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Patrick Martin admet le recul français en Algérie face à l'Italie et la Chine

Dans une interview accordée au journaliste Khaled Drareni sur le plateau de l'émission One 2 One diffusée sur One TV, Patrick Martin, président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), a reconnu que la France avait reculé économiquement et commercialement en Algérie. Face à la montée en puissance de la Chine, de la Turquie et surtout de l'Italie, devenue le premier partenaire européen de l'Algérie, le patron du patronat français a affiché sa volonté de relancer les échanges bilatéraux lors de sa visite à Alger fin avril 2026.

L'aveu est rare dans sa franchise. Assis face à Khaled Drareni, journaliste et figure respectée du paysage médiatique algérien, Patrick Martin n'a pas cherché à minimiser la situation : la France a perdu du terrain sur le marché algérien. Ce constat, formulé avec une clarté inhabituelle pour un responsable patronal, a frappé les esprits des deux côtés de la Méditerranée. Car si les volumes du commerce bilatéral franco-algérien restent significatifs, la dynamique penche désormais en faveur d'autres partenaires qui ont su investir le terrain avec constance et méthode.

L'Italie, notamment, a pris une avance décisive. Elle est aujourd'hui le premier partenaire européen de l'Algérie, une position que la France occupait autrefois presque naturellement, forte de liens historiques, culturels et humains profonds. La montée en puissance de Rome dans les échanges avec Alger reflète une stratégie cohérente, incarnée notamment par les déplacements répétés de la Première ministre Giorgia Meloni en Algérie et par le « Plan Mattei pour l'Afrique » qui place l'Algérie au cœur de la politique méditerranéenne italienne. L'ENI, le géant pétrolier transalpin, a quant à lui renforcé ses partenariats avec Sonatrach, scellant des accords structurants dans le secteur des hydrocarbures.

Au-delà du cas italien, deux autres puissances ont renforcé leur présence en Algérie de manière spectaculaire. La Chine s'est imposée comme un partenaire incontournable dans les grands chantiers d'infrastructure, les équipements industriels et les technologies. Ses entreprises, capables de proposer des offres très compétitives et des délais d'exécution serrés, ont décroché des marchés que des opérateurs européens peinaient à obtenir. La Turquie, de son côté, a misé sur une combinaison de proximité culturelle, de diplomatie commerciale active et de produits manufacturés à prix accessibles pour s'imposer comme un acteur majeur des échanges avec l'Algérie, notamment dans le textile, le BTP et les équipements ménagers.

Un recul français aux causes multiples

Les raisons de ce décrochage sont multiples et bien documentées. En premier lieu, les tensions diplomatiques récurrentes entre Paris et Alger ont créé un climat d'incertitude peu propice aux investissements à long terme. Chaque crise politique a eu des répercussions directes sur le commerce bilatéral : gel de visas, rappel d'ambassadeurs, restrictions administratives — autant de signaux négatifs qui ont découragé des chefs d'entreprise prêts à s'engager. Les lourdeurs administratives des deux côtés ont aggravé le problème, rendant les procédures d'import-export plus complexes qu'elles ne devraient l'être entre deux pays aussi géographiquement proches.

Il y a aussi une dimension d'image. Certains opérateurs algériens évoquent une forme d'arrogance perçue de la part de partenaires français, une difficulté à traiter d'égal à égal avec leurs homologues, que d'autres nationalités n'ont pas toujours eue. Ce n'est pas une critique universelle, mais elle revient suffisamment souvent pour mériter attention. Dans ce contexte, Patrick Martin a choisi d'adopter un ton d'humilité et d'écoute, reconnaissant les erreurs passées sans chercher à les effacer d'un revers de main. « On sait très bien qu'il y a un froid », avait-il admis avant sa visite, une formule devenue emblématique de sa posture de franchise.

La visite à Alger visait précisément à changer cette perception. Le MEDEF est venu avec des propositions concrètes : identifier des secteurs où les entreprises françaises peuvent apporter une réelle valeur ajoutée, faciliter la mise en relation entre entrepreneurs des deux pays, et plaider auprès des gouvernements pour la simplification des procédures. Les domaines évoqués incluent l'énergie, l'agro-alimentaire, la pharmacie, le numérique, la formation professionnelle et les infrastructures de transport.

Le MEDEF comme acteur de la diplomatie économique franco-algérienne

Patrick Martin se positionne clairement comme un partisan de la « diplomatie économique » — l'idée que le commerce peut servir de vecteur d'apaisement entre des États dont les relations politiques sont tendues. « Les relations économiques peuvent aider à apaiser les tensions politiques », a-t-il résumé lors de son séjour algérien, une formule à la fois pragmatique et volontariste. Cette approche n'est pas nouvelle, mais rarement elle a été formulée aussi explicitement par un responsable patronal français dans un contexte algérien.

L'enjeu est réel. L'Algérie représente un marché de 46 millions d'habitants en croissance soutenue, riche en hydrocarbures et engagée dans une politique de diversification économique ambitieuse. Pour les entreprises françaises, le potentiel demeure considérable, mais la compétition est vive. Les opérateurs espagnols, turcs, coréens, émiratis et chinois ont renforcé leur présence, profitant d'un contexte diplomatique difficile entre Paris et Alger. Regagner du terrain ne se fera pas en un seul voyage, mais c'est dans cet esprit que la visite de Patrick Martin a été perçue par les milieux d'affaires des deux pays.

L'initiative du MEDEF est saluée par les entrepreneurs algériens et français qui espèrent que ce dialogue se traduira par des accords concrets et la levée d'obstacles bureaucratiques qui freinent les échanges. En choisissant de s'exprimer sur One TV face à Khaled Drareni — un journaliste connu pour sa rigueur et son indépendance —, Patrick Martin a envoyé un signal fort : la France est prête à s'adresser directement au public algérien, à répondre aux questions difficiles, et à regarder la réalité des chiffres en face. Retrouvez également notre article sur la visite de Nuñez à Alger et le chemin du dégel franco-algérien, ainsi que notre couverture de la venue de Patrick Martin à Alger pour relancer les échanges franco-algériens.

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