La doctrine Monroe ressuscitée : Trump impose sa « doctrine Donroe » sur les Amériques
Deux siècles après sa formulation par le président James Monroe, la doctrine qui porte son nom connaît une résurrection spectaculaire sous l'impulsion de Donald Trump. Le 45e et 47e président des États-Unis l'a rebaptisée « doctrine Donroe », un néologisme assumé qui symbolise sa volonté de restaurer l'hégémonie américaine sur l'ensemble du continent.
La doctrine Monroe originelle, énoncée en 1823, établissait un principe clair : toute intervention européenne dans les affaires du Nouveau Monde serait considérée comme un acte hostile envers les États-Unis. À l'époque, les jeunes républiques latino-américaines venaient à peine de s'affranchir du joug colonial espagnol et portugais. Washington entendait les protéger, tout en s'arrogeant un rôle de tuteur sur l'hémisphère occidental.
Ce texte fondateur a connu plusieurs réinterprétations au fil des décennies. Le corollaire Roosevelt de 1904 autorisa les États-Unis à intervenir unilatéralement dans les nations caribéennes jugées instables, officiellement pour empêcher les puissances européennes de le faire. Cette politique du « big stick » justifia des dizaines d'interventions militaires en Amérique centrale et dans les Caraïbes.
Un nouveau corollaire pour le XXIe siècle
La Maison Blanche a officialisé ce « corollaire Trump » dans sa nouvelle stratégie de sécurité nationale. Le document stipule que les États-Unis bloqueront tout « concurrent non hémisphérique » souhaitant posséder ou contrôler des actifs stratégiques dans les Amériques : ports, installations énergétiques, réseaux de télécommunications. La Chine est directement visée, elle qui est devenue le premier partenaire commercial de presque tous les pays d'Amérique du Sud.
L'opération militaire au Venezuela, qui a abouti à la capture de Nicolás Maduro, illustre cette nouvelle doctrine. Lors d'une conférence de presse à Mar-a-Lago, Trump a déclaré sans ambages : « La doctrine Monroe est importante, mais nous l'avons largement dépassée. Ils l'appellent maintenant la doctrine Donroe. »
Cette renaissance doctrinale s'inscrit dans un contexte géopolitique bouleversé. Pékin a tissé des liens économiques étroits avec l'Amérique latine, investissant massivement dans les infrastructures, l'énergie et les télécommunications. Les restrictions technologiques américaines, loin de freiner la Chine, ont accéléré son innovation locale, comme l'a démontré l'affaire DeepSeek qui a ébranlé les marchés boursiers.
Les réactions en Amérique latine oscillent entre inquiétude et indignation. De nombreux gouvernements et universitaires considèrent la doctrine Monroe comme un instrument historique de domination plutôt qu'un principe de sécurité régionale. L'intervention au Venezuela, comparée à l'invasion du Panama en 1989 qui avait conduit à l'arrestation de Manuel Noriega, ravive ces craintes.
Le « corollaire Trump » affirme que le peuple américain, et non les nations étrangères ni les institutions mondialistes, contrôlera toujours son propre destin dans l'hémisphère. Une formulation qui traduit le nationalisme assumé de l'administration actuelle et annonce une ère de tensions accrues avec les puissances rivales sur le continent américain.