Algérie-Niger : Tebboune reçoit Tiani à Alger et met fin à dix mois de brouille
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accueilli ce dimanche 15 février le général Abdourahamane Tiani à l'aéroport international Houari-Boumediene d'Alger, marquant la fin de dix mois de gel diplomatique entre les deux voisins. Cette visite officielle de deux jours, la première du chef de l'État nigérien en Algérie depuis sa prise de pouvoir en juillet 2023, ouvre un nouveau chapitre dans les relations bilatérales avec, en toile de fond, le lancement du gazoduc transsaharien.
Les images diffusées par la télévision d'État algérienne ne laissent aucune place au doute : la brouille entre Alger et Niamey appartient au passé. Garde d'honneur, hymnes nationaux, poignée de main chaleureuse au pied de l'avion — le protocole déployé pour recevoir le général Tiani témoigne de la volonté des deux capitales de tourner la page. « Cette visite met fin à une période anormale de froideur », a déclaré Abdelmadjid Tebboune lors de l'entretien en tête-à-tête qui a suivi au palais présidentiel.
Le contentieux remontait à avril 2025, lorsqu'un drone des Forces armées maliennes avait été abattu par l'armée algérienne à proximité de sa frontière sud. Le Niger, solidaire de son allié malien au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), avait alors rappelé son ambassadeur à Alger. L'Algérie avait immédiatement répliqué par un geste similaire, plongeant les relations bilatérales dans un profond gel diplomatique.
Le gazoduc transsaharien, ciment de la réconciliation
Au-delà de la symbolique diplomatique, c'est un projet pharaonique qui scelle le rapprochement : le gazoduc transsaharien (TSGP). Ce pipeline de 4 100 kilomètres doit acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers les côtes méditerranéennes algériennes, via le Niger, pour alimenter le marché européen. Tebboune a annoncé que « les démarches pratiques pour entamer la pose du pipeline » débuteraient « juste après le mois de ramadan ». Selon les chiffres officiels, environ 60 % du tracé — soit 2 400 kilomètres — sont déjà réalisés, principalement en Algérie et au Nigeria.
La délégation nigérienne, composée notamment des ministres de la Défense, des Affaires étrangères et du Pétrole, a également abordé le renforcement de la coopération dans les domaines minier et électrique. Le ministre algérien de l'Énergie, Mohamed Arkab, qui s'était déjà rendu à Niamey en janvier pour relancer les activités de Sonatrach au Niger, a participé aux discussions. Ce coup diplomatique orchestré par Alger s'inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement régional.
Sécurité et lutte antiterroriste au cœur des échanges
La question sécuritaire a occupé une place centrale dans les pourparlers. Les deux pays partagent près de 950 kilomètres de frontière, zone traversée par les routes migratoires et les circuits de contrebande exploités par les groupes armés. « Nous sommes dans le même camp et nous coopérerons au maximum en mobilisant toutes les capacités et l'expertise » que l'Algérie peut fournir, a assuré le président Tebboune, en matière de lutte antiterroriste.
La coopération envisagée couvre également la formation universitaire et professionnelle, le secteur sanitaire et l'éducation — autant de domaines où l'Algérie dispose d'une expertise que Niamey souhaite exploiter dans le cadre de sa transition politique.
Du côté de l'AES, la visite de Tiani à Alger ne fait pas l'unanimité. Si un diplomate malien a concédé que le Niger est « libre d'avoir des relations avec qui il veut, pourvu que ça ne nuise pas aux intérêts de la confédération », un conseiller de la présidence à Bamako a réclamé « des éclaircissements », estimant que le Mali « aurait dû être informé » en amont. La normalisation entre Alger et Niamey place de facto le Niger dans un rôle de médiateur potentiel entre l'Algérie et les autres membres de l'Alliance sahélienne.
Ce rapprochement spectaculaire démontre la capacité de la diplomatie algérienne à rebattre les cartes régionales. Reste à savoir si cette dynamique pourra s'étendre au Mali et au Burkina Faso, avec lesquels Alger multiplie les signaux d'apaisement depuis plusieurs semaines.