sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Gara Djebilet : la mine qui propulse l'Algérie vers la souveraineté sidérurgique

Le méga-gisement de Gara Djebilet, situé dans la wilaya de Tindouf, s'impose comme le pilier stratégique de l'industrie sidérurgique algérienne. Avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer, ce projet, étudié depuis 1968, entre désormais dans sa phase opérationnelle. La première cargaison de minerai est arrivée début février 2026 au complexe Tosyali d'Oran, marquant un tournant historique pour la souveraineté industrielle du pays.

L'histoire de Gara Djebilet remonte aux lendemains de la nationalisation des mines, le 6 mai 1966, et de la création de la Sonarem. « C'est un des projets qu'on a le plus et le mieux étudié. C'est un immense gisement à ciel ouvert », rappelle un expert du secteur minier dans un documentaire consacré au projet. Dès 1968, la grande firme américaine Bechtel, filiale minière de General Electric, a été mandatée pour réaliser les premières études approfondies. L'entreprise allemande CRP a ensuite poursuivi les travaux d'évaluation, confirmant le potentiel exceptionnel du gisement.

Malgré des décennies d'études et de tentatives, l'exploitation industrielle n'a véritablement démarré qu'en juillet 2022, avec une production initiale de 2 à 3 millions de tonnes par an. L'objectif affiché est ambitieux : atteindre 40 à 50 millions de tonnes annuelles à partir de 2026, un volume qui placerait l'Algérie dans le top 3 de la production minière africaine.

La ligne ferroviaire, épine dorsale du projet

Indissociable de l'exploitation minière, la ligne ferroviaire minière reliant Gara Djebilet à Béchar via Tindouf constitue l'épine dorsale logistique du projet. Longue de 950 kilomètres, cette infrastructure a été construite par un consortium associant le groupe chinois China Railway Construction Corporation à des entreprises algériennes. Le corridor a été inauguré par le président Abdelmadjid Tebboune, marquant le lancement opérationnel de l'un des plus grands projets stratégiques de l'Algérie indépendante.

« Quand vous faites une voie ferrée comme cela, c'est toute la dorsale occidentale du pays qui va être développée », souligne un spécialiste du secteur. Et la ligne ne servira pas uniquement au transport du minerai de fer. D'autres gisements pourront être valorisés grâce à cette infrastructure, notamment le manganèse de Guettara et le cuivre d'Aïn Barbar. Sur les dix trains quotidiens prévus, huit seront dédiés au minerai, un aux voyageurs et un au fret de marchandises diverses. Chaque convoi pourra transporter jusqu'à 22 100 tonnes de minerai par trajet.

Un écosystème industriel intégré

Le projet Gara Djebilet ne se limite pas à l'extraction. Un véritable écosystème industriel est en cours de déploiement. Le groupe turc Tosyali, en partenariat avec la Sonarem, développe une usine de traitement primaire d'une capacité de 4 millions de tonnes par an, équipée d'une technologie germano-américaine de pointe. Le 2 février 2026, un premier train chargé de minerai a parcouru plus de 1 400 kilomètres entre Gara Djebilet et le complexe sidérurgique de Bethioua, à Oran. Tosyali a d'ailleurs établi un record mondial en 2025, avec 2,43 millions de tonnes de fer réduit direct produites à partir d'une seule unité de réduction directe.

Parallèlement, un complexe sidérurgique est en construction à Béchar, dans la zone industrielle de Toumiat. Sa première unité, d'une capacité de traitement de 2 millions de tonnes de minerai, devrait entrer en production en juillet 2026. D'ici 2032, la capacité totale atteindra 10 millions de tonnes de concentré et de boulettes. L'expert interrogé dans le documentaire estime que « dès 2035, l'Algérie aura besoin d'un minimum de 30 millions de tonnes de minerai utilisable par réduction directe », confirmant la vision à long terme de ce projet structurant pour l'économie algérienne.

Avec la création de 500 emplois directs dans les nouvelles unités de traitement et un coût de l'énergie parmi les plus bas au monde grâce aux ressources gazières, l'Algérie dispose d'atouts compétitifs majeurs dans cette industrie énergivore. Gara Djebilet transforme ainsi une richesse naturelle longtemps inexploitée en un véritable moteur industriel, capable de réduire la dépendance aux importations de minerai de fer — estimées aujourd'hui à près de 10 millions de tonnes — et de positionner durablement le pays comme un acteur majeur de la sidérurgie en Afrique et dans le monde.

sfy39587stp16