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Affaire Epstein : Juliette, seule Française à témoigner, raconte le piège tendu

Juliette est la seule Française à témoigner à visage découvert de sa confrontation avec Jeffrey Epstein. Ancienne mannequin, elle raconte dans l'émission « En Société » du 15 février 2026 comment elle a été approchée par Daniel Siad, recruteur présumé du milliardaire américain, avant d'être envoyée à New York dans un piège soigneusement orchestré. Un récit glaçant qui éclaire les mécanismes de prédation au cœur de l'affaire Epstein.

Au début des années 2000, Juliette a une vingtaine d'années et mène une carrière de mannequin en France. Un jour, sur les Champs-Élysées, un homme l'aborde dans la rue. « Excusez-moi mademoiselle, est-ce que vous êtes mannequin ? J'ai des partenaires à New York, je peux vous faire rentrer dans des agences », lui lance-t-il. Cet homme, c'est Daniel Siad, un « scout » – recruteur de mannequins – dont le nom apparaît plus de 2 000 fois dans les trois millions de documents déclassifiés par la justice américaine en janvier 2026.

À cette époque, Juliette se trouve à un tournant de sa carrière. « J'étais un peu en fin de carrière, je me posais la question : est-ce que je reste en France ou est-ce que je tente une opportunité à l'étranger ? », confie-t-elle. Prudente, elle vérifie néanmoins auprès de son agence parisienne, qui lui confirme connaître Daniel Siad. Rassurée, elle accepte l'invitation et reçoit un billet d'avion pour New York, avec une consigne étrange : dire à la douane qu'elle est touriste.

À son arrivée, rien ne laisse présager ce qui l'attend. Un mannequin lui remet les clés d'un appartement, une situation banale dans le milieu. « Depuis mes 16 ans, on habitait souvent ensemble entre mannequins », explique-t-elle. Le lendemain, on lui donne rendez-vous au 457 Madison Avenue, l'immeuble de Jeffrey Epstein. « Ça ne ressemblait pas du tout à une agence de mannequins. On dirait juste un immeuble d'affaires », se souvient-elle.

Un homme en costume gris et 120 dollars en liquide

C'est là qu'un homme de grande taille, en costume gris, s'approche d'elle. Sa première demande : voir son passeport. Il le prend, lui tend sa carte de visite – « Jeffrey Epstein » –, lui donne 120 dollars en liquide et lui propose de revenir le lendemain, mettant à sa disposition une limousine pour faire du shopping. « Mon premier réflexe, j'appelle ma maman. Elle me dit : c'est très louche, il faut que tu partes de là », raconte Juliette. Sa mère, en « hyper vigilance permanente », flaire immédiatement le danger.

Mais Epstein détient toujours son passeport. Juliette y retourne le lendemain. Cette fois, le milliardaire la reçoit, lui fait visiter les lieux : les cuisines avec un chef personnel, puis un ascenseur vers les étages supérieurs, une salle de musculation. Un détail la frappe alors : « Il y avait des photos de parties intimes de femmes placardées tout autour de cette salle ». Les signaux d'alarme s'accumulent.

« Je vous préviens, je ne ferai rien »

Epstein l'entraîne ensuite dans un couloir bordé de chambres, jusqu'à la dernière, où il s'assoit sur le lit. Juliette s'arrête sur le pas de la porte : « Je lui dis : je vous préviens, je ne ferai rien ». Il la rassure, prétend vouloir vérifier si « son corps est prêt », lui demandant de se dévêtir. Habituée aux essayages en sous-vêtements depuis l'adolescence, elle s'exécute partiellement, avant qu'il n'exige davantage et commence à la toucher sous prétexte d'évaluer sa silhouette.

Ce témoignage rejoint celui de nombreuses autres victimes à travers le monde. Selon les enquêtes de France Télévisions et Mediapart, Daniel Siad a recruté au moins quatre Françaises pour le compte d'Epstein, opérant dans toute l'Europe – de Paris à la Pologne, en passant par la République tchèque, Ibiza ou encore l'Afrique du Sud. L'ancienne mannequin suédoise Ebba Karlsson a également déposé plainte en février 2026, accusant Siad de l'avoir violée dans une villa à Cannes en 1990.

Le 17 février 2026, la procureure de Paris Laure Beccuau a annoncé l'ouverture de deux « enquêtes cadres » au sein du parquet, ainsi qu'une « réanalyse intégrale » du dossier Jean-Luc Brunel, l'ancien agent de mannequins retrouvé mort en prison en 2022. Daniel Siad, dont le nom irrigue les fichiers déclassifiés, fait partie des personnes « susceptibles d'être auditionnées », ses agissements pouvant relever de la « traite des êtres humains ».

Aux côtés de Juliette sur le plateau de l'émission, les journalistes Hélène Devynck, auteure d'une tribune dans Libération intitulée « Un système qui traite les femmes comme des crevettes décapitées », et Marine Turchi, de Mediapart, qui décrit Jeffrey Epstein comme « l'étoile noire » d'une « constellation d'anti-MeToo ». Leur message commun : ne pas laisser les femmes devenir les grandes oubliées de cette affaire planétaire.

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