Affaire Epstein : un documentaire de 2020 explose sur Netflix après la publication des fichiers
Sortie en 2020 et passée relativement inaperçue en France, la série documentaire « Jeffrey Epstein : Pouvoir, argent et perversion » connaît un succès spectaculaire sur Netflix. En cause : la publication, le 30 janvier dernier, de 3,5 millions de pages de documents par le département de la Justice américain, qui a relancé un intérêt massif pour cette affaire tentaculaire.
« Je ne connaissais rien à cette histoire » : le commentaire revient en boucle sur les réseaux sociaux, sous les publications consacrées au documentaire. Des millions d'abonnés Netflix à travers le monde ont découvert ou redécouvert, ces derniers jours, les quatre épisodes de Filthy Rich, propulsés dans le top 10 de la plateforme dans plusieurs pays, dont la France. Un phénomène rare pour une production vieille de près de six ans.
Réalisée par Lisa Bryant et adaptée du livre de James Patterson publié en 2016, la série retrace l'ascension fulgurante de Jeffrey Epstein, ancien professeur de mathématiques devenu milliardaire de la finance, propriétaire de deux îles privées et habitué des cercles de pouvoir les plus fermés. Le documentaire donne surtout la parole aux victimes, dont Virginia Giuffre et Maria Farmer, qui témoignent du système d'exploitation sexuelle mis en place par Epstein pendant des décennies, avec la complicité présumée de sa compagne Ghislaine Maxwell.
La déferlante des fichiers du DOJ
Le regain d'intérêt s'explique par un événement majeur : la publication, le 30 janvier 2026, d'une masse documentaire sans précédent par le département de la Justice américain. Conformément à l'Epstein Files Transparency Act, adopté par le Congrès à une quasi-unanimité et signé par le président Trump le 19 novembre 2025, le DOJ a rendu publics près de 3,5 millions de pages de documents, environ 180 000 photographies et 2 000 vidéos liées aux enquêtes sur le réseau de trafic sexuel d'Epstein.
Cette publication, présentée comme la dernière grande vague de divulgation, faisait suite à un premier lot de fichiers diffusé le 19 décembre 2025, largement critiqué pour ses expurgations massives — plus de 500 pages entièrement caviardées. Le procureur général adjoint Todd Blanche a affirmé que cette dernière livraison mettait le DOJ en conformité avec la loi, une affirmation contestée par des parlementaires qui estiment que les fichiers complets comprendraient plus de six millions de pages.
Les documents ont révélé de nouvelles connexions embarrassantes. Le nom de Donald Trump apparaît plus de 3 000 fois dans les dossiers. Des personnalités européennes sont également mentionnées : Sarah Ferguson, ancienne duchesse d'York, le politicien britannique Peter Mandelson, ou encore la Française Caroline Lang, dont le rôle exact demeure opaque. Ces révélations ont déjà entraîné des démissions, comme celle de Miroslav Lajčák, conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre slovaque.
Un documentaire devenu outil de compréhension
Face au « chaos » des fichiers, comme le décrivent de nombreux internautes, le documentaire de Netflix est devenu une sorte de guide de rattrapage. Sans sensationnalisme, la série offre un panorama structuré de l'affaire : le parcours d'Epstein, ses méthodes de recrutement, les défaillances judiciaires qui lui ont permis de bénéficier d'un accord de plaider-coupable controversé en 2008, puis son arrestation en 2019 et sa mort en détention, officiellement par suicide.
La série fait également le lien avec un second volet, Ghislaine Maxwell : Pouvoir, argent et perversion, consacré au rôle joué par la compagne d'Epstein dans ce réseau, condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour trafic sexuel de mineures. Les critiques saluent une production « plutôt bien documentée, faisant la part belle aux victimes », tout en regrettant certaines « zones d'ombre » laissées intactes.
Le phénomène dépasse le simple succès d'audience. Il révèle une demande croissante du public pour comprendre une affaire dont les ramifications continuent de secouer les élites mondiales. À l'heure où les deepfakes générés par intelligence artificielle sèment la confusion autour des fichiers Epstein, le documentaire de Netflix offre un ancrage factuel salutaire. Le 9 février, les parlementaires américains ont commencé à consulter les fichiers non caviardés au département de la Justice, ouvrant un nouveau chapitre de cette affaire loin d'être refermée.