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Crimes du colonialisme en Afrique : l'Algérie prête à fournir ses preuves

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé, en marge du 39e sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, la disposition totale de l'Algérie à mettre à la disposition des instances juridiques africaines ses archives, documents et preuves matérielles attestant des crimes commis durant la période coloniale. Une offre qui s'inscrit dans une dynamique continentale inédite visant à criminaliser le colonialisme en droit international.

C'est par la voix du Premier ministre Sifi Ghrieb, représentant le chef de l'État lors de cette réunion consacrée aux conséquences juridiques de la qualification du colonialisme comme crime contre l'humanité, que l'annonce a été formulée ce samedi 15 février 2026. Le président Tebboune a exprimé « la disposition totale de l'Algérie à mettre à la disposition des instances juridiques africaines compétentes tous les documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables » dont dispose le pays.

L'Algérie s'appuie sur ce que Tebboune qualifie d'« expérience nationale douloureuse », celle de plus de 132 ans de colonisation française, pour justifier la pertinence de sa contribution. Le président algérien a insisté sur le fait que cette démarche « renforcerait les principes de responsabilité internationale, combattrait l'impunité et contribuerait à établir une justice historique équitable ».

La Déclaration d'Alger, socle d'une stratégie continentale

Cette annonce intervient dans le prolongement direct de la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique, organisée à Alger les 30 novembre et 1er décembre 2025. Coprésidée par l'Algérie, le Togo, l'Afrique du Sud et le Ghana, cette conférence avait abouti à l'adoption de « l'Appel d'Alger », document de référence recommandant la reconnaissance officielle des crimes coloniaux et leur intégration explicite dans le droit international.

La « Déclaration d'Alger », soumise au sommet de février 2026 pour examen, ambitionne de devenir la première référence continentale pour la codification des crimes coloniaux et l'élaboration d'une stratégie africaine de justice et de réparations. L'Union africaine a également adopté la proposition algérienne d'instituer le 30 novembre comme Journée africaine d'hommage aux victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l'apartheid.

Un arsenal juridique national sans précédent

Le président Tebboune a également rappelé l'initiative souveraine de l'Algérie en matière législative. Le 24 décembre 2025, le Parlement algérien a adopté à l'unanimité une loi criminalisant le colonialisme, une première sur le continent africain. Ce texte répertorie une trentaine de types de crimes qualifiés d'imprescriptibles, parmi lesquels les exécutions extrajudiciaires, la torture, les violences sexuelles, les essais nucléaires sur des populations civiles et le pillage systématique des ressources.

La loi prévoit des peines allant d'un à dix ans d'emprisonnement pour diverses infractions liées à la période coloniale. Une initiative qualifiée d'« avancée historique » par plusieurs experts en droit international, mais qui a provoqué une vive réaction de Paris. Le ministère français des Affaires étrangères a condamné cette démarche, la jugeant « manifestement hostile » au dialogue bilatéral.

Au-delà du cas algérien, la mobilisation s'étend à l'ensemble du continent. La République démocratique du Congo réclame des excuses et des compensations de la part de la Belgique, tandis que le Tchad et le Sénégal ont exhorté le président Emmanuel Macron à présenter des excuses officielles pour l'exploitation coloniale. Tebboune a martelé que « la reconnaissance de la vérité historique n'est pas un rappel sélectif du passé, mais un devoir moral et juridique, préalable essentiel pour construire des relations internationales équilibrées ».

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