Philippe de Villiers : un patrimoine colossal et un ISF jamais payé
Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou et figure de la droite souverainiste, affiche un patrimoine estimé à plus de 33 millions d euros. Pourtant, l ancien député de Vendée n aurait jamais payé l Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Un paradoxe rendu possible par des montages juridiques sophistiqués autour de son empire vendéen, révélés par plusieurs enquêtes journalistiques.
La fortune de Philippe de Villiers fait l objet de spéculations depuis des années. Selon les estimations les plus crédibles, son patrimoine s élèverait à environ 33 millions d euros en 2025, une somme considérable pour un homme politique qui n a cessé de clamer qu il n avait « jamais touché un centime » du Puy du Fou. Certaines évaluations privées vont même au-delà, évoquant un patrimoine dépassant les 100 millions d euros.
Le cœur de cette richesse repose sur le Puy du Fou, parc à thème historique créé en 1978 en Vendée. Ce qui a débuté comme une aventure associative portée par des bénévoles est devenu une machine économique générant plus de 120 millions d euros de chiffre d affaires annuel. Philippe de Villiers en tirerait personnellement entre 8 et 12 millions d euros par an, soit près de 80 % de ses revenus totaux.
Des montages juridiques opaques au service de la famille
L enquête conjointe menée pendant neuf mois par Mediacités et Complément d enquête (France 2) a mis en lumière les rouages financiers du parc vendéen. Le documentaire décrit « de grandes ambitions en petits arrangements avec la loi » et dresse le portrait d une « multinationale opaque aux relents de féodalisme ».
Le mécanisme central repose sur l association Puy du Fou Stratégie, créée en 2012 et entièrement contrôlée par la famille Villiers. Philippe de Villiers a cédé ses scénarios de spectacles en échange d actions dans la SAS Grand Parc du Puy du Fou, valorisée à 104 millions d euros en 2016. Les chiffres sont éloquents : 13 scénarios valorisés 13,59 millions d euros en 2012, puis 4 scénarios à 6,71 millions en 2014, et enfin 2 scénarios à 6,4 millions en 2016, soit 3,2 millions d euros par scénario.
Nicolas de Villiers, fils de Philippe et actuel dirigeant du parc, reconnaît lui-même que cette valorisation constitue « un simple jeu d écritures ». Résultat : entre 2012 et 2017, les parts de l association historique du Puy du Fou ont chuté de 65,8 % à 52,8 % du capital, tandis que Puy du Fou Stratégie progressait vers la majorité. Les bénévoles historiques se sont vus dépossédés au profit d une seule famille.
L ISF esquivé grâce au statut de biens professionnels
La législation française prévoyait, sous le régime de l ISF (1989-2018), une exonération totale pour les biens professionnels. Pour en bénéficier, le contribuable devait exercer une fonction de dirigeant, percevoir une rémunération représentant plus de la moitié de ses revenus professionnels, et détenir au moins 25 % du capital avec son groupe familial.
Or, Philippe de Villiers a toujours affirmé ne percevoir « ni salaire, ni droits d auteur, ni dividendes » du Puy du Fou. Une position paradoxale qui, si elle est vraie, signifie que ses parts dans le parc ne pouvaient pas être exonérées au titre des biens professionnels. Si elle est fausse, elle pose la question de la sincérité de ses déclarations publiques.
À côté du Puy du Fou, Philippe de Villiers dispose d un patrimoine immobilier vendéen estimé entre 5 et 8 millions d euros, d un appartement parisien évalué à 2 à 3 millions d euros, de droits d auteur rapportant 500 000 à 800 000 euros annuels, et de revenus de conférences facturées entre 15 000 et 25 000 euros pièce, soit environ 300 000 euros par an.
Christine Chamard, ancienne bénévole pendant près de vingt ans, résume le sentiment de nombreux volontaires historiques : « Le Puy du Fou appartenait aux bénévoles, et appartient maintenant à une seule famille. » En réponse aux accusations, Philippe de Villiers a engagé des poursuites judiciaires, défendant son modèle entrepreneurial. « J ai renoncé à tous mes droits. Je suis fier de ce que j ai fait », a-t-il déclaré publiquement.
Alors que le gouvernement Bayrou envisage le retour d un impôt sur la fortune sous la forme d une contribution différentielle sur le patrimoine net ciblant les foyers disposant de plus de 1,3 million d euros d actifs, le cas Villiers illustre parfaitement les limites de l ancien système fiscal. La question demeure : comment un homme dont le patrimoine dépasse largement le seuil d imposition a-t-il pu échapper si longtemps à l impôt sur la fortune ? Les montages juridiques du Puy du Fou, légaux mais opaques, apportent un début de réponse.