Impôts : 13 335 millionnaires français ne paient rien, révèle Bercy
Plus de 13 000 foyers parmi les plus fortunés de France ne paient pas un centime d'impôt sur le revenu. C'est ce que révèle une note interne de Bercy, transmise à la commission des finances du Sénat et dévoilée par Le Monde ce mercredi 18 février 2026. Un chiffre qui relance le débat sur la justice fiscale et contredit frontalement les dénégations de la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin.
Selon les données de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), 18 525 foyers fiscaux assujettis à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), c'est-à-dire disposant d'un patrimoine immobilier d'au moins 1,3 million d'euros, n'ont acquitté aucun impôt sur le revenu au titre de l'année 2024. Après exclusion des non-résidents fiscaux et des personnes décédées en cours d'année, le chiffre s'établit à 13 335 foyers. Autrement dit, « environ 10 % des redevables de l'IFI affichent un impôt sur le revenu nul ou négatif », précise la note d'analyse consultée par l'AFP.
Plus frappant encore : parmi les 0,1 % de foyers les plus aisés, 10,2 % — soit environ 2 500 ménages — ne paient aucun impôt sur le revenu. Cette proportion grimpe à 14,9 % chez les 0,01 % les plus riches, soit près de 300 foyers dont le patrimoine moyen atteint 14 millions d'euros.
Montchalin contredite, Lombard confirmé
Cette révélation met fin à plusieurs semaines de bras de fer politique. Le 11 janvier dernier, l'ancien ministre de l'Économie Éric Lombard déclarait dans Libération que « parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu. » Trois jours plus tard, Amélie de Montchalin le démentait catégoriquement à l'Assemblée nationale : « Il n'est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n'y a pas de document à Bercy qui le montrerait. »
Les documents transmis au Sénat prouvent le contraire. « Éric Lombard avait raison », tranche Claude Raynal, président de la commission des finances du Sénat. « Parmi les foyers les plus riches, il y en a bien des milliers qui ne paient aucun impôt sur le revenu. » La directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier, a pour sa part refusé de commenter ces révélations.
Holdings et montages patrimoniaux en cause
Comment des contribuables disposant de patrimoines considérables parviennent-ils à échapper légalement à l'impôt sur le revenu ? La note de Bercy identifie plusieurs mécanismes. L'avocat fiscaliste Paul Duvaux explique que ces contribuables « se débrouillent pour que leurs revenus de placement ne leur soient pas versés directement, mais soient reçus dans des holdings qui servent de réceptacle ». Ces sociétés écrans permettent de retarder, voire d'éviter indéfiniment, l'imposition des revenus.
La DGFiP pointe également des « zones de risques » liées à des montages patrimoniaux sophistiqués : mécanismes d'apport-cession permettant de différer l'imposition de plus-values, cumul de reports qui conduit à ce que certains gains ne soient jamais taxés, et une liste de revenus légalement exonérés du calcul du revenu fiscal de référence qui fait plus de vingt pages. Autant de failles dans l'arsenal fiscal que le projet de loi de finances 2026 prévoit de colmater avec une nouvelle taxe sur le patrimoine financier ciblant les actifs des holdings.
Ce scandale fiscal intervient dans un contexte de tensions budgétaires aiguës. Le passage de l'ISF à l'IFI a entraîné une perte de recettes de 12 milliards d'euros entre 2017 et 2023. Alors que l'État cherche à réduire ses déficits, la question de la contribution fiscale des plus fortunés s'impose comme un sujet incontournable de la campagne présidentielle à venir. « La fiscalité des riches sera fatalement un sujet de la campagne », prédit Claude Raynal.