halieutiques en Europe d’ici 2030. Une ambition soutenue par des investissements dans la recherche et des coopérations avec la Grèce et Chypre, malgré des tensions régionales persistantes.
Alors que la demande mondiale en poisson ne cesse de croître, la Méditerranée devient un espace stratégique où se joue l’avenir de la pêche durable. «Ce record n’est qu’un début, mais il engage notre responsabilité envers la mer», a conclu le ministre Yumakli lors d’une conférence à Ankara.