Lyon : la mosquée Koba vandalisée pour la quatrième fois en deux ans
Dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 février, la mosquée Koba, située rue Imbert-Colomès sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, a été la cible de tags dégradants pour la quatrième fois en moins de deux ans. Inscriptions injurieuses, mot « Haram », dessins obscènes : les façades du lieu de culte ont été souillées à la peinture rouge et noire. Une enquête a été ouverte.
Les fidèles qui se sont rendus à la mosquée dimanche matin ont découvert un spectacle désolant. Des inscriptions insultantes, dont le mot « Pute » et le terme « Haram », ainsi que des dessins obscènes, recouvraient les murs extérieurs du lieu de prière. Les tags, réalisés à la peinture rouge et noire, témoignent d'une volonté délibérée d'humilier la communauté musulmane fréquentant cette mosquée du 1er arrondissement de Lyon.
Ces dégradations sont intervenues au lendemain de la mort de Quentin Deranque, un jeune militant identitaire de 23 ans, décédé le 14 février après avoir été agressé en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Un contexte de tensions extrêmes entre militants d'extrême droite et antifascistes qui pourrait expliquer ce nouvel acte de vandalisme contre un lieu de culte musulman.
Quatrième attaque en moins de deux ans
Le député La France insoumise du Rhône, Abdelkader Lahmar, a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux. « Cela fait quatre fois, en moins de deux ans, que ce lieu de culte de la Croix-Rousse est pris pour cible par des militants d'extrême droite », a-t-il dénoncé. L'élu a rappelé que « les musulmans qui fréquentent cette mosquée ne sont responsables d'aucun trouble » et que « rien ne peut justifier que ces fidèles soient ainsi pris pour cible à répétition ».
Le parlementaire pointe un « climat d'islamophobie préoccupant, qui doit être clairement dénoncé et fermement combattu ». De fait, l'historique des dégradations subies par la mosquée Koba illustre une escalade inquiétante. En novembre 2023, le tag « L'islam est antisémite » avait été découvert par les fidèles sortant de la prière du midi. En avril 2024, l'inscription « Fier d'être un koufar » – « mécréant » en arabe – avait été peinte sur les murs. Un mois plus tard, en mai 2024, c'est la phrase « Mahomet est un pédophile » qui avait été taguée sur la façade.
Le maire de Lyon, Grégory Doucet, a qualifié ces dégradations d'« inacceptables ». Yasmine Bouagga, maire écologiste du 1er arrondissement, a de son côté condamné des actes « d'intimidation inacceptables contre des concitoyens paisibles, pour lesquels nous avons la responsabilité d'assurer la liberté de culte, et la sécurité ». Elle a assuré qu'une vigilance accrue serait mise en place, notamment à l'approche du mois de ramadan.
Un climat de tensions à Lyon
Ces actes s'inscrivent dans un contexte national marqué par une hausse significative des actes antimusulmans. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 326 actes antimusulmans ont été enregistrés en France, en forte hausse par rapport aux années précédentes. Le Collectif contre l'islamophobie en Europe fait état de plus d'un millier de signalements, soulignant l'écart entre les statistiques officielles et la réalité vécue par les victimes.
À Lyon, la situation est d'autant plus tendue que la ville est secouée par l'affaire Quentin Deranque. La mort du jeune homme a provoqué une onde de choc politique, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez pointant la responsabilité de « l'ultra-gauche ». Dans ce climat inflammable, les lieux de culte deviennent des cibles faciles pour ceux qui cherchent à instrumentaliser les tensions.
Une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs des tags. Les responsables de la mosquée Koba, ainsi que les élus locaux, appellent au calme et à la retenue, tout en exigeant que des mesures concrètes soient prises pour protéger les lieux de culte. À quelques semaines du début du ramadan, la communauté musulmane lyonnaise attend des réponses.