L'Allemagne renonce à défendre Israël devant la CIJ
Alors qu'en 2024 l'Allemagne promettait de défendre fermement son allié Israël devant la Cour internationale de justice (CIJ), Berlin fait aujourd'hui marche arrière. Le pays renonce désormais à intervenir en faveur de l'État hébreu dans la plainte déposée par l'Afrique du Sud, qui accuse Israël de commettre un génocide à Gaza. Cette décision intervient après qu'une plainte du Nicaragua a accusé l'Allemagne de violer la Convention sur le génocide en fournissant un soutien militaire à Israël, la rendant ainsi complice des crimes présumés.
Selon l'avocat Johann Soufi, spécialisé en droit international, l'Allemagne a annoncé le 18 mars 2026 qu'elle renonçait à soutenir Israël dans l'affaire intentée par l'Afrique du Sud pour génocide devant la CIJ. Officiellement, Berlin justifie ce retrait par la nécessité de se concentrer sur la procédure engagée contre elle par le Nicaragua. En réalité, « la position de l'Allemagne devient impossible à défendre », estime l'expert juridique.
Cette volte-face constitue un revirement majeur pour Berlin, qui avait fait du soutien inconditionnel à Israël un pilier de sa politique étrangère. Le principe de « Staatsräson » (raison d'État), instauré par l'ancienne chancelière Angela Merkel, plaçait la sécurité d'Israël au cœur des intérêts nationaux allemands, en raison de la responsabilité historique de l'Allemagne liée à l'Holocauste. Aujourd'hui, ce soutien entre en collision directe avec les obligations juridiques internationales du pays.
Le Nicaragua met Berlin dans l'embarras
Le 1er mars 2024, le Nicaragua a déposé une plainte contre l'Allemagne devant la CIJ, accusant Berlin de complicité de génocide pour avoir fourni des armes à Israël pendant l'offensive à Gaza. Managua affirme que « l'Allemagne facilite la commission de ce génocide » par son soutien politique, financier et militaire, et par la suspension de son financement à l'UNRWA, l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.
Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, l'Allemagne est le deuxième fournisseur d'armes d'Israël après les États-Unis, ayant livré 47 % des armes conventionnelles importées par Israël en 2023. Les avocats nicaraguayens ont souligné qu'il était « impossible pour l'Allemagne de ne pas savoir que les munitions qu'elle fournissait à Israël étaient utilisées dans le contexte du génocide à Gaza ».
Bien que la CIJ ait déclaré en mai 2024 qu'elle n'était pas compétente pour imposer des mesures provisoires dans le cadre de la plainte du Nicaragua, la procédure continue sur le fond. Cette pression juridique croissante place Berlin dans une situation intenable : maintenir son soutien militaire à Israël reviendrait à violer la Convention sur le génocide.
Un dilemme entre loyauté historique et droit international
Le 26 janvier 2024, la CIJ a ordonné à Israël de prendre des mesures pour empêcher les actes de génocide à Gaza, reconnaissant le caractère « plausible » des accusations sud-africaines. Cette décision crée automatiquement des obligations pour tous les États parties à la Convention sur le génocide, dont l'Allemagne fait partie. Berlin se trouve désormais face à un choix impossible : continuer son soutien militaire et risquer d'être déclarée complice, ou se retirer et rompre avec sa doctrine de soutien inconditionnel à Israël.
Entre le 11 et 12 mars 2026, plusieurs pays — Pays-Bas, Islande, Namibie, États-Unis, Hongrie et Fidji — ont déposé des déclarations d'intervention en vertu de l'article 63 du Statut de la Cour dans l'affaire du génocide à Gaza. Cette mobilisation internationale accroît la pression sur l'Allemagne, dont la position isolée devient juridiquement et diplomatiquement de plus en plus fragile.
Ce revirement allemand illustre la difficulté pour les alliés traditionnels d'Israël de maintenir leur soutien face aux accusations de crimes de guerre et de génocide. Pour Berlin, cette décision marque un tournant douloureux dans la gestion de son héritage historique et de ses responsabilités actuelles en matière de droit international.