L'Iran veut marquer le coup : analyse d'une riposte stratégique
Depuis le 28 février 2026, le Moyen-Orient est plongé dans une crise majeure. Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, qui ont coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei, ont déclenché une riposte iranienne d'une ampleur inédite contre les pétromonarchies du Golfe. Ardavan Amir-Aslani, avocat franco-iranien et spécialiste du Moyen-Orient, bloqué à Dubaï depuis le début des hostilités, livre son analyse de cette escalade qui redessine les équilibres régionaux.
L'avocat, interrogé par Omerta Media, ne mâche pas ses mots : « Les Iraniens étaient en négociation avec les Américains en vue d'aboutir à un accord nucléaire. Au milieu des négociations, les Américains ont déclaré les hostilités. Cela traduit leur mauvaise foi. » Pour ce spécialiste qui enseigne la géopolitique du Moyen-Orient à l'École de guerre économique, cette offensive n'était pas improvisée. « Trump ne pouvait se permettre d'attendre davantage, les élections de mi-mandat approchent en novembre 2026 », explique-t-il.
L'assassinat du guide suprême, survenu dans les premières heures de l'offensive samedi matin, constitue un tournant majeur. Selon les informations disponibles, la CIA pistait Khamenei depuis plusieurs mois et avait appris sa participation à une réunion de haut niveau à Téhéran. Quelque 40 hauts responsables iraniens ont péri dans cette frappe initiale, dont le chef d'état-major des forces armées et le ministre de la Défense.
Une riposte pour faire payer les alliés de Washington
Face à cette décapitation du régime, Téhéran a choisi de frapper fort. Non pas directement les États-Unis, mais leurs alliés régionaux. « L'Iran a pris la décision de frapper toutes les pétromonarchies du Golfe pour marquer le coup », analyse Ardavan Amir-Aslani. Plus de 137 missiles et 209 drones ont ciblé les Émirats Arabes Unis, le Qatar, le Koweït et le Bahreïn, visant principalement les bases militaires américaines.
La stratégie iranienne est claire : rendre le coût économique insupportable. « Dubaï et Abu Dhabi hébergent Emirates et Etihad, les deux plus grandes compagnies aériennes internationales. Voilà trois jours que leurs aéroports sont fermés. Ce sont des milliards de pertes de revenus », souligne l'avocat. Plus de 20 000 voyageurs se retrouvent bloqués rien qu'à Dubaï, et l'image de ces émirats comme havres de paix et de prospérité est sérieusement écornée.
Le bilan humain, bien que limité aux Émirats (trois morts et 58 blessés selon le ministère de la Défense émirati), masque des dégâts symboliques considérables. Un drone a touché l'aéroport de Dubaï, des débris ont provoqué un incendie sur la façade du Burj Al Arab. « En nuisant à l'industrie touristique de ce pays, les Iraniens veulent faire payer tous ceux qui ont apporté leur concours à l'effort de guerre américain », résume l'expert.
Des monarchies du Golfe prises au piège
Ces pays arabes du Golfe se trouvent dans une position intenable. « Ils sont coincés », observe Ardavan Amir-Aslani. « C'est très délicat pour ces pays arabes musulmans de frapper l'Iran en retour et de se ranger ainsi du côté de la coalition israélo-américaine contre un pays musulman frère. » Le ministre iranien des Affaires étrangères a d'ailleurs tenu à préciser que ces frappes ne visaient pas ces États eux-mêmes, mais uniquement les intérêts américains sur leur sol.
Quant à l'opinion iranienne, elle demeure partagée. Si une majorité est hostile à la théocratie au pouvoir, les bombardements suscitent une autre émotion. « Le premier jour, les Israéliens ont visé une école de jeunes filles et tué 150 enfants », rappelle l'avocat. « Je ne peux imaginer qu'un Iranien se réjouisse de ce qui arrive à son pays, même si le symbole de l'oppression a disparu. »
Un successeur à Khamenei sera désigné dans la semaine, assure Ardavan Amir-Aslani. « L'Iran est un système politique, un État. Il ne suffit pas de tuer quelqu'un pour imaginer que le pays va s'écrouler. » Le guide avait lui-même désigné ses préférences pour sa succession. Donald Trump, lui, estime que l'opération durera « quatre semaines ou moins ». La réalité du terrain pourrait lui donner tort.