Loire-sur-Rhône : le meurtre d'Ismaël Aali, 20 ans, au cœur d'une enquête pour crime raciste
Le corps sans vie d'Ismaël Aali, 20 ans, originaire de Chalon-sur-Saône, a été découvert le 6 janvier 2026 dans l'étang de Prin, à Loire-sur-Rhône, à une dizaine de kilomètres au sud de Lyon. Un suspect de 21 ans, qui se présentait comme son ami, a été mis en examen et écroué pour meurtre « en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion ». L'affaire, marquée par la diffusion d'une vidéo contenant des insultes racistes, suscite une vive émotion et relance le débat sur les violences à caractère haineux en France.
Ismaël Aali avait quitté le domicile familial le 5 janvier pour se rendre en région lyonnaise, où il devait passer un entretien d'embauche dans le secteur du bâtiment. Fils unique, il vivait avec sa mère dans des conditions précaires depuis le décès de son père, survenu quelques années plus tôt. Il ne s'est jamais présenté à son rendez-vous. Le lendemain, son corps était retrouvé dans les eaux sombres de l'étang de Prin, sur la commune de Loire-sur-Rhône.
Trois jours après la découverte macabre, un jeune homme de 21 ans s'est présenté au commissariat pour signaler la disparition de celui qu'il disait être son ami. Mais les enquêteurs, rapidement suspicieux face à ses déclarations, l'ont placé en garde à vue. Le 9 janvier, il était mis en examen et placé en détention provisoire. Le parquet de Lyon a ouvert une information judiciaire pour meurtre commis en raison de l'origine de la victime, une qualification lourde qui traduit les soupçons de crime à caractère raciste.
Le suspect, déjà connu des services de justice pour des antécédents « qui pourraient dessiner une xénophobie », selon les termes d'une source judiciaire, a livré sa propre version des faits. Selon lui, les deux jeunes auraient passé la soirée à boire de la vodka et à fumer aux abords de l'étang. Une altercation aurait éclaté, au cours de laquelle Ismaël serait tombé accidentellement dans l'eau. Cette thèse de l'accident est cependant mise à mal par plusieurs éléments matériels.
Une vidéo accablante et des images de surveillance troublantes
Les caméras de vidéosurveillance situées aux abords de l'étang de Prin constituent un élément central du dossier. On y voit les deux hommes marcher ensemble au bord de l'eau. Puis, une seule personne est visible, revenant trois fois sur les lieux au cours de la nuit, sans jamais alerter les secours. Ce comportement, jugé incompatible avec un simple accident, a renforcé les charges pesant sur le suspect.
Mais l'élément le plus accablant reste une vidéo, filmée environ un mois avant les faits et retrouvée dans le téléphone du mis en examen. On y voit deux individus proférant des insultes racistes à l'encontre d'Ismaël Aali. Ce contenu a pesé dans la décision du parquet de retenir la circonstance aggravante de crime à caractère raciste, une qualification encore rare dans les tribunaux français.
L'enquête, confiée à la brigade de recherches de Givors, se poursuit sous l'autorité d'un juge d'instruction. Le parquet de Lyon a verrouillé toute communication depuis le placement en détention provisoire du suspect, alimentant la frustration de la famille et de ses soutiens.
Une famille en quête de vérité et de justice
Depuis la mise en examen, la famille d'Ismaël Aali dénonce un « silence institutionnel » qu'elle juge insupportable. Les proches affirment avoir appris l'incarcération du suspect par la presse, sans aucune notification officielle. Mi-janvier, l'avocat de la famille a publiquement déploré l'absence totale d'information de la part du juge d'instruction : « Zéro information », résumait-il dans les colonnes du Journal de Saône-et-Loire.
Le 24 janvier, une marche blanche a rassemblé près de 300 personnes dans les rues de Chalon-sur-Saône, ville d'origine d'Ismaël. Le lendemain, une centaine de personnes se sont réunies devant le palais de justice de Lyon, à l'appel du collectif antiraciste « On s'en mêle 69 » et de la Ligue des droits de l'Homme. La famille réclame transparence, vérité et la restitution du corps de leur fils pour pouvoir organiser des funérailles dignes.
Une cagnotte en ligne a permis de récolter près de 11 000 euros afin de soutenir la mère d'Ismaël, désormais seule et sans ressources. L'affaire s'inscrit dans un contexte de montée des violences à caractère raciste en France, alors que les actes antimusulmans ont augmenté de 75 % entre janvier et mai 2025 selon les données officielles. Elle interroge aussi le traitement médiatique de ces drames, longtemps passé sous silence avant que les réseaux sociaux ne s'en emparent.