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Hantavirus : Raoult prône l'hydroxychloroquine et critique les médias

Alors que l'épidémie d'hantavirus, partie d'un bateau de croisière néerlandais, continue de semer l'inquiétude en Europe et notamment en France, le professeur Didier Raoult a choisi de briser le silence. En mai 2026, l'ancien directeur de l'IHU Méditerranée de Marseille affirme que l'hydroxychloroquine — un dérivé d'antipaludique qu'il avait déjà préconisé contre le Covid-19 — serait « extrêmement active » contre les hantavirus. Une déclaration qui ravive aussitôt les controverses autour de ce scientifique au caractère tranchant, dans un contexte sanitaire particulièrement tendu.

Depuis la fin du mois d'avril 2026, une flambée épidémique d'hantavirus a été identifiée à bord du MV Hondius, un navire de croisière battant pavillon néerlandais qui effectuait une traversée en Antarctique. Les premières alertes ont été lancées après le décès de plusieurs passagers, dont deux ressortissants néerlandais. Au total, trois personnes ont perdu la vie et une dizaine d'autres ont présenté des signes cliniques compatibles avec une infection virale grave. Le 10 mai 2026, plusieurs croisiéristes français ont été rapatriés en France à bord d'un avion qui s'est posé à l'aéroport du Bourget. Parmi eux, une Française a rapidement été admise en réanimation dans un établissement hospitalier parisien, faisant monter d'un cran la tension autour de cette crise.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a immédiatement lancé des « investigations approfondies », incluant des analyses de laboratoire et des enquêtes épidémiologiques. Hans Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe, a néanmoins voulu calmer les esprits : « Le risque pour l'ensemble du public demeure faible. Il n'y a aucune raison de céder à la panique ni d'imposer des restrictions de voyage. » La souche identifiée chez plusieurs passagers est celle des Andes, originaire d'Amérique du Sud, et qui a la particularité d'être transmissible d'une personne à l'autre — contrairement à la grande majorité des hantavirus. Cependant, cette transmission interhumaine nécessite un contact physique étroit et prolongé, ce qui limite considérablement le risque de diffusion à grande échelle.

Face à cette alerte sanitaire inédite en Europe, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni en urgence des épidémiologistes à Matignon le soir du 11 mai 2026. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé des mesures « très strictes » pour « casser les chaînes de transmission », tandis qu'Emmanuel Macron a tenu à rassurer la population en déclarant que « la situation est sous contrôle ». Des protocoles de quarantaine renforcée ont été mis en place pour les cas contacts des personnes rapatriées. Comme le rapportait notre article Hantavirus mortel sur le MV Hondius : trois morts et l'OMS en alerte, la situation à bord du navire avait rapidement alerté les autorités sanitaires internationales dès les premiers jours de mai.

Raoult ressort l'hydroxychloroquine : entre espoir et polémique

C'est dans ce contexte de vive tension sanitaire que le professeur Didier Raoult a choisi de s'exprimer publiquement. Fidèle à sa posture iconoclaste, l'ancien patron de l'IHU Méditerranée de Marseille a affirmé qu'il existait « un dérivé d'un médicament antipaludique extrêmement actif sur les hantavirus » : l'hydroxychloroquine. Le virologue, dont les thèses controversées avaient défrayé la chronique lors de la pandémie de Covid-19, a même indiqué que des stocks de ce médicament seraient disponibles et que les personnes intéressées pourraient se rapprocher de son ancienne institution marseillaise pour en bénéficier.

Cette déclaration a immédiatement déchaîné les réactions sur les réseaux sociaux et dans les milieux médicaux. D'un côté, les fidèles du professeur Raoult se sont empressés de relayer ses propos, certains affirmant ne faire confiance qu'à lui pour analyser la situation sanitaire : « C'est le seul en qui j'ai confiance », pouvait-on lire sur plusieurs forums de discussion. De nombreux internautes ont exprimé leur méfiance vis-à-vis des experts officiels, préférant attendre l'avis de Raoult avant de se prononcer sur la gravité de la crise. De l'autre côté, ses détracteurs ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme une instrumentalisation de la crise sanitaire à des fins de promotion personnelle ou commerciale.

