Smotrich revendique le « Grand Israël » : Gaza, Liban et Syrie dans le viseur
Lors de l'inauguration d'une nouvelle colonie en Cisjordanie, le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a déclaré que la « ligne politique finale » visant à étendre les frontières d'Israël à Gaza, au Liban et en Syrie était désormais « en cours ». Ces propos, tenus devant des partisans de la colonisation, marquent une étape sans précédent dans l'affirmation publique du projet expansionniste porté par l'extrême droite israélienne, et suscitent une vague d'indignation à travers le monde arabe et la communauté internationale.
Bezalel Smotrich, figure centrale de l'extrême droite israélienne et membre clé de la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahu, a choisi l'inauguration d'un nouveau quartier de colonie pour réaffirmer avec force la vision d'un « Grand Israël ». Dans ce discours, le ministre a insisté sur le fait que l'extension territoriale d'Israël vers Gaza, le Liban et la Syrie ne relevait plus de l'utopie idéologique mais constituait une « ligne politique finale » en voie de réalisation concrète. Ces déclarations s'inscrivent dans une dynamique d'accélération coloniale qui a battu des records en 2025, avec l'annonce de 22 nouvelles colonies en Cisjordanie et la légalisation rétroactive de nombreux avant-postes jusqu'alors considérés comme illégaux même sous le droit israélien.
Le projet du « Grand Israël » revendiqué par l'extrême droite n'est pas nouveau, mais il prend aujourd'hui une résonance particulière dans le contexte de la guerre à Gaza et de la présence militaire israélienne au Liban et en Syrie. Smotrich et ses alliés y voient l'occasion historique de transformer durablement la carte du Moyen-Orient. En mars 2026, depuis la Knesset, Smotrich avait déjà déclaré que la campagne militaire au Liban devait « se terminer avec une réalité complètement différente, à la fois concernant le Hezbollah et le changement des frontières d'Israël ». Il avait alors appelé à repousser la frontière israélienne jusqu'au fleuve Litani, dans le sud du Liban.
Une colonisation en Cisjordanie qui s'accélère sans précédent
La colonisation en Cisjordanie a atteint en 2025 un niveau d'intensité rarement vu depuis les années 1990. Le gouvernement Netanyahu, sous l'influence de Smotrich au ministère des Finances et de son allié Itamar Ben Gvir au ministère de la Sécurité nationale, a multiplié les décisions unilatérales : déclaration de nouvelles terres d'État sur des propriétés palestiniennes, relance du cadastre foncier permettant d'exproprier des familles palestiniennes établies de longue date, et financement massif de l'infrastructure coloniale à travers tout le territoire occupé.
Le 15 février 2026, une nouvelle étape a été franchie avec la reprise du projet E1, qui prévoit la construction de 3 000 logements israéliens dans le couloir stratégique reliant Jérusalem-Est à la colonie de Maale Adoumim. Ce projet, longtemps gelé sous pression internationale, permettrait de scinder physiquement la Cisjordanie en deux, rendant quasi impossible la viabilité d'un futur État palestinien. Cette accélération coloniale a provoqué une condamnation conjointe de l'Égypte et de sept autres pays arabes, qui ont exigé l'arrêt immédiat des mesures foncières israéliennes, sans que cela n'infléchisse la politique de Tel-Aviv.
Pour les Palestiniens de Cisjordanie, l'annonce de Smotrich lors de cette inauguration représente une menace existentielle. Les villages palestiniens encerclés par les colonies voient leurs terres réduites chaque année, leurs accès aux routes et aux ressources en eau limités par les autorités israéliennes, et leurs habitants soumis à des violences croissantes de la part de colons extrémistes dont l'impunité est régulièrement dénoncée par des organisations de défense des droits humains.
Une ambition régionale qui alarme la communauté internationale
L'extension du projet israélien au-delà de la Cisjordanie — vers Gaza, le Liban et la Syrie — représente une rupture qualitative dans le discours politique israélien. Si de telles ambitions étaient jusqu'ici cantonnées aux cercles messianiques et nationalistes religieux, elles s'expriment désormais ouvertement à travers la bouche d'un ministre en exercice. Le « Grand Israël » idéologique inclurait, selon ses promoteurs les plus radicaux, non seulement les territoires occupés depuis 1967, mais aussi de vastes portions du Liban, de la Jordanie, de la Syrie et même de l'Égypte.
La réaction internationale ne s'est pas fait attendre. Plusieurs chancelleries européennes ont rappelé que l'extension des colonies constitue une violation flagrante du droit international et des résolutions de l'ONU, et que les déclarations de Smotrich ne font qu'aggraver l'impasse diplomatique au Proche-Orient. La situation à Jénine et dans d'autres camps de réfugiés de Cisjordanie illustre déjà tragiquement les conséquences humaines d'une politique de colonisation qui s'emballe, au mépris des vies palestiniennes et du droit des peuples à l'autodétermination.
Face à cette dynamique, la question qui se pose avec acuité est celle de la réponse de la communauté internationale. Si l'inaction se perpétue et si les déclarations de Smotrich restent sans conséquences diplomatiques ou économiques pour Israël, le risque est grand de voir ces ambitions expansionnistes se concrétiser davantage sur le terrain, dessinant une nouvelle réalité géopolitique au Moyen-Orient dont les effets déstabilisateurs pourraient se faire sentir durant des générations.