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Hallucinations d'IA : Sullivan & Cromwell s'excuse devant un juge américain

Le prestigieux cabinet new-yorkais Sullivan & Cromwell a adressé ses excuses au juge fédéral Martin Glenn, après la découverte de citations juridiques inventées par une intelligence artificielle dans un dossier déposé devant la cour des faillites du district sud de New York. Une affaire qui ébranle l'un des piliers du barreau américain et illustre les risques bien réels d'un usage non contrôlé des outils génératifs dans les enceintes judiciaires.

Le 18 avril 2026, Andrew Dietderich, coresponsable du pôle restructuration mondial de Sullivan & Cromwell, a transmis une lettre d'excuses formelle au juge en chef Martin Glenn, en charge d'un dossier de faillite suivi de près à Manhattan. Le cabinet y reconnaît avoir déposé, dix jours plus tôt, un mémoire truffé d'erreurs : citations de jurisprudence inexistantes, références déformées, attribution à des décisions qui n'ont jamais été rendues. Autant de signatures classiques d'« hallucinations » produites par les modèles d'intelligence artificielle générative aujourd'hui largement utilisés dans la profession.

Dans son courrier, l'associé indique que les juristes mobilisés sur le dossier n'ont pas suivi les protocoles internes de relecture pourtant en vigueur au sein du cabinet. Sullivan & Cromwell affirme désormais « évaluer si des renforcements supplémentaires de ses dispositifs de formation et de contrôle sont nécessaires », un aveu rare pour une firme réputée pour la rigueur de ses procédures internes et pour son rôle dans certaines des plus grandes opérations de fusion-acquisition de la planète.

Une faillite cambodgienne au cœur du dossier

L'erreur a été détectée dans une procédure liant des représentants étrangers de Prince Global Holdings Limited, un conglomérat cambodgien aujourd'hui en pleine déroute judiciaire. Son fondateur et président, Chen Zhi, est poursuivi par un tribunal fédéral de Brooklyn pour avoir orchestré, selon l'acte d'accusation, un vaste système de fraude à l'investissement et la gestion de complexes de travail forcé en Asie du Sud-Est. Sullivan & Cromwell représente plusieurs des liquidateurs étrangers nommés dans le cadre de la mise en liquidation internationale du groupe.

Ce sont les avocats adverses du cabinet Boies Schiller Flexner qui ont identifié les anomalies dans le mémoire initial, en repérant que certaines décisions citées n'existaient tout simplement pas dans les bases de données judiciaires. Les juristes de Sullivan & Cromwell ont alors déposé une version corrigée, accompagnée d'un texte révisé en mode rédactionnel mettant en évidence les passages modifiés, parfois des phrases entières. Andrew Dietderich a précisé avoir personnellement appelé Boies Schiller Flexner « pour les remercier d'avoir attiré notre attention sur ce point et leur présenter directement nos excuses ».

Quand l'IA met en péril l'éthique de la profession

L'incident relance le débat sur l'intégration de l'intelligence artificielle dans des secteurs régulés, alors que les outils génératifs se diffusent à grande vitesse dans les cabinets d'affaires comme dans les administrations publiques. Les hallucinations, ces réponses fabriquées de toutes pièces par les modèles de langage, restent à ce jour l'un des angles morts les plus problématiques de ces technologies. Plusieurs juridictions américaines exigent désormais des avocats qu'ils certifient avoir vérifié toute citation produite avec un assistant intelligent.

L'affaire intervient quelques jours seulement après qu'un avocat du New Jersey a écopé d'une amende de 5 000 dollars pour récidive dans l'usage abusif de l'IA dans des écritures judiciaires. À l'image de ces lettres ou copies générées par ChatGPT et repérées au premier coup d'œil par les jurys universitaires, les contenus juridiques produits sans contrôle finissent souvent par trahir leurs auteurs. Dans un secteur où une citation erronée peut emporter le sort d'un dossier, la question de la traçabilité des outils utilisés par les avocats devient désormais cruciale.

En interne, Sullivan & Cromwell, qui emploie plus de 900 avocats à travers le monde et conseille les plus grandes opérations financières de Wall Street, indique vouloir tirer toutes les conséquences de l'incident. Comme l'a écrit Andrew Dietderich dans sa lettre au tribunal : « Nous regrettons profondément ces erreurs et nous engageons à veiller à ce qu'elles ne se reproduisent pas. » Pour les juridictions américaines, l'épisode pourrait accélérer la généralisation d'attestations spécifiques exigeant des avocats qu'ils déclarent, ligne par ligne, avoir vérifié les contenus juridiques produits avec le concours d'une intelligence artificielle.

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