Cyber-malveillance : quatre Français sur dix victimes en 2025, les jeunes en première ligne
Quatre Français sur dix ont été victimes de cyber-malveillance en 2025. C'est le constat alarmant dressé par une enquête du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), révélée ce vendredi 20 février par franceinfo. Entre courriels frauduleux, escroqueries lors d'achats en ligne et piratage de comptes sur les réseaux sociaux, la menace numérique ne cesse de gagner du terrain dans l'Hexagone.
L'enquête du Crédoc lève le voile sur une réalité préoccupante. En 2025, 73 % des internautes français ont été exposés à des tentatives de fraudes et d'arnaques en ligne. Parmi eux, quatre sur dix sont tombés dans le piège, qu'il s'agisse d'un courriel frauduleux visant à soutirer des informations personnelles, d'une escroquerie lors d'un achat sur internet ou du piratage d'un compte sur les réseaux sociaux.
La plateforme gouvernementale Cybermalveillance.gouv.fr confirme cette tendance. En 2024, elle avait déjà enregistré 420 000 demandes d'assistance, soit une hausse de près de 50 % par rapport à l'année précédente. Le phishing — technique consistant à se faire passer pour un organisme de confiance afin de dérober des données — reste la menace numéro un, initiant environ 60 % des cyberattaques en France.
Les jeunes, premières victimes de la cybercriminalité
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les seniors qui paient le plus lourd tribut. Près de 60 % des moins de 25 ans déclarent avoir déjà été victimes d'une escroquerie en ligne, soit presque deux fois plus que les plus de 60 ans, dont environ 30 % sont concernés. Les jeunes, hyperconnectés et présents sur de multiples plateformes, constituent une cible privilégiée pour les cybercriminels.
Cette surexposition s'explique par un usage plus intensif des outils numériques. Les 18-34 ans restent, selon le baromètre Ipsos de Cybermalveillance.gouv.fr, « une population surexposée et vulnérable face aux cyber-risques ». La sextorsion, en particulier, dans un contexte où les fuites de données personnelles se multiplient, toucherait de plus en plus les jeunes publics, alors que les maîtres-chanteurs ciblaient auparavant principalement des adultes.
Pourtant, la sensibilisation progresse. Selon l'enquête, 89 % des internautes affirment prendre des précautions : changement régulier de mot de passe, refus d'installer des applications réclamant des données personnelles ou encore désactivation de la géolocalisation. Des réflexes qui ne suffisent toutefois pas à endiguer la vague.
L'intelligence artificielle, nouvelle arme des escrocs
Le paysage de la cybercriminalité a profondément muté. Les groupes de cybercriminels fonctionnent désormais selon des modèles comparables à ceux des start-ups, avec une spécialisation des tâches et une automatisation des processus. Le phénomène du « Cybercrime-as-a-Service » s'est généralisé, permettant à des délinquants sans compétence technique particulière de mener des attaques sophistiquées.
L'intelligence artificielle est au cœur de cette transformation. Les escrocs exploitent les modèles de langage pour générer automatiquement des e-mails d'hameçonnage ciblés, simuler des voix dans des attaques par téléphone ou créer des deepfakes à fort impact émotionnel. L'ingénierie sociale se décline désormais en de multiples formes contextualisées, de la fausse livraison de colis à la fraude au faux conseiller bancaire.
En 2024, plus de 560 000 signalements ont été recensés par les plateformes citoyennes Thésée, Pharos et Perceval. La France se classe premier pays d'Europe le plus touché par le piratage de données personnelles, devant l'Allemagne, avec 703 millions de données compromises depuis 2004, dont 150 millions pour la seule année 2024, selon une étude de Surfshark.
Face à l'ampleur du phénomène, les autorités appellent à redoubler de vigilance. Le Cybermois, organisé chaque année par Cybermalveillance.gouv.fr, tente de sensibiliser le grand public. Mais l'enquête du Crédoc le démontre : malgré les campagnes de prévention, la cybercriminalité continue de prospérer, portée par des techniques toujours plus élaborées et une surface d'attaque qui ne cesse de s'élargir.