Sur X (anciennement Twitter), plusieurs médecins ont réagi avec ironie avant même que Raoult ne s'exprime, anticipant sa réaction habituelle. Au-delà du traitement médicamenteux, le professeur Raoult a également repris un angle qui lui est cher : selon lui, « la vraie grande menace, c'est la presse ». Il estime que la couverture médiatique disproportionnée des crises sanitaires génère davantage de dommages que les virus eux-mêmes, en alimentant une panique injustifiée au sein de la population. Ce discours, déjà tenu lors de la pandémie de Covid-19, continue de diviser profondément la communauté scientifique et médicale française.

L'hydroxychloroquine contre les hantavirus : qu'en dit la science ?

Du côté de la communauté scientifique officielle, aucun traitement antiviral spécifique contre les hantavirus n'a à ce jour été validé par les agences sanitaires internationales. L'Institut Pasteur et Santé publique France rappellent régulièrement que la prise en charge des patients infectés repose essentiellement sur des soins de support : oxygénothérapie, assistance respiratoire et surveillance intensive en unité de soins critiques. La Dr Anne Lavergne, du Centre national de référence des hantavirus à l'Institut Pasteur de Guyane, insiste sur la nécessité de prévenir l'infection en limitant les contacts avec les rongeurs sauvages, qui constituent le réservoir naturel du virus.

Concernant l'hydroxychloroquine en particulier, la molécule a fait l'objet de nombreuses études cliniques depuis 2020, principalement dans le contexte du Covid-19. Les résultats n'ont pas démontré d'efficacité thérapeutique significative chez les patients hospitalisés pour une infection par coronavirus. Pour les hantavirus, aucune étude clinique randomisée publiée dans une revue scientifique à comité de lecture n'a validé l'utilisation de cette molécule chez l'être humain. Des études in vitro — c'est-à-dire conduites en laboratoire sur des cultures cellulaires — auraient certes montré une certaine activité antivirale, mais ces résultats ne peuvent pas être extrapolés à une efficacité clinique sans essais rigoureux menés sur des patients.

L'infectiologue Vincent Ronin, interrogé par La Dépêche du Midi, a quant à lui souligné que « la situation est alarmante car c'est une maladie grave, mais le risque de propagation à grande échelle semble très faible ». Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l'OMS, a pour sa part précisé que « la plupart des personnes vont développer les symptômes dans une période d'entre deux et trois semaines », ce qui permet aux autorités sanitaires de mieux anticiper et encadrer les cas. Ces déclarations rassurent globalement sur le risque d'une propagation massive, tout en soulignant la nécessité d'une vigilance accrue. Comme le détaille notre article sur les estimations de l'OMS sur d'éventuels nouveaux cas, l'agence onusienne continue de surveiller de près l'évolution de la situation.

Les hantavirus se manifestent initialement par des symptômes pseudo-grippaux : fièvre élevée, maux de tête intenses, douleurs musculaires et fatigue générale. Dans les formes graves, le virus peut provoquer un syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH) ou une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), deux pathologies potentiellement mortelles. Sur les 38 souches connues à ce jour, seule la souche des Andes est transmissible entre êtres humains, ce qui explique pourquoi cette épidémie particulière a suscité autant d'attention de la part des autorités sanitaires mondiales.

En France, l'épisode du MV Hondius a mis en lumière les lacunes dans la préparation du grand public face à des virus émergents peu connus. Alors que le gouvernement s'efforce de coordonner la réponse sanitaire et de rassurer les Français, les prises de position de figures comme le professeur Raoult rappellent combien le terrain de la gestion des crises épidémiques reste un espace de tension entre expertise institutionnelle, liberté scientifique et communication publique. La question d'un traitement efficace demeure entière, et les semaines à venir seront déterminantes pour évaluer l'ampleur réelle de cette crise sanitaire.

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