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Marseille : des caméras capables de lire vos SMS ? La vérité sur cette affirmation

Le maire de Marseille, Benoît Payan, aurait évoqué des caméras de surveillance capables de lire les SMS des passants. Cette affirmation soulève des questions sur les capacités réelles du dispositif de vidéosurveillance marseillais. Décryptage entre fantasme technologique et réalité technique.

À quelques mois des élections municipales de mars 2026, la sécurité occupe une place centrale dans le débat politique marseillais. Le déploiement de la vidéosurveillance, passé de 1 500 caméras en 2020 à plus de 2 000 fin 2025, cristallise les tensions. Mais les caméras peuvent-elles vraiment intercepter nos communications ?

Ce que peuvent réellement faire les caméras de Marseille

Les caméras de vidéosurveillance installées à Marseille sont des équipements optiques classiques. « Elles ont une utilité particulière : celle de mieux voir ce qu'il s'est passé dans certains cas. Il s'agit d'abord d'un outil qui aide à la réponse pénale, qui fait progresser les enquêtes judiciaires », a déclaré Benoît Payan. Le Centre de Supervision Urbaine (CSU), géré par la police municipale, emploie environ 70 agents qui visualisent les images en temps réel, 24 heures sur 24.

Depuis 2018, Marseille expérimente également la vidéosurveillance algorithmique (VSA) sur une cinquantaine de caméras. Ce système permet de détecter automatiquement certains comportements : regroupements suspects, objets abandonnés, ou encore des alertes sonores comme des coups de feu. Mais aucune de ces technologies ne permet d'intercepter des SMS.

Pourquoi l'interception de SMS par caméra est techniquement impossible

Un SMS transite par le réseau téléphonique mobile, via des protocoles cryptés entre votre téléphone et les antennes-relais. Une caméra, même équipée d'un zoom optique x36 comme les modèles les plus performants, ne peut que filmer. Elle ne dispose d'aucune capacité d'interception des ondes radio ou de déchiffrement des communications numériques.

L'interception des communications nécessite des dispositifs spécialisés comme les IMSI-catchers, utilisés exclusivement par les services de renseignement et la police judiciaire, sous contrôle strict de la justice. Ces équipements n'ont rien à voir avec des caméras de surveillance urbaine. Leur usage est encadré par la loi et requiert des autorisations judiciaires spécifiques.

En France, le cadre légal de la vidéosurveillance est strict. La loi interdit de filmer les entrées d'immeubles de manière spécifique et prohibe totalement la captation d'images à l'intérieur des habitations. Des dispositifs occultants, appelés « masques », sont programmés sur les caméras pour protéger la vie privée des résidents. La CNIL veille au respect de ces règles.

Le débat sur reste vif. Si les écologistes contestent son efficacité, citant des études européennes selon lesquelles elle n'éluciderait que 2 à 3 % des infractions, l'opposition de droite réclame davantage de caméras. Une mission d'évaluation composée de 11 élus a d'ailleurs rendu un rapport contrasté sur le dispositif, pointant notamment 70 caméras détruites en 2023 et des menaces contre les installateurs.

Chaque caméra coûte 40 000 euros à installer, dont 65 % sont financés par l'État dans le cadre du plan « Marseille en grand ». L'entretien du réseau représente plus de 7 millions d'euros par an. D'ici 2027, Marseille devrait compter 2 200 caméras, après l'autorisation préfectorale accordée en octobre 2025 pour 300 installations supplémentaires. Un investissement massif, mais qui ne transformera jamais ces équipements en outils d'espionnage téléphonique.

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