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Sahara occidental : négociations secrètes à Madrid sous pilotage américain

Les États-Unis ont orchestré ce week-end une réunion ultra-confidentielle à Madrid, rassemblant autour d'une même table le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. Sous la houlette de Massad Boulos, envoyé spécial de Donald Trump pour l'Afrique, ces négociations inédites visent à poser les bases d'un accord-cadre sur le Sahara occidental, un conflit vieux de près de cinquante ans.

C'est dans les locaux de l'ambassade américaine à Madrid que se sont retrouvées, dimanche 9 février, les délégations des quatre parties au conflit saharien. La rencontre, tenue dans le plus grand secret, s'inscrit dans la continuité d'une première réunion organisée à Washington deux semaines plus tôt, restée largement ignorée des médias.

Autour de la table figuraient les chefs de la diplomatie marocaine, algérienne et mauritanienne, ainsi que le responsable des affaires étrangères du Front Polisario. L'émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, participait également aux discussions, tout comme Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies.

Un blackout médiatique total a été imposé par les officiels américains. Aucun communiqué, aucune photo officielle, aucune conférence de presse n'a filtré de cette journée de tractations. Les délégations algérienne et sahraouie ont d'ailleurs refusé de se prêter à une photo de groupe avec le Maroc, malgré l'insistance américaine, signe de la persistance des tensions.

Un comité technique pour sortir de l'impasse

La première journée de négociations n'a pas permis de dégager d'avancée tangible. Massad Boulos a toutefois décidé de prolonger les discussions au-delà du dimanche, mobilisant l'ensemble des parties pour un second round centré sur la composition d'un futur comité technique d'experts juridiques.

Cette structure permanente, qui réunirait des représentants des quatre parties appuyés par des juristes et des experts, serait supervisée conjointement par les États-Unis et l'ONU. Elle constituerait le cadre formel des futures négociations de fond sur le statut du territoire.

Le Maroc met en avant une proposition d'autonomie élargie, détaillée dans un document de quarante pages élaboré ces derniers mois par des conseillers royaux et des responsables sécuritaires. De leur côté, l'Algérie et le Polisario maintiennent leur exigence d'un référendum d'autodétermination, considéré comme « la seule issue légitime après des décennies d'attente », selon des sources proches de la délégation algérienne.

Washington aux commandes, l'ONU reléguée

Le choix de Madrid comme lieu de négociation relève d'une logique pratique américaine, évitant aux ministres maghrébins un déplacement transatlantique pour une réunion d'une journée. Le ministère espagnol des Affaires étrangères n'a pas été associé à l'organisation, bien que le ministre José Manuel Albares ait saisi l'occasion pour recevoir bilatéralement ses homologues algérien et mauritanien.

Ce conclave marque une évolution stratégique majeure. Les États-Unis pilotent désormais directement le processus, reléguant l'ONU à un rôle secondaire. Le Sahara occidental n'est plus traité comme un dossier périphérique mais comme un enjeu central de sécurité régionale, dans un contexte de rivalité géoéconomique croissante, notamment face à la Chine, en raison des ressources minières et de la stabilité du flanc atlantique du Maghreb.

Washington vise la signature d'un accord-cadre politique d'ici trois mois. Une nouvelle réunion est d'ores et déjà planifiée à Washington en mai 2026. L'administration Trump ambitionne de transformer ce conflit gelé en un succès diplomatique, tout en cherchant une formule acceptable pour le Maroc, son principal allié au Maghreb, sans marginaliser l'Algérie, puissance régionale et énergétique incontournable.

Le Front Polisario a pour sa part exprimé des réserves sur un processus jugé au service de « l'agenda diplomatique américain » plutôt que du droit international. La route vers un accord reste longue et semée d'obstacles, dans un dossier qui défie la communauté internationale depuis 1975.

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