Après les pillages, Marseille et Nice au chevet de leurs commerçants
Deux jours après les violences du 17 octobre, les commerçants de Marseille et de Nice ont passé ce lundi 19 octobre à nettoyer, chiffrer les pertes et chercher des appuis. À Nice, la CCI recense au moins 17 magasins détruits ou pillés et une cagnotte officielle est ouverte. À Marseille, aucun bilan chiffré officiel n'existait lundi soir, mais la Région réactive son fonds « solidarité commerces pillés » et le gouvernement promet un chômage partiel à 100 % et un fonds de soutien.
Samedi 17 octobre, les cortèges contre la vie chère ont dégénéré dans les deux villes, avec des vitrines fracturées et des magasins vidés pendant de longues minutes sans intervention, comme l'a raconté Mediaterranee dans son récit de la journée à Marseille, où la mairie a été envahie et un commissariat visé. Le volet judiciaire avance vite. À Marseille, 101 personnes ont été interpellées entre samedi et lundi matin, 74 majeurs et 27 mineurs, selon le parquet cité par France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur. Huit interpellations sur dix concernent des vols avec dégradation en réunion, et 58 majeurs et 10 mineurs devaient être déférés d'ici lundi soir, avec deux audiences supplémentaires de comparution immédiate prévues mardi et mercredi. À Nice, France 3 Côte d'Azur comptait lundi plus de 80 interpellations, dont la moitié de mineurs.
À Nice, « touche pas à nos commerces »
Le décompte niçois s'est précisé au fil de la journée. Lundi matin, Nice-Matin faisait état de seize commerces vandalisés sur l'avenue Jean-Médecin, plus un magasin de motos du secteur Malausséna, pour des dégâts chiffrés à « plusieurs millions d'euros », dont au moins 500 000 euros pour le seul JD Sports. En fin d'après-midi, la Chambre de commerce et d'industrie Nice Côte d'Azur recensait « au moins 17 magasins totalement détruits ou pillés », toujours d'après Nice-Matin. Son président, Jean-Pierre Savarino, a ouvert un numéro d'urgence, le 04 93 13 73 00, pour les démarches administratives et le soutien psychologique, et a précisé que le fonds régional d'urgence « peut s'élever jusqu'à 10 000 euros par magasin endommagé pour la remise en état ». Des discussions sont en cours avec la Métropole Nice Côte d'Azur et le Département pour abonder ces aides.
Le même lundi, une cinquantaine de présidents d'associations de commerçants et d'élus de la CCI se sont retrouvés devant les palissades de JD Sports. La Fédération du commerce niçois et de l'artisanat (FCNA), qui regroupe 17 associations, a lancé une cagnotte Leetchi officielle, destinée aux vitrines, aux stocks et aux réouvertures, tout en mettant en garde contre les collectes non vérifiées qui se multiplient. Son président, Marcel Vidal, appelle les Niçois à consommer chez leurs commerçants. « On a frôlé la cata et on n'est toujours pas rassurés », a confié la commerçante Vanessa Brakha à France 3. Pour Yves Albiser, président de l'association des commerçants de Nice Centre Rive droite, cité par Nice-Matin, « c'est la peur du futur. Qu'est-ce qui nous garantit que ça ne va pas se reproduire dans une semaine ou un mois ? ». Patrick Nolier, directeur de Nicetoile, résume l'objectif des prochains jours : « aider les magasins à rouvrir le plus tôt possible ».
Un visage s'est imposé dans cette histoire, celui de Pierre Collin, gérant du Micromania de l'avenue Jean-Médecin, filmé face aux pilleurs alors qu'il était en vacances et accouru après l'appel d'un ancien salarié. « Sur le moment, je ne réalise pas. Ma compagne était vraiment attristée, elle avait les larmes aux yeux, me demandait de partir », a-t-il raconté à M6 Info, dans des propos repris lundi par RTL. « À un moment, j'ai craqué et je me suis mis au milieu. Mais ce n'était pas forcément très intelligent », ajoute-t-il, avant d'insister : « je n'étais pas seul contre tous ». Lundi, des centaines de Niçois, d'anonymes et de touristes sont venus écrire des messages sur les planches qui recouvrent sa vitrine, selon Nice-Matin. Interrogé par France 3 sur une cagnotte lancée en son nom par des joueurs, il répond « je ne suis au courant de rien » et met en garde contre les arnaques. Le maire de Nice, Éric Ciotti, a de son côté signé lundi un arrêté instaurant un couvre-feu pour les mineurs de 21 heures à 6 heures dans le centre-ville, le Vieux-Nice et le secteur Trachel-Gare du Sud, en concertation avec le préfet des Alpes-Maritimes.
À Marseille, pas de bilan officiel mais des guichets qui rouvrent
À Marseille, lundi soir, aucune institution n'avait publié de décompte des commerces touchés. Les ordres de grandeur viennent de Nicole Richard-Verspieren, présidente de l'association des commerçants du centre-ville, qui affirmait dimanche sur franceinfo que « toutes les grandes artères commerçantes ont été dévalisées à 80 % » et évoquait « quelques centaines » de boutiques vandalisées, caisses et coffres emportés, « les coffres que l'on a vu partir sur des trottinettes ». Trois centres commerciaux, Centre Bourse, Grand Littoral et la Valentine, ont aussi subi des dégâts, d'après France 3. Dès samedi soir, la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence a réactivé sa cellule « Urgence commerces » (04 91 39 34 79, urgence-entreprise@cciamp.com), avec un groupe WhatsApp pour les commerçants et des équipes sur le terrain lundi pour un premier bilan, les dépôts de plainte et les dossiers d'assurance. Son président, Jean-Luc Chauvin, redoute, selon Made in Marseille, que certains établissements ne rouvrent jamais.
La Ville a installé une cellule dédiée et un « point infos sinistrés » dans le centre. Benoît Payan, venu dimanche matin à la rencontre des commerçants, n'a « pas les mots pour décrire ce que jamais je n'aurais imaginé vivre dans cette ville » et réclame à l'État un plan d'urgence, ainsi qu'une réunion de la Région, du Département et de la Métropole pour un dispositif exceptionnel d'indemnisation. La Région a répondu la première : son président, François de Canson, a annoncé lundi par communiqué la réactivation du fonds régional « solidarité commerces pillés » pour les six départements, en appelant les communes, les métropoles, les départements et l'État à l'abonder, rapporte Marsactu. C'est ce mécanisme que la CCI de Nice chiffre à 10 000 euros par magasin. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, attendu lundi après-midi auprès des commerçants et à la CCI, a reporté son déplacement pour une réunion à Matignon, a indiqué la préfecture, qui avait interdit tout rassemblement dans la commune de midi à 20 heures.
L'État a fixé le cadre national à la mi-journée. À l'issue d'une cellule interministérielle de crise, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le déclenchement du chômage partiel « à 100 % » dès mardi 20 octobre et « un fonds de soutien spécifique pour l'ensemble de ces commerces », dont le montant n'a pas été précisé, ainsi que des discussions avec les assureurs pour accélérer les expertises. Le gouvernement évalue à au moins 3 000 le nombre de commerces frappés dans le pays, et le président de CCI France, Alain Di Crescenzo, a parlé dimanche sur RTL de dommages à « des centaines de millions d'euros ». Le ministre du Commerce, Serge Papin, a réuni fédérations, banques et assurances à Bercy et demande le retrait « sans délai » des objets volés déjà proposés à la revente en ligne. Les marchés, eux, avaient réagi dès la matinée, comme le montre la tension sur l'OAT et le repli du CAC 40. Reste l'inquiétude des commerçants, à Nice comme à Marseille, face aux nouvelles mobilisations annoncées pour les 24 octobre et 5 novembre, que François de Canson demande cette fois d'anticiper.