La Chine retire les serveurs des traders haute fréquence de ses bourses
Les autorités chinoises ont ordonné le retrait des serveurs dédiés au trading haute fréquence des centres de données de plusieurs bourses du pays. Cette mesure inédite vise à supprimer l'avantage de vitesse dont bénéficiaient les fonds quantitatifs et les traders algorithmiques, dans un contexte de volonté affichée de rétablir une équité entre tous les investisseurs.
Les bourses de matières premières de Shanghai et de Guangzhou figurent parmi les plateformes ayant notifié aux courtiers locaux l'obligation de déplacer les serveurs de leurs clients hors des centres de données gérés par ces bourses. Cette directive concerne également la Bourse de Shenzhen. Une décision qui s'inscrit dans la volonté de Pékin de reprendre le contrôle sur les flux financiers et de protéger les petits investisseurs face aux géants de la finance algorithmique.
Calendrier serré pour les acteurs du marché
La Bourse des contrats à terme de Shanghai a fixé des échéances précises : les équipements des clients pratiquant le trading haute fréquence devront être retirés d'ici fin février, tandis que les autres clients disposeront d'un délai supplémentaire jusqu'au 30 avril. Les bourses chinoises prévoient également d'ajouter une latence de deux millisecondes à toute connexion provenant de centres de données tiers.
Cette mesure technique, qui peut sembler anodine, représente en réalité un bouleversement majeur pour le secteur. Dans le monde du trading algorithmique, où chaque microseconde compte, deux millisecondes représentent une éternité. Les stratégies d'arbitrage et de tenue de marché qui reposent sur la vitesse deviennent ainsi largement inopérantes. Cette régulation rappelle les débats en cours dans d'autres régions du monde, notamment en France où les marchés financiers font également l'objet d'une surveillance accrue.
Des acteurs internationaux dans le viseur
Cette mesure touche non seulement les fonds quantitatifs domestiques chinois, mais également de nombreuses firmes internationales de premier plan. Parmi elles figurent Citadel Securities, Jane Street et Jump Trading, des mastodontes du secteur qui ont investi des milliards de dollars dans leurs infrastructures technologiques.
Les bourses chinoises définissent le trading haute fréquence comme une activité générant plus de 300 ordres et annulations par seconde via un seul compte, ou plus de 20 000 requêtes par jour. Le nombre de comptes répondant à ces critères avait déjà chuté de 20 % en 2024, signe que les régulateurs avaient commencé à resserrer leur étau bien avant cette annonce officielle.
L'annonce a provoqué des réactions immédiates sur les marchés des matières premières. À Shanghai, le cours du cuivre a reculé de 1 %, tandis que l'étain a chuté de 5,9 % sur le London Metal Exchange. Ces mouvements illustrent l'importance des traders haute fréquence dans la liquidité de ces marchés. Cette volatilité rappelle les tensions observées sur d'autres marchés internationaux, comme l'a montré l'actualité économique récente.