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8 mai 1945 à Sétif : Macron envoie une ministre commémorer les massacres

Ce 8 mai 2026, quatre-vingt-un ans après les massacres de Sétif, la France pose un acte diplomatique et mémoriel fort. À la demande d'Emmanuel Macron, Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, s'est rendue en Algérie pour commémorer les événements tragiques du 8 mai 1945, qui firent des dizaines de milliers de victimes et marquèrent un tournant décisif dans l'histoire du colonialisme français et du nationalisme algérien.

Le 8 mai 1945, l'Europe entière fêtait la capitulation de l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais en Algérie, alors département français, une toute autre tragédie se jouait. À Sétif, ville du nord-est du pays, plusieurs milliers de manifestants défilaient pacifiquement, portant pour la première fois le drapeau algérien — blanc et vert frappé du croissant et de l'étoile — et scandant des slogans réclamant l'indépendance nationale. La manifestation dégénéra rapidement : des Européens furent tués, déclenchant une répression d'une brutalité sans précédent de la part des autorités coloniales françaises.

La répression dura plusieurs semaines et s'étendit aux localités voisines de Guelma et Kherrata. L'armée française mobilisa aviation, artillerie et milices coloniales pour écraser le soulèvement. Des villages furent bombardés, des populations civiles massacrées sans distinction. Le gouvernement algérien retient officiellement le chiffre de 45 000 morts, avancé dès l'été 1945 par le Parti du peuple algérien. L'ancien président Abdelaziz Bouteflika avait lui-même confirmé que « notre histoire officielle retient le nombre de 45 000 morts ». Ces chiffres, encore débattus par certains historiens, témoignent de l'ampleur exceptionnelle de la violence coloniale exercée ce printemps 1945.

Un geste diplomatique historique de l'Élysée

La décision d'Emmanuel Macron d'envoyer Alice Rufo à Sétif s'inscrit dans un contexte de rapprochement franco-algérien particulièrement délicat. L'Élysée a annoncé que la ministre déléguée aux Armées se rendrait sur place pour commémorer les « événements tragiques » du 8 mai 1945. Le communiqué présidentiel précisait : « C'est la vérité de notre histoire et c'est l'honneur de la France de la regarder en face. » Ce déplacement symbolique marque une volonté affichée de reconnaître la réalité des violences coloniales, sans pour autant prononcer le mot de « crime » qu'Alger attend depuis des décennies.

Ce geste intervient alors que les relations entre Paris et Alger ont traversé une période de fortes tensions. En avril 2025, l'ambassadeur de France en Algérie avait été rappelé à Paris lors d'une grave crise diplomatique. La commémoration du 8 mai 2026 à Sétif, avec la présence d'une représentante du gouvernement français, marque donc une étape importante dans la normalisation des relations bilatérales. L'ambassadeur de France reprend également ses fonctions à Alger, signal fort d'un dialogue en cours de rétablissement. Macron cherche ainsi à « restaurer un dialogue efficace » entre les deux rives de la Méditerranée, selon les termes mêmes de l'Élysée.

Cette visite n'est pas sans précédent dans l'histoire des relations franco-algériennes. En 2015 déjà, la France avait participé à la commémoration des massacres de Sétif, marquant une première reconnaissance officielle partielle. Mais l'envoi d'une ministre en exercice, à la demande explicite du président de la République, représente une étape supplémentaire et plus solennelle dans cette lente réconciliation mémorielle entre les deux nations.

Un événement fondateur du nationalisme algérien

Les historiens s'accordent à voir dans les massacres de Sétif un événement fondateur du nationalisme algérien. La répression sanglante de 1945, loin d'étouffer les aspirations à l'indépendance, les a au contraire cristallisées et radicalisées. Pour de nombreux Algériens, Sétif reste la preuve que l'indépendance ne pouvait s'obtenir que par la lutte armée. L'historien Sébastien Ledoux souligne que « le 8 mai 1945 en Algérie est un massacre colonial » dont l'ampleur préfigure directement le déclenchement de la guerre d'indépendance en novembre 1954.

La mémoire de Sétif demeure profondément ancrée dans la conscience collective algérienne. Chaque 8 mai, la ville et le pays commémorent solennellement ces événements douloureux. La présence française à ces commémorations, longtemps absente ou purement symbolique, revêt donc une dimension particulière. Pour les familles des victimes et les associations mémorielles, la reconnaissance officielle française est un impératif moral avant d'être une opportunité diplomatique. « Nous attendons cette reconnaissance depuis 81 ans », confient régulièrement des représentants de la société civile algérienne lors de ces cérémonies annuelles.

Au-delà de la dimension historique, la commémoration du 8 mai 2026 s'inscrit dans une dynamique plus large de révision des relations franco-algériennes. Les deux pays entretiennent des liens économiques, humains et culturels profonds, mais régulièrement mis à l'épreuve par les séquelles de la colonisation et les crises politiques successives. La question des archives, des réparations symboliques et de la reconnaissance officielle des crimes coloniaux reste entière. La visite d'Alice Rufo à Sétif, aussi significative soit-elle, ne referme pas ce dossier — elle l'ouvre un peu plus à la lumière. Retrouvez sur Mediaterranee notre article de fond sur le massacre colonial du 8 mai 1945 à Sétif pour un retour complet sur les événements fondateurs de 1945.

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