L'IA physique, nouvelle frontière technologique déjà présente dans notre quotidien
Alors que l'intelligence artificielle générative dominait les conversations technologiques ces dernières années, une nouvelle révolution silencieuse s'opère : l'IA physique. Cette technologie permet aux machines de percevoir, comprendre et interagir avec le monde réel en temps réel, transformant radicalement l'industrie, la logistique et bientôt nos foyers.
Contrairement aux robots traditionnels qui suivent des instructions préprogrammées, les systèmes d'IA physique s'adaptent en fonction des données captées en temps réel et apprennent de leur environnement. Jensen Huang, PDG de NVIDIA, n'hésite pas à affirmer que les robots humanoïdes vivent actuellement leur « moment ChatGPT », une comparaison qui illustre l'ampleur de la transformation en cours.
Le CES 2026, qui vient de se tenir à Las Vegas, a marqué un tournant décisif. Plus de cinquante robots humanoïdes et semi-humanoïdes y ont été présentés par des entreprises du monde entier. Boston Dynamics, Caterpillar, LG Electronics ou encore NEURA Robotics ont dévoilé leurs dernières créations, toutes propulsées par les technologies NVIDIA. Le robot Atlas de Boston Dynamics, désormais développé pour les usines Hyundai, soulève des pièces automobiles avec une précision remarquable.
Des applications concrètes dans l'industrie et au-delà
L'IA physique n'est plus un concept futuriste. Amazon a déployé son millionième robot, et son modèle DeepFleet améliore l'efficacité de sa flotte de 10%. BMW utilise des technologies de véhicules autonomes pour ses opérations en usine. Dans le secteur de la santé, GE HealthCare développe des systèmes d'imagerie autonomes, tandis que la chirurgie robotique progresse rapidement.
Les villes s'emparent également de cette technologie. Cincinnati utilise des drones dotés d'IA pour inspecter ses ponts et ses routes de manière autonome. Detroit a lancé un service de navettes autonomes gratuites pour les personnes âgées et handicapées. La restauration n'est pas en reste : des robots préparent et livrent désormais des repas dans certains établissements.
NVIDIA a présenté ses nouveaux modèles Cosmos et Isaac GR00T N1.6, décrits comme les premiers modèles fondamentaux ouverts pour robots humanoïdes. Ces outils permettent aux machines de « voir, comprendre et agir dans le monde physique », selon les termes de l'entreprise.
Un marché en pleine explosion
Les projections économiques donnent le vertige. Goldman Sachs anticipe entre 50 000 et 100 000 robots humanoïdes expédiés dans le monde en 2026. D'ici 2035, deux millions de robots humanoïdes pourraient être déployés sur les lieux de travail, représentant un marché de 30 à 50 milliards de dollars. À l'horizon 2050, ce chiffre pourrait atteindre 300 millions d'unités pour un marché estimé entre 1 400 et 1 700 milliards de dollars.
Les coûts de fabrication chutent rapidement. Le Bank of America Institute prévoit que le coût matériel d'un robot humanoïde passera d'environ 35 000 dollars en 2025 à 13 000-17 000 dollars dans la décennie à venir. Tesla avec Optimus, Figure AI, Apptronik et Agility Robotics préparent la commercialisation de leurs robots dès fin 2025.
Des défis subsistent néanmoins : l'écart entre simulation et réalité physique, les questions de sécurité, la fragmentation réglementaire et la cybersécurité des flottes connectées. Comme le soulignent les experts de Deloitte, maintenir « un humain dans la boucle » reste essentiel pour la supervision et la gestion des risques. L'ère de l'IA physique ne fait que commencer, mais elle transforme déjà notre monde.