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L'Algérie réclame à la France réparations coloniales et fonds détournés

Alger intensifie ses contentieux financiers avec Paris. Entre une loi historique criminalisant la colonisation française — adoptée en décembre 2025 et amendée en mars 2026 —, des demandes de compensations pour les victimes des essais nucléaires français au Sahara, et 61 lettres rogatoires restées sans réponse alors que la Suisse restitue 110 millions de dollars de fonds détournés, l'Algérie accumule les dossiers de réclamations contre la France dans un contexte de tensions bilatérales persistantes.

Le 24 décembre 2025, le Parlement algérien adoptait à l'unanimité une loi qualifiant les 132 années de présence coloniale française de « crime d'État ». Ce texte historique listait une trentaine de « crimes d'État imprescriptibles » : exécutions extrajudiciaires, essais nucléaires menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien, déplacements forcés de populations, utilisation d'armes chimiques, tortures systématiques et pillages des richesses naturelles du pays. La loi ouvrait expressément la voie à des demandes de réparations financières et d'excuses officielles de la part de Paris.

Le ministère français des Affaires étrangères avait répondu en qualifiant cette initiative d'« initiative manifestement hostile ». Paris refusait catégoriquement toute reconnaissance de responsabilité juridique liée à la période coloniale, considérant que cette question relevait du domaine de l'histoire et non du droit international. Une position qui a ravivé les tensions entre les deux pays, déjà très dégradées depuis la reconnaissance par la France, à l'été 2024, d'un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental.

Une loi amendée mais des demandes de compensations maintenues

Le 9 mars 2026, le Parlement algérien adoptait une version amendée de cette loi. L'exigence d'excuses officielles généralisées et de réparations globales avait été retirée du texte final — un assouplissement que certains analystes ont interprété comme un geste de bonne volonté dans le cadre d'une normalisation diplomatique progressive avec Paris. Mediaterranee avait couvert en détail le retrait de ces exigences par le Parlement algérien, qui marquait une inflexion notable dans le positionnement officiel d'Alger.

Toutefois, la loi amendée maintient les demandes de compensation spécifiques pour les victimes des essais nucléaires français réalisés dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. Dix-sept essais atmosphériques et souterrains ont été conduits sur ce territoire, dont les effets sur les populations locales et les soldats présents continuent de faire l'objet de recherches médicales et historiques. Des universitaires algériens estiment que la facture totale des dommages coloniaux pourrait atteindre la somme de 100 milliards d'euros. La France maintient que les dispositifs d'indemnisation existants — dont la loi Morin de 2010 — constituent une réponse suffisante, malgré les critiques récurrentes sur leur portée limitée et leur accès restreint pour les victimes algériennes.

Cette loi s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation mémorielle. Le pays, qui avait fait de l'adoption historique de ce texte en décembre 2025 un moment solennel et symbolique, entend désormais porter ce dossier sur le terrain juridique international, en mobilisant des preuves documentaires et des témoignages pour étayer ses réclamations devant les instances compétentes. Le gouvernement algérien a indiqué préparer un dossier complet de preuves pour engager les procédures appropriées.

61 lettres rogatoires ignorées par la France, 110 millions récupérés en Suisse

Parallèlement au dossier mémoriel, l'Algérie livre une autre bataille financière : la récupération des fonds publics détournés par d'anciens hauts responsables et oligarques de l'ère Bouteflika, placés à l'étranger. Le 5 avril 2026, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf annonçait qu'Alger allait récupérer plus de 110 millions de dollars auprès de la Suisse, à la suite du traitement de 20 dossiers sur 33 lettres rogatoires adressées à Berne. Une coopération judiciaire exemplaire qui contraste fortement avec l'immobilisme français sur ce dossier.

Sur les 61 lettres rogatoires adressées par l'Algérie à la France dans le cadre de ces procédures de recouvrement d'avoirs détournés et gelés, aucune n'a reçu de réponse à ce jour. Cette inaction française est d'autant plus frappante que d'autres pays ont joué le jeu de la coopération judiciaire : l'Espagne a restitué à l'Algérie un hôtel de luxe acquis en 2011 par l'ancien oligarque Ali Haddad, désormais emprisonné. En mai 2025, la justice française avait par ailleurs rendu un arrêt définitif rejetant la demande d'extradition de l'ancien ministre de l'Industrie Abdeslam Bouchouareb, condamné par contumace en Algérie à plusieurs peines de 20 ans de prison pour détournement de fonds et corruption.

Ces deux dossiers — réparations coloniales et fonds détournés — illustrent la complexité et la profondeur des contentieux qui opposent Alger et Paris. Alors que la visite du président du Medef Patrick Martin à Alger ce 23 avril 2026 signale une volonté commune de relance économique, les questions mémorielles et judiciaires demeurent des points d'achoppement majeurs dans une relation bilatérale qui peine à se reconstruire sur des bases sereines et équilibrées. La confiance, pour se rétablir durablement entre les deux pays, suppose que la France réponde enfin à ces interpellations algériennes restées jusqu'ici sans écho.

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