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Arc France en redressement judiciaire : un millier de salariés manifestent à Arques

Environ un millier de salariés d'Arc France ont défilé dans les rues du centre d'Arques, dans le Pas-de-Calais, pour exprimer leur colère et leur inquiétude face aux suppressions d'emplois massives envisagées dans le cadre du redressement judiciaire du célèbre verrier. Une mobilisation d'ampleur qui témoigne de l'angoisse d'un bassin d'emploi entier, suspendu à la décision du tribunal de commerce de Lille attendue le 10 mars prochain.

Le cortège, composé de salariés en tenue de travail, de représentants syndicaux et d'élus locaux, a traversé le centre-ville d'Arques sous les slogans réclamant le maintien des emplois et la sauvegarde du site historique. Drapeaux syndicaux au vent, les manifestants ont exprimé une détermination sans faille face à ce qu'ils considèrent comme un nouveau coup porté à l'industrie française.

Arc France, fleuron bicentenaire de la verrerie et spécialiste des arts de la table avec ses marques emblématiques Luminarc, Arcoroc et Cristal d'Arques, a été placé en redressement judiciaire le 7 janvier 2026 par le tribunal de commerce de Lille. La direction a invoqué une « dégradation sévère et continue des conditions de marché », le secteur des arts de la table ayant enregistré un effondrement de 15 à 20 % en 2025.

Deux offres de reprise, deux visions opposées

Deux candidats se sont positionnés pour reprendre l'entreprise. D'un côté, Timothée Durand, petit-fils de Jacques Durand, figure historique du groupe, dont le projet prévoit le maintien de 2 700 emplois mais la suppression de 800 postes, dont 300 licenciements secs. « Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste et responsable », a-t-il déclaré pour justifier son approche. Son plan table sur le départ à la retraite de 400 salariés proches de la fin de carrière et une centaine de départs volontaires.

De l'autre, Patrick Puy, ancien président d'Arc entre 2013 et 2015, spécialiste du retournement d'entreprises en difficulté, a déposé une offre promettant « zéro licenciement ». Une promesse qui séduit les syndicats, même si le financement de ce projet reste flou. Les deux prétendants ont jusqu'au 5 mars pour affiner leurs propositions avant la décision du tribunal.

Cette mobilisation intervient alors que les syndicats, CGT, CFDT, FO, SUD et CFE-CGC, ont fait front commun pour défendre les intérêts des 3 500 salariés du site. « Il est primordial que celles et ceux qui devront quitter l'entreprise puissent le faire dans des conditions dignes », a souligné Vincent Fanaert, délégué syndical central CFDT, résumant l'état d'esprit des organisations syndicales qui négocient actuellement un accord de méthode.

Un bassin d'emploi en sursis

La situation d'Arc France dépasse largement les murs de l'usine. À Arques, commune de 10 000 habitants, la verrerie constitue depuis deux siècles le poumon économique du territoire. « C'est un pilier en termes d'emplois, d'attractivité et de rayonnement international », rappelle le maire socialiste Benoît Roussel. Au début des années 2000, l'usine employait près de 13 000 personnes. Ils ne sont plus que 3 500 aujourd'hui.

L'État, qui a injecté près de 170 millions d'euros dans l'entreprise depuis 2019, assure suivre le dossier de près. Le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a interpellé directement le Premier ministre François Bayrou, réclamant « de la visibilité pour les salariés ». Le 5 février, la Région a adopté une délibération spéciale pour réaffirmer son soutien à tout projet réaliste de maintien de l'activité industrielle à Arques.

En attendant le verdict du tribunal de commerce, une forme de solidarité inédite s'est manifestée. Le magasin d'usine d'Arc France à Arques a vu ses ventes bondir de 73 % en janvier, les clients se pressant pour soutenir l'entreprise par leurs achats. Un élan qui rappelle que l'attachement au savoir-faire industriel français reste profond, à l'heure où d'autres fleurons, comme les Velours de Lyon, sont liquidés faute de repreneur.

Le sort d'Arc France cristallise les enjeux de la désindustrialisation et de la concurrence internationale. Face à l'afflux de produits asiatiques vendus « quatre à cinq fois moins cher », selon les syndicats, la verrerie d'Arques incarne le combat d'un tissu industriel français fragilisé qui refuse de baisser les bras. La décision du 10 mars dira si ce combat a encore un avenir.

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