Marseille bouclée pour l'Algérie : quand la CAN devient un sujet de sécurité
Marseille se prépare au match de huitième de finale Algérie-RDC de la Coupe d'Afrique des Nations en mettant en place un dispositif sécuritaire sans précédent. La préfecture des Bouches-du-Rhône a décidé d'interdire la circulation automobile au Vieux-Port de 18 heures à minuit et de bannir la vente de carburant et les artifices pyrotechniques. Un verrouillage urbain qui interroge sur la façon dont la France gère la passion du football chez les supporters algériens.
Le huitième de finale Algérie-RDC se joue au Maroc, mais c'est à Marseille que la tension monte. La ville s'apprête à accueillir une concentration massive de supporters algériens, et les autorités préfectorales ont décidé de prendre les devants. Le ton des mesures annoncées laisse peu de doute : on redoute des débordements.
Ces précautions ne tombent pas du ciel. Le 28 décembre dernier, après la victoire de l'Algérie contre le Burkina Faso (1-0), environ 800 personnes s'étaient rassemblées spontanément sur le Vieux-Port. Des incidents se sont produits, justifiant selon la préfecture ce dispositif d'exception.
Un verrouillage urbain radical
La liste des mesures annoncées est impressionnante. Entre 18 heures et minuit, la circulation automobile sera interdite sur le Quai du Port, la rue de la République et le Quai des Belges. Mais ce n'est que le début. La préfecture a aussi décidé d'interdire la vente et le transport de carburant en détail, ainsi que l'utilisation, le port et le transport d'artifices de divertissement et d'articles pyrotechniques.
En clair : la préfecture transforme une partie de la ville en zone de restriction. Ces mesures visent à empêcher les rassemblements spontanés, à réduire les risques de heurts entre groupes et à prévenir la constitution de barricades improvisées. Mais à quel coût?
Un service d'ordre renforcé a été déployé pour réguler la circulation, contrôler les mouvements de foule et « intercepter les fauteurs de troubles ». Cette phraséologie évoque moins une régulation urbaine qu'un filtrage préventif, où chaque supporter devient potentiellement suspect.
Quand la passion devient un problème de maintien de l'ordre
Cette approche soulève des questions épineuses. D'un côté, les autorités prétendent agir par prudence : après les débordements de fin décembre, il est légitime de vouloir prévenir d'autres incidents. De l'autre, ces mesures traitent les supporters algériens comme une menace sécuritaire plutôt que comme des citoyens venus participer à une fête sportive.
La mise en place d'un tel dispositif pour un match qui ne se joue même pas en France interroge aussi sur les priorités. Pourquoi de tels efforts pour des rassemblements « spontanés » de supporters, quand d'autres dynamiques urbaines moins prévisibles sont gérées différemment?
Pour Marseille, cette soirée du 6 janvier risque de rester symbolique d'une tension plus large : celle d'une métropole méditerranéenne qui tente de gérer sa diversité culturelle, ses enjeux d'ordre public et l'amour passionné de ses habitants pour le football. Les supporters algériens marseillais auront à cœur de montrer que la passion sportive peut s'exprimer sans risque pour la ville. Les autorités, de leur côté, auront à prouver que les restrictions ne transforment pas Marseille en forteresse.