France : plus de décès que de naissances en 2025, une première depuis 1945
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré un solde naturel négatif en 2025. Selon le bilan démographique annuel de l'INSEE publié ce mardi 14 janvier, le pays a compté 651 000 décès contre seulement 645 000 naissances, soit un déficit de 6 000 personnes. Un cap symbolique qui marque un tournant majeur dans l'histoire démographique française.
Ce basculement historique était attendu par les démographes, mais il est survenu plus tôt que prévu. L'Institut national d'études démographiques (INED) avait initialement projeté ce croisement des courbes pour 2027. "Avec cette nouvelle situation, la France ne fait que rejoindre une situation que connaissent déjà la plupart des pays européens", analyse Gilles Pison, démographe à l'INED.
Les chiffres sont sans appel. Le nombre de naissances a chuté de 2,1% par rapport à 2024 et accuse une baisse spectaculaire de 24% depuis 2010, année du dernier pic de natalité. L'indicateur conjoncturel de fécondité s'établit désormais à 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en 2024. Il s'agit du niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale, égalant le taux de 1918.
Un vieillissement accéléré de la population
Parallèlement à l'effondrement de la natalité, les décès ont progressé de 1,5% sur l'année écoulée. L'INSEE pointe plusieurs facteurs explicatifs, notamment une épidémie de grippe hivernale particulièrement virulente et des épisodes caniculaires estivaux meurtriers. Le vieillissement de la génération des baby-boomers amplifie mécaniquement ce phénomène.
Autre indicateur révélateur : l'âge moyen au premier enfant atteint désormais 31,2 ans, contre 29,6 ans en 2005. Les Françaises repoussent de plus en plus leur première maternité, un comportement qui contribue à la baisse globale de la fécondité. L'Italie connaît une situation similaire, avec un vieillissement démographique encore plus prononcé.
La structure de la population française illustre cette mutation profonde. Désormais, 22% des habitants ont au moins 65 ans, une proportion quasiment équivalente à celle des moins de 20 ans. Cette convergence inédite témoigne du renversement de la pyramide des âges en cours.
L'immigration, seul moteur de croissance
Malgré ce solde naturel déficitaire, la population française continue de croître. Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d'habitants, soit une progression de 0,25% sur un an. Cette croissance repose désormais intégralement sur le solde migratoire, estimé à +176 000 personnes en 2025.
L'INED anticipe que la France atteindra le seuil des 70 millions d'habitants aux alentours de 2040. Au-delà de cette date, la migration deviendra l'unique facteur de croissance démographique, le solde naturel restant structurellement négatif.
Dans le contexte européen, la France conserve paradoxalement le taux de fécondité le plus élevé parmi les grandes économies du continent. En 2024, seuls cinq pays de l'Union européenne affichaient encore un solde naturel positif : Chypre, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et la Suède, selon Eurostat.
L'espérance de vie poursuit néanmoins sa progression, atteignant 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes, en hausse de 0,1 an chacune. Une donnée qui, combinée à la chute de la natalité, accentuera encore le vieillissement de la population dans les décennies à venir